Venezuela: penser l'après-Chávez
Paru le Mardi 04 Décembre 2007
Pari perdu pour Hugo Chávez. La réforme constitutionnelle voulue par le président vénézuélien a été rejetée dimanche de justesse par le peuple. Le choc est rude, après neuf années de faciles victoires électorales. A peine un an après sa réélection jusqu'en janvier 2013, Hugo Chávez avait choisi de rejouer son va-tout dans les urnes. Disposant d'une écrasante majorité au Parlement, le président aurait pu avancer gentiment – de loi en loi – vers son modèle de socialisme démocratique «du XXIe siècle». Mais s'attendre à une telle stratégie, c'était méconnaître le personnage, ses ambitions politiques et l'idée qu'il se fait d'une fonction présidentielle organiquement liée au peuple. Dans un vaste «paquet» constitutionnel, Hugo Chávez avait rassemblé une série de mesures qui visaient autant à institutionnaliser son bilan passé («Missions»[1], nationalisations, coopérativisme) qu'à mener de nouveaux projets ambitieux, tels que l'instauration d'une protection sociale universelle ou l'obligation pour l'Etat d'assurer la sécurité alimentaire. La réforme prévoyait en outre de diffuser le pouvoir à la base – les Conseils communaux participatifs – et, parallèlement, de renforcer les prérogatives de l'exécutif national. Habitués aux référendums, les Suisses savent à quel point l'élaboration de ce type de «paquet ficelé» est périlleuse. Additionnant les oppositions sectorielles à celles de la droite, la réforme proposée par Hugo Chávez a également suscité des doutes chez certains de ses électeurs habituels. La hausse de l'abstention (44%, contre 25% en 2006) témoignerait de ce scepticisme face aux nouveaux pouvoirs qui devaient être conférés au chef de l'Etat ainsi qu'à sa possible réélection jusqu'en 2020. De ce point de vue, l'échec de dimanche pourrait paradoxalement offrir une nouvelle dynamique au camp bolivarien. A moins qu'elle ne s'entête à instaurer la réélection illimitée, la gauche vénézuélienne est appelée à se réinventer hors de sa figure tutélaire. Les difficultés ne manqueront pas, dont le risque de voir les cinq dernières années du mandat d'Hugo Chávez tourner à la guerre de succession, mais l'enjeu en vaut la peine. L'autre crainte serait de voir un gouvernement, apeuré par l'échec, geler les projets les plus radicaux de sa réforme constitutionnelle. S'ils devaient être réactivés, le passage à la journée de travail de six heures ou l'expropriation des grandes propriétés terriennes, par exemple, se heurteront à une opposition requinquée et à la difficulté de «lire» la volonté populaire derrière le rejet du «paquet» constitutionnel... Mais, là aussi, la prise de risque est nécessaire: toute stagnation du processus bolivarien signifierait un recul de l'espoir populaire qui le porte. La mission n'est de loin pas impossible. Car si elle a remporté sa première victoire dans les urnes, l'opposition vénézuélienne en sort paradoxalement affaiblie. Son principal fonds de commerce est plus qu'entamé: qui pourra encore décemment croire qu'un président élu démocratiquement qui reconnaît une défaite électorale est un dictateur?
Note : [1] Affectation des revenus pétroliers à des projets sociaux, éducatifs et sanitaires.
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