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samedi, octobre 17, 2009

Les pannes de courant se multiplient

Les pannes de courant se multiplient

Les coupures d’électricité sont de plus en plus fréquentes dans le pays qui est le 5e exportateur mondial de pétrole. L’opposition au président Hugo Chavez accuse l’entreprise nationalisée d’incurie

Pour nombre de Vénézuéliens, c’est devenu une routine pesante. En début d’après-midi, ou plus tard en soirée, les pales de ventilateur ralentissent soudain, la telenovela laisse place à un écran noir, le réfrigérateur tousse et s’éteint. Au pays de l’or noir socialiste, cinquième exportateur mondial de brut, les habitants de plusieurs régions endurent ces coupures d’électricité avec une patience de plus en plus émoussée.

Dans la capitale régionale de Puerto La Cruz, des manifestants ont barré la semaine dernière les portes de l’entreprise publique d’électricité, Corpoelec, d’affiches marquées du slogan «Fermée pour inefficience». Ailleurs, des usagers ont brûlé leurs factures face au siège de l’organisme. «J’ai abîmé un frigo et un ordinateur à cause des coupures à répétition, et l’entreprise me facture toujours autant», explique une étudiante, Zulimar Castro, dans la presse locale.

Depuis dix-huit mois, elle a appris à vivre «avec une bougie à portée de main» pour faire face aux coupures surprises – l’une d’elles a plongé 70% du pays dans le noir pendant dix heures. Aujourd’hui, les responsables de Corpoelec évoquent ouvertement un «rationnement» organisé. C’est désormais officiel: deux ans et demi après la nationalisation des dernières entreprises privées du secteur électrique, et leur fusion au sein de la nouvelle entité publique, la production d’énergie vénézuélienne n’est plus à la hauteur de la demande.

«Cubanisation» du pays

Dans les régions affectées, l’opposition au président «révolutionnaire» Hugo Chavez raille une «cubanisation» du pays. «La centralisation et la nationalisation ont provoqué un manque d’investissements et d’entretien préventif», attaque une députée locale, Marianela Fernandez.

Les proches de Hugo Chavez se défendent en invoquant «la croissance disproportionnée de la demande»: de 7 à 8% par an, selon Francisco Rangel, gouverneur d’un des Etats les plus affectés. Pendant la flambée des cours du brut, des flots de pétrodollars se sont déversés dans les poches des consommateurs, grâce à des programmes sociaux et des crédits inférieurs à l’inflation, dopant les achats d’appareils électroménagers. Les grands travaux publics, avec l’édification de lignes de métro dans la plupart des métropoles, ont alourdi la facture. Et encore certaines brèches ont-elles été colmatées: la distribution gratuite de 68 millions d’ampoules fluocompactes, entamée en 2006, aurait permis de réduire de 5,5% les dépenses électriques actuelles.

jeudi, septembre 17, 2009

Karl Marx contre Simon Bolivar

Karl Marx contre Simon Bolivar

Simon Bolivar: une gloire totalement injustifiée, selon Karl Marx.

Simon Bolivar: une gloire totalement injustifiée, selon Karl Marx.

Le Venezuela discute âprement cet automne de la nouvelle loi sur l’éducation passée à la mi août par le président. De nombreux articles de ce texte prêtent à la controverse, notamment ceux qui restreignent les libertés scolaires, académiques et médiatiques

Le Venezuela discute âprement cet automne de la nouvelle loi sur l’éducation passée à la mi-août par le président. De nombreux articles de ce texte prêtent à la controverse, notamment ceux qui restreignent les libertés scolaires, académiques et médiatiques. Des doutes s’expriment également sur l’idéologie de cette loi qui confie à «l’Etat éducateur» (estado docente) la tâche d’inculquer aux futures élites du pays «la doctrine de notre libérateur Bolivar», dont Hugo Chavez
se proclame l’héritier et le continuateur.

Karl Marx se retourne dans sa tombe. Bolivar, saint patron du président vénézuélien, figure en effet sur sa liste des imposteurs à éliminer de la scène révolutionnaire: il n’a pas gagné les batailles contre les Espagnols que lui attribue la légende, il n’a pas libéré le peuple sud-américain mais l’a au contraire tyrannisé et trompé, il a cueilli indûment une gloire qu’il n’a pas méritée. Karl Marx a écrit cela avec rage sur vingt pages en 1858 dans un article alimentaire commandé par les éditeurs de la nouvelle encyclopédie américaine, A Popular Dictionary of General Knowledge, sous le titre «Bolivar y Ponte». Quand Marx prend la plume, le Libertador est mort depuis 28 ans, son idéalisation romantique est en place. Bolivar est devenu un mythe, le premier de la décolonisation. Il figure le peuple uni contre l’oppresseur «étranger». Il est l’agent d’une histoire héroïque qui donne son identité à tout un continent. Sa vie s’écrit comme celle des saints car elle est pareillement utile à l’édification des masses.

Karl Marx n’a que mépris pour ce genre de personnage: «La puissance fabulatrice de l’imagination populaire s’est révélée à toutes les époques dans l’invention des «grands hommes». L’exemple le plus frappant à cet égard est sans conteste Simon Bolivar», écrit-il.

L’entrée de Simon Bolivar dans le mouvement révolutionnaire qui éclate à Caracas en 1810, Marx la décrit comme tardive et forcée par son cousin, José Felix Rivas.
Sa première bataille, à la tête
de la citadelle qui tient la route
de Caracas, Marx affirme qu’il choisit de la fuir au lieu de la mener, de sorte que les Espagnols ont la voie libre et reprennent le contrôle du Venezuela, obligeant le général Francisco Miranda à capituler. Miranda est le précurseur
de l’indépendance. C’est lui qui
a confié la citadelle de Puerto Cabello à Bolivar. Mais, dit Marx, c’est lui que Bolivar accusera de trahison et livrera, enchaîné, aux Espagnols, en échange d’un passeport délivré «pour service au roi d’Espagne».

samedi, septembre 12, 2009

vendredi, septembre 11, 2009

Marchandage d’Hugo Chavez à Moscou

USSIE Vendredi11 septembre 2009

Marchandage d’Hugo Chavez à Moscou

Le président vénézuélien reconnaît les deux républiques séparatistes géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud contre l’acquisition de matériel militaire

Et de trois. Après la Russie et le petit Nicaragua du président Daniel Ortega, le Venezuela reconnaît l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, dont l’autoproclamation de souveraineté, prononcée en août 2008, a été portée à bout de bras par la Russie. En visite à Moscou, le président Hugo Chavez a annoncé que Caracas allait «bientôt entamer les démarches pour établir des relations diplomatiques avec ces pays».

Objectif pragmatique

Il s’agit de la huitième visite du chef de l’Etat vénézuélien en Russie, alors que les relations sont au beau fixe entre Moscou et Caracas, qui plaident de concert pour un «monde multipolaire» qui serait affranchi de la domination américaine. Fidèle à son habitude, Hugo Chavez a profité d’un discours à l’Université moscovite de l’amitié entre les peuples pour dénoncer Washington et louanger le régime de Vladimir Poutine, «dont le grand héritage est d’avoir permis à la Russie de se relever». «L’empire yankee s’effondrera au cours de ce siècle», a également affirmé le chef de l’Etat vénézuélien.

Mais l’objectif principal de la visite d’Hugo Chavez à Moscou est plus pragmatique. Malgré des finances en berne, notamment en raison de la crise économique et de la baisse du prix du baril de pétrole, le régime prônant la révolution bolivarienne cherche à acquérir du matériel militaire, notamment des chars, que Moscou pourrait fournir à crédit. Tête de lance de l’opposition à Washington sur le continent américain, Hugo Chavez entend déployer au Venezuela un système militaire défensif en réponse à l’implantation par les Américains de bases militaires en Colombie voisine, dans le cadre de leur programme de lutte contre la production et le trafic de cocaïne dans la région.

Afin de satisfaire à la demande vénézuélienne, Moscou souhaiterait en contrepartie être impliqué davantage dans la prospection et l’exploitation pétrolières sur le territoire vénézuélien. A cet effet, les deux gouvernements ont notamment signé jeudi plusieurs ententes, prévoyant entre autres la création d’une entreprise commune d’ici à la fin de l’année.

mercredi, septembre 09, 2009

Chavez fait fermer les radios «putschistes»

Chavez fait fermer les radios «putschistes»

L’opposition perd des stations emblématiques et dénonce une mesure politique prise sous des prétextes administratifs. La télévision opposante Globovision est menacée de perdre sa licence

La clameur est montée de la foule, samedi, dans le centre de Caracas. «Fermez les médias putschistes!» Les partisans du président Hugo Chavez applaudissaient le bras droit du chef d’Etat «révolutionnaire»: Diosdado Cabello, ministre chargé des télécommunications, venait d’annoncer la prochaine fermeture de 29 nouvelles stations de radio. Joint par téléphone en Iran, Hugo Chavez s’est réjoui en direct.

Officiellement, les médias incriminés disparaîtront des ondes pour des «irrégularités» administratives détectées par leur organe de contrôle, Conatel, lors d’un recensement réalisé en juillet. L’organisme a frappé vite et fort: le mois dernier, un premier groupe de 32 radios et deux télévisions régionales a déjà été frappé d’interdit.

Globovision menacée

Parmi elles, les auditeurs opposants regrettent CNB, station dont la virulence anti-Chavez frayait régulièrement avec l’injure, et d’autres liées à des figures du centre droit. «Ce sont des décisions clairement politiques», protestait mardi le directeur de CNB, Nelson Belfort. Bien des radios affectées affirment avoir sollicité depuis dix ans à Conatel, en vain, les documents permettant de se mettre en règle.

«Nous ne faisons que démocratiser les ondes», s’est défendu samedi Diosdado Cabello – ses fonctionnaires affirment que 80% des stations étaient jusqu’ici contrôlées par 32 familles. Il s’est aussi attaqué à Globovision, chaîne d’information câblée opposante, qui rivalise de mauvaise foi avec ses concurrentes publiques «chavistes». Après avoir diffusé la semaine dernière en bandeau un message de texte d’un téléspectateur «appelant au putsch et à l’assassinat», selon le ministre, la chaîne est sous le coup d’une sixième procédure administrative, qui pourrait aboutir à sa suspension.

Applaudi à la Mostra

Pour le militant des droits de l’homme Carlos Correa, cette guerre aux médias de l’opposition «prépare le terrain avant les élections législatives de 2010», où la super-majorité parlementaire du président est menacée.

Après cinq ans de prospérité pétrolière, le pays a subi au deuxième trimestre une contraction de son PIB, et l’inflation est à plus de 23%. Le gouvernement est stigmatisé dans la lutte contre la corruption et la violence, l’emploi, le logement… Pour l’instant, la figure du Comandante n’est toujours pas affectée. Adulé par le cinéaste Oliver Stone, qui l’a fait applaudir à la Mostra de Venise après la projection d’un documentaire hagiographique, Hugo Chavez conserverait aussi l’estime de presque 60% de ses compatriotes. Mais l’opposition compte se mobiliser. Les prochains mois seront plus difficiles, pour Hugo Chavez, qu’une montée des marches à Venise.

samedi, août 15, 2009

Le projet autogestionnaire reprend vie au fil des nationalisations d'Hugo Chávez

SEBASTIEN BRULEZ, CARACAS

SolidaritéECONOMIE - Acier, ciment, électricité, banque: les nationalisations se multiplient au Venezuela. Les travailleurs, eux, en attendent davantage que l'amélioration de leurs conditions de travail, ils veulent avoir leur mot à dire.
En mai dernier l'Etat vénézuélien officialisait le rachat de la principale aciérie du pays, Sidérurgie de l'Orénoque (SIDOR), pour 1,97 milliard de dollars (2,13 milliards de francs). Quelques jours plus tard, lors d'une rencontre avec les travailleurs de la région de Guayana (dans l'est du pays), le président Hugo Chávez annonçait la nationalisation de quatre entreprises du secteur briquetier (produisant des briquettes de minerai de fer, lire ci-dessous). Ces mesures prétendent réorganiser tout le secteur de la sidérurgie autour du «Plan Guayana socialiste 2019» avec la participation active des travailleurs. Le premier pas avait été franchi le 9 avril 2008, avec l'annonce de la nationalisation de SIDOR après quinze mois de lutte des travailleurs contre le consortium argentin Techint (appartenant au groupe Ternium, basé au Luxembourg), qui refusait d'améliorer les conditions de travail lors de la négociation d'un nouveau contrat collectif. Les travailleurs luttaient pour leurs salaires, leurs retraites, ainsi que pour l'intégration des 9000 salariés «sous-traitants». Ils avaient finalement réussi à imposer un rapport de force et à arracher une nationalisation au départ perçue comme un possible sujet de discorde entre le Venezuela et l'Argentine des Kirchner.


«Mieux à 200%!»

Un an après ces événements, beaucoup de choses ont changé à SIDOR. «Les bénéfices des travailleurs se sont améliorés de 200%. Avant, nous étions marginalisés, humiliés, sacrifiés par une multinationale qui nous volait notre vie, qui nous volait tout», commente José Eduardo, quelques minutes avant de prendre son tour de travail entre la poussière, le vacarme des machines et la chaleur exténuante des fours.
Sirio Velasquez, chef de bureau aux ressources humaines, précise qu'à l'époque de Techint, vu les conditions de travail, «il y avait une grande rotation des effectifs. Actuellement, il existe une volonté d'adapter les emplois à l'âge, à l'expérience et aux capacités de chaque travailleur». De fait, de nombreux partenaires privés ont décidé de ne plus travailler avec SIDOR après la nationalisation. «Le nombre d'entreprises sous-traitantes est passé de 630 à environ 300. Beaucoup ne voulaient pas travailler avec l'Etat, d'autres ont refusé de s'adapter au nouveau cahier des charges», explique-t-il.
Mais les conditions de travail n'ont pas été les seules à évoluer, les salaires aussi ont connu un changement significatif. Sirio indique qu'un ouvrier non qualifié débutant touchait sous Techint 800 bolivars (l'équivalent de 400 francs), soit le salaire minimum. Aujourd'hui, ce même ouvrier gagne 2600 bolivars. Et un ouvrier d'exhiber fièrement sa fiche de paie qui affiche, après vingt ans d'ancienneté, un salaire de 5800 bolivars. La nationalisation obtenue prend d'un coup un aspect plus concret.
Les travailleurs non titularisés ont pu, eux aussi, en vérifier les avantages. Peu à peu, les disparités entre ouvriers s'estompent. Quelque 1300 «sous-traitants» ont été régularisés, portant le nombre de «sidoristes» à 6200.


La proposition de Chávez

D'autres problématiques se font néanmoins jour. Il y a peu, les travailleurs de SIDOR paralysaient de nouveau leur usine pour réclamer des prestations sociales non payées. Ils protestaient aussi pour attirer l'attention sur les conditions de sécurité, un de leurs compagnons ayant perdu la vie dans l'explosion d'un four.
Par ailleurs, la production de l'entreprise est à la baisse depuis la transition. Et les bas prix de l'aluminium sur les marchés internationaux ne facilitent pas la tâche.
Plusieurs rencontres entre différents ministères et les travailleurs ont débouché sur la constitution de quatorze tables de travail, afin d'analyser les failles de chaque département ainsi que les priorités et les investissements nécessaires, conjointement avec la direction. Hugo Chávez avait mentionné en mai dernier la possibilité pour les ouvriers d'élire leur propre direction, en concertation avec lui. «Je suis d'accord pour qu'on commence à élaborer une loi afin de réguler cela» dans le but de «commencer la transition», avait-il annoncé.
Beaucoup pensent que la plupart des problèmes pourraient se résoudre si l'entreprise était dirigée par les travailleurs eux-mêmes et non par la bureaucratie. «Nous sommes obligés de dessiner une nouvelle voie qui n'est pas un capitalisme privé mais qui ne doit pas être non plus un capitalisme d'Etat», explique José Tatá, dirigeant du courant Alliance syndicale. «Que se soit l'Etat ou que se soit le privé, si nous n'obtenons pas la participation active des travailleurs sur la production, il n'y aura pas de véritables changements dans l'entreprise, ni dans le pays», assure-t-il. I



article

Le contrôle ouvrier, remède à la bureaucratie?

SBZ

Daniel Rodríguez est membre du collectif Marea Socialista et secrétaire général du syndicat de Matesi (Materiales Siderúrgicos), l'une des quatre briqueteries nationalisées. Le groupe argentin Techint avait acheté l'entreprise pour 120 millions de dollars en 2004 dans le but de contribuer, à terme, à augmenter la production de SIDOR. Au moment de la nationalisation de cette dernière, les travailleurs de Matesi discutaient eux-aussi une convention collective. A peine trois mois après l'approbation de cette convention, l'entreprise privée décida de casser son engagement et de réduire le salaire des travailleurs de 45% (mais pas celui des employés administratifs), argumentant l'imminence d'une crise financière.

Comment avez-vous mené la lutte en faveur de la nationalisation?

Daniel Rodríguez: L'attaque sur les salaires a agi comme un détonateur et a mis en évidence le degré d'exploitation exercé par la multinationale. Cela nous a également renforcés dans notre travail politico-stratégique, avec une vision plus large incluant les quatre briqueteries. Au départ, Matesi n'était pas concernée directement par la nationalisation de SIDOR. Le groupe Techint en était le principal actionnaire mais nous étions repris comme une entité mercantile à part. Lorsque la décision de nationaliser SIDOR a été prise, nous nous sommes rendu compte du projet qu'était en train d'impulser le président de la République: une nouvelle Corporation sidérurgique du Venezuela. Nous avons aussi réalisé à quel point nous représentions une branche importante dans le cycle de production du fer et de l'acier. Avec le conflit salarial surgi chez Matesi, les directions des autres briqueteries s'étaient mises d'accord afin de générer le chaos (par des licenciements notamment), de mobiliser les travailleurs dans la rue et d'aller vers une grève du secteur. S'ils arrivaient à paralyser les quatre briqueteries, cela aurait provoqué des problèmes tant en amont (Ferrominera, l'entreprise minière) qu'en aval (SIDOR). Leur stratégie était de créer un mouvement de masse des travailleurs et de le rediriger contre le gouvernement. Mais cette stratégie a été avortée avec l'annonce du président de nationaliser les quatre entreprises.

Quel rôle ont joué les travailleurs dans cette décision?

La nationalisation de SIDOR a été pour nous un élan qui nous a permis de nous unir en tant que secteur industriel. Avant cela, malgré le travail qu'on avait mené au sein des briqueteries, les différences idéologiques entre les travailleurs ne permettaient pas de passer à l'offensive. Avec SIDOR, on a réalisé que c'était possible pour nous aussi et qu'il fallait pousser dans ce sens-là avec des propositions concrètes. Etant donné qu'il existait un projet de réorganisation de la sidérurgie et que nous nous trouvions au milieu de la chaîne de production, nous avons proposé au président la nationalisation. Tout d'abord afin d'appuyer la conformation de cette nouvelle corporation sidérurgique mais aussi pour réduire les coûts de la matière première pour SIDOR et donc permettre une réduction des prix de vente au consommateur final.
Notre proposition est que tout ce que nous produisons serve à la communauté et à un prix économique. Nous voulons avancer vers la création d'un lien entre l'entreprise et la communauté, entre les travailleurs et la communauté. Tout cela bien entendu en impulsant le contrôle ouvrier. Il n'existe pas d'autre mécanisme pour diriger notre entreprise efficacement, surtout en cette période de crise. Il doit bien entendu avoir une définition concrète de ce qu'est le contrôle ouvrier et une loi qui lui donne un caractère légal, car il existe aussi de nombreux secteurs syndicaux qui s'y opposent.

Pensez-vous que le gouvernement ait la même définition que vous du contrôle ouvrier?

J'en doute [rires]. Mais, même si c'est très compliqué, je pense que nous devons mener cette lutte, nous, les travailleurs. Avec de la conscience et de l'idéologie, nous pouvons y arriver. Il s'agit de contrôler les finances, de connaître le modèle productif, de connaître le destinataire, etc., de la mine d'où sort le minerai jusqu'à la vente du produit fini. Face à cela, il existe une bureaucratie au sein du gouvernement qui est en train de réagir. Cela s'est vu avec les briqueteries; la bourgeoisie et la bureaucratie d'Etat ont tout fait que pour que la nationalisation n'aboutisse pas. Ce que nous devons faire, c'est arriver à les contrer.

Que pensez-vous de la proposition d'Hugo Chávez que le choix de la direction de l'entreprise se fasse en concertation entre le président de la République et les travailleurs?

C'est un premier pas important. Mais avant de chercher à l'extérieur des personnes sans doute compétentes mais ne connaissant pas les problématiques de l'usine, il peut être judicieux de voir les talents qui pourraient émerger en interne. Et les travailleurs sont sans doute, de ce point de vue, les mieux placés pour les connaître.

mercredi, juin 17, 2009

Les Indiens organisent la lutte pour leurs droits

AMÉRIQUE LATINE Jeudi18 juin 2009

Les Indiens organisent la lutte pour leurs droits

Un Indien manifeste à Lima. (Keystone)

Un Indien manifeste à Lima. (Keystone)

La pression – agricole, industrielle ou énergétique – sur la terre menace les zones indigènes. Partout sur le continent latino-américain, la contre-attaque est en cours

Les Indiens d’Amazonie ont remporté une victoire contre Lima. Lundi, le premier ministre, Yehude Simon, a promis l’abrogation des décrets autorisant l’exploitation de leurs terres. Mardi, il a annoncé sa démission. De violents affrontements – 34 morts et 200 blessés – auront cependant été nécessaires pour infléchir le gouvernement, après des mois de mobilisation pacifiste. Si elle y est la plus spectaculaire, l’offensive indigène est loin de se cantonner au Pérou. Des marches ont récemment été organisées en Colombie, la contestation indienne a également traversé l’Equateur, le Paraguay ou le Chili. Au Brésil, la Cour suprême a validé fin mars les limites d’une réserve aborigène, boutant de ce fait les riziculteurs blancs à l’extérieur d’une zone qu’ils avaient investie illégalement.

Pression de l’agro-industrie

L’enjeu central reste celui de la terre. D’autres problématiques existent – participation politique, défense d’une identité culturelle propre ou accès à l’éducation et au marché du travail, pour ceux qui habitent en ville notamment. Elles sont toutefois secondaires. «Tous les pays d’Amérique latine ont reconnu le droit des indigènes à avoir leurs territoires, avec plus ou moins d’autonomie, mais le poids des grands propriétaires terriens et de divers lobbies fait que ces acquis ne sont guère respectés», note Bruno Clément, responsable des programmes Brésil-Bolivie et Nicaragua pour l’ONG romande E-Changer.

Prospection minière et pétrolière au Pérou, barrages hydroélectriques ou fermes de saumon au Chili, exploitation forestière au Brésil: les «réserves» indiennes regorgent de ressources et suscitent nombre de convoitises, nationales et internationales. «La pression sur la terre augmente, du fait notamment du développement de l’agro-industrie, lui-même lié à l’essor des agrocarburants», confirme Capucine Boidin, maître de conférences à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Iheal), à Paris. En réponse, les indigènes durcissent le ton.

«La lutte n’est pas nouvelle mais elle est plus politisée, précise Christian Gros, spécialiste de la région. Cela tient à la démocratisation générale du continent et au parcours même des leaders indiens, qui passent désormais par l’université.» En outre, les communautés peuvent s’appuyer sur des textes internationaux pour faire valoir leurs droits. A la convention 169 de l’Organisation internationale du travail, adoptée en 1989, a succédé en 2007 la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

mardi, mai 26, 2009

La délinquance aura-t-elle la peau de la «Révolution bolivarienne»?


Paru le Mardi 26 Mai 2009
SÉBASTIEN BRULEZ, CARACAS

SolidaritéVENEZUELA - La chute de la pauvreté n'a pas permis d'enrayer la montée de l'insécurité dans les zones urbaines du pays. Pressé par son électorat et par la droite, le gouvernement d'Hugo Chávez tente de réagir.
La délinquance aura-t-elle la peau de la «Révolution bolivarienne»? VENEZUELA - La chute de la pauvreté n'a pas permis d'enrayer la montée de l'insécurité dans les zones
urbaines du pays. Pressé par son électorat et par la droite, le gouvernement d'Hugo Chávez tente de réagir. Alors que ces dix dernières années la pauvreté a diminué d'un tiers au Venezuela, la courbe de la violence y a suivi une trajectoire inverse. Sur la même période, le nombre d'homicides est passé de près de 6000 à plus de 13 000 par an. Balbutiant sur le sujet durant une bonne partie de sa gestion, le gouvernement d'Hugo Chávez semble désormais décidé à prendre le problème à bras-le-corps. Car la simple amélioration des conditions sociales ne suffit apparemment pas à faire chuter le crime. Pastor est chauffeur de taxi à Caracas. Il travaille la nuit pour éviter les embouteillages à l'entrée et à la sortie de la capitale. «Comme je vis un peu en dehors, je devrais me lever tous les jours à 4 h du matin pour pouvoir arriver à une heure décente dans le centre», commente-t-il. Mais la nuit le travail est plus risqué, alors il fonctionne presque exclusivement avec des clients connus: «Ils me passent un coup de fil et je vais les chercher là où ils sont. C'est plus sûr pour moi et aussi pour eux, on ne sait jamais sur qui on peut tomber.»


Cent mille homicides

Malgré sa prudence, Pastor a été victime d'un braquage il y a quelques mois, en conduisant un client dans un barrio (quartier pauvre). «Deux motards nous ont braqué avec leur arme. Je n'ai pas résisté, j'ai préféré qu'ils partent avec la voiture et sortir de là vivant.» L'incident en restera là et Pastor retrouvera même son véhicule quelques jours plus tard.
Mais les histoires de vols à main armée ne se terminent pas toujours aussi bien. Entre 1999 et 2008, près de 22 000 personnes sont tombées sous les balles de la délinquance, rien qu'à Caracas (2 millions d'habitants). Au niveau national, un document du Corps d'investigations scientifiques, pénales et criminelles (CICPC), divulgué récemment dans la presse, avance le chiffre de 101 141 homicides en dix ans (pour 28 millions d'habitants).
Selon le rapport 2007 des Nations Unies sur l'état des villes dans le monde, l'augmentation de la violence est un phénomène global et est surtout notoire dans les pays en voie de développement qui connaissent une forte croissance urbaine. Avec une population concentrée à 93% dans les villes, le Venezuela dépasse largement la moyenne régionale qui tourne autour de 79%.
A titre d'exemple, au Brésil, depuis les années 1970, le taux d'homicides a triplé à Rio de Janeiro et quadruplé à São Paulo. A Caracas, en vingt ans il s'est pratiquement multiplié par dix.
L'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) signale qu'entre 1980 et 2002, le taux d'homicides au Brésil est passé de 11,4 à 28,4 pour 100 000 habitants. Le Venezuela a, lui, effectué un bon de 19,4 à 50,9 entre 1998 et 2003. A contario, le Salvador et la Colombie, jusqu'ici les plus violents du continent, ont amorcé une baisse de cette morbidité (respectivement de 62,5 à 54,9 et de 64 à 38).


Gauche sans solutions?

Alors qu'Hugo Chávez entame sa onzième année à la tête du gouvernement, l'opposition n'hésite pas à faire le parallèle entre l'augmentation de la violence et la gestion du président. «Dites 'non' à l'insécurité, votez 'non'!», était l'un des slogans utilisés pendant la campagne du référendum constitutionnel remporté en février dernier par le camp bolivarien. Mais si les résultats des derniers scrutins montrent toujours un soutien majoritaire au gouvernement, les élections régionales de novembre 2008 ont laissé apparaître un certain mécontentement dans les zones les plus peuplées. Sur les sept Etats perdus lors de ce scrutin, quatre figurent parmi les plus violents du pays (le district de Caracas et les Etats de Carabobo, Zulia et Miranda). Et d'après le dernier sondage de l'Institut vénézuélien d'analyse de données (IVAD), l'insécurité constitue la première préoccupation pour sept Vénézuéliens sur dix.
Selon le criminologue Andrés Antillano, la délinquance pose un réel problème aux gouvernements progressistes d'Amérique latine: «Il n'y a pas de discours de gauche consistant sur le sujet. L'agenda de l'insécurité est un agenda colonisé par la droite, dans la plupart des pays.» Professeur à l'Institut des sciences pénales de l'Université centrale du Venezuela (UCV), M. Antillano considère que les progressistes se limitent à concevoir le problème sous forme de mythes. «Le premier est le mythe de la négation: il n'y a pas d'insécurité, c'est une invention des médias, c'est une façon de criminaliser le peuple, etc. Cela a été la position de ce gouvernement durant une certaine époque.»


Pauvres et victimes

Un autre mythe est celui qu'il qualifie de «fonctionnalisme de gauche» et qui revient à penser que «simplement» en améliorant les conditions de vie et l'inclusion sociale, on peut faire baisser les chiffres de l'insécurité. «La réalité du Venezuela démontre que cela n'est pas vrai, qu'il n'y a pas de relation mécanique. Il y a en plus un effet paradoxal, car non seulement les politiques d'inclusion sociale n'entraînent pas une diminution de l'insécurité, mais en plus l'insécurité elle-même augmente l'exclusion sociale», commente-t-il.
Au Venezuela, le taux de chômage est passé de 10,3% en 1995 à 7,4% en 2008. La pauvreté est quant à elle passée de 49,4% de la population en 1999, à 28,5% en 2007. Mais le segment de la population le plus touché par la violence demeure le secteur le plus marginalisé par rapport au reste de la société. Dans son rapport de l'année 2008, l'ONG locale PROVEA définit la victime-type de cette façon: «Des hommes jeunes, habitants de localités socioéconomiquement déprimées des grands centres urbains du pays.»


Policiers délinquants

Mais si le nombre d'homicides a effectivement augmenté ces dix dernières années, l'insécurité apparaît cependant comme un problème structurel puisant aussi ses racines dans les politiques publiques des décennies passées. En particulier au niveau des forces de l'ordre régulièrement accusées d'inefficacité voire de complicité.
Dans les barrios, les policiers ne sont pas vraiment perçus comme la solution au problème, mais plutôt comme des auteurs potentiels de graves délits, tels qu'enlèvements, extorsions, vols ou trafics de drogue. «Les flics ici revendent la drogue qu'ils confisquent aux trafiquants, ou leur font payer une vacuna (rançon) pour fermer les yeux. Certains agents vont même jusqu'à louer leur arme aux délinquants», témoigne Francisco, habitant du quartier populaire de La Vega, à Caracas.
Selon le ministre de l'Intérieur et Justice, Tareck El Aissami, 20% des délits commis dans le pays sont perpétrés par ces mêmes fonctionnaires. Il faut dire que la multiplicité des corps de police ne facilite pas la tâche ni le contrôle sur les effectifs. Au Venezuela il existe 25 polices départementales et 67 municipales. A cela viennent s'ajouter le CICPC, les autorités de transport et circulation (qui ne portent pas d'arme), ainsi que la Garde nationale et les Forces armées. Et il aura fallu attendre 2001 pour que soit approuvé le décret de «coordination de sécurité citoyenne», qui a pour tâche de relier entre eux les différents organismes de maintien de l'ordre.
Un second pas, en avril 2006, a été la création d'une Commission nationale de réforme policière (Conarepol). Qui a fait le même constat qu'une précédente commission en 1991: le Venezuela paie «l'inexistence d'une politique nationale en matière de police, la carence de mécanismes de coordination policière, la superposition de fonctions entre les différents corps de sécurité», etc.


Arsenal législatif

Le 18 mars dernier, le gouvernement a annoncé l'activation de «sept fronts contre la violence», avec la création d'un Conseil national de prévention et sécurité citoyenne, intégré par plusieurs ministères. Figurent aussi au menu la création d'un Système intégré de polices et le lancement d'une Université expérimentale de la sécurité, visant à améliorer le niveau de formation des fonctionnaires. A plus long terme, l'ambition est de réformer les polices départementales et municipales. Un sujet délicat dans ce pays si polarisé, où l'opposition s'accroche à quelques bastions locaux .
Plusieurs lois sont également en cours d'élaboration à l'Assemblée nationale. C'est le cas de l'amélioration du statut social et professionnel du policier et du durcissement des peines pour port d'armes.


«Pas besoin d'arme»

Toutes ces mesures se cantonnent pour l'instant à un cadre strictement législatif. Mais bien souvent, dans les quartiers, c'est le travail quotidien qui paie. Parce que, comme le fait remarquer Francisco, à La Vega comme ailleurs «il n'y pas vraiment de dynamique qui t'amène à autre chose» qu'à entrer dans une bande ou à porter un «flingue» pour obtenir la reconnaissance des autres.
Alors, avec quelques copains, il a choisi un autre combat, celui de sortir les plus jeunes de l'engrenage en les initiant à la culture contemporaine mais aussi à celle de leurs ancêtres. Ensemble ils ont créé une radio communautaire et une coopérative audiovisuelle grâce à laquelle ils forment les adolescents à l'initiation aux médias. Ils combinent cela avec la musique originaire des percussions, et le seul bruit qui résonne ici est celui des tambours. «Dans le quartier tout le monde nous respecte pour ce qu'on fait, même les délinquants, parce qu'ils savent que nous travaillons pour la culture, nous ne les considérons pas comme des ennemis et eux non plus. Ils ont aussi des enfants et quand ils voient qu'on travaille avec leurs gosses pour les sortir du cercle, ils nous sont reconnaissants. On n'a pas besoin de porter une arme pour se faire respecter.» I



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La réponse populaire du 23 de Enero

SBZ

Dans le quartier du 23 de Enero à Caracas, une construction pas comme les autres se plante au milieu des tours à appartements. Il s'agit du local de la Coordinadora Simón Bolívar (CSB), un ex-commissariat de police transformé en centre culturel. Cours de danse, accès gratuit à Internet et à l'alphabétisation informatique, radio communautaire, missions sociales: depuis 2005 l'endroit est devenu un lieu de rencontre et de participation. La CSB est née en 1993, bien avant le début de la «Révolution bolivarienne», dans ce quartier réputé pour son organisation et ses luttes sociales.
Juan Contreras, membre de la Coordinadora, se souvient que la naissance du collectif répondait alors au besoin de «construire un pouvoir local, ce qu'on appelle aujourd'hui le 'pouvoir populaire', et ce à partir de trois axes principaux: la récupération des espaces, la récupération des traditions et le sport». L'idée était, entre autres, de se rapproprier les espaces qui à un certain moment, à cause de l'absence de politiques publiques, étaient tombés aux mains de la délinquance. Aujourd'hui l'objectif n'a pas changé: «Notre but est aussi de tendre des ponts entre les gens afin qu'ils communiquent entre eux, et ce à travers la culture et le sport. Et nous y sommes parvenus, maintenant les gens participent.» La CSB organise des activités ludiques et culturelles dans le quartier afin que les jeunes occupent leur temps libre et ne tombent pas dans les filets des bandes et de la drogue. Mais qui dit organisation sociale dit aussi formation politique: «Chaque groupe, chaque collectif apporte son travail social, son travail politique, afin d'empêcher la délinquance et le trafic de drogue de s'installer dans le quartier. Il y a d'ailleurs eu des affrontements et des camarades ont été assassinés par les narcotrafiquants.» Pour Juan et les autres, le fléau a aussi ses origines politiques: «Ici nous menons une lutte de longue date contre la drogue et la délinquance. Dès la fin des années 1970, l'Etat a commencé a mener une 'guerre sale' et à inonder le quartier de drogue afin de venir à bout des luttes sociales qui réclamaient la transformation de la société.» La semaine dernière, trois personnes du quartier ont été assassinées en pleine rue, vers minuit. Parmi les victimes, un militant impliqué depuis de nombreuses années dans les luttes sociales. A l'époque, il avait même participé à la Révolution sandiniste au Nicaragua. «La néfaste logique du capital ne fait pas que promouvoir la mercantilisation de la drogue, elle promeut aussi la mercantilisation de la mort», pouvait-on lire sur un tract distribué dans le 23 de Enero, lors d'une mobilisation de protestation contre cet assassinat. SBZ

lundi, avril 06, 2009

Le symbole de la «persécution» chaviste

Le symbole de la «persécution» chaviste

Raul Baduel. (AFP)

Raul Baduel. (AFP)

La liberté conditionnelle de Raul Baduel, général et ancien conseiller du président Hugo Chavez, a été levée jeudi. Une autre figure de l’opposition est passée dans la clandestinité

Ancien compagnon d’armes d’Hugo Chavez, le général Raul Baduel a passé jeudi dernier sa première nuit en cellule, «en short et en chemise», selon son avocat. Celui qui fut secrétaire personnel du président vénézuélien est devenu aux yeux de l’opposition un symbole de la «persécution» du pouvoir. Ministre de la Défense de 2006 à 2007, Baduel s’était transformé en critique du socialisme chaviste. En octobre dernier, la justice l’a accusé de détournement de fonds à la tête du ministère; la semaine dernière, un juge a mis fin à sa liberté conditionnelle, fort de «pièces à conviction suffisantes».

La décision s’ajoute à l’ordre d’arrestation qui pèse contre Manuel Rosales, une des principales figures opposantes. Adversaire malheureux de Chavez à la présidentielle de 2006, il est passé lundi dernier dans la clandestinité. Maire social-démocrate de Maracaibo, deuxième ville du pays, il est accusé d’avoir pompé les fonds de l’Etat du Zulia, dont il était gouverneur jusqu’en 2008, pour financer des achats de terres et d’entreprises jusqu’en Floride – accusation qu’il dément.

«Je suis décidé à le faire emprisonner», avait promis le président Chavez l’an dernier. «Il ne va pas se livrer à la meute sans possibilité d’un jugement équitable», riposte aujourd’hui le chef du parti de Manuel Rosales, Un Nuevo Tiempo. Pour les opposants, le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire est patent: la «Fiscal General» – sorte de procureur général – a été désignée par une Assemblée nationale largement dominée par les partisans du président, et s’exprime généralement à l’unisson de l’exécutif.

Les maires et gouverneurs d’Etat anti-Chavez, minoritaires mais en progression aux élections de 2008, ont promis des «actions de rues pacifiques permanentes» pour soutenir leur collègue. A travers Manuel Rosales, ils sentent que le peu de pouvoir qu’ils avaient gagné dans les urnes est menacé. Déjà, une loi doit permettre la nomination de vice-présidents supplantant les gouverneurs, et l’Etat a pris le contrôle des ports et aéroports jusque-là décentralisés.

mercredi, février 11, 2009

Chavez président à vie

Hugo Chavez, président à vie?

AFP

La réforme autorise le président à se représenter éternellement à son poste. (Keystone)

La réforme autorise le président à se représenter éternellement à son poste. (Keystone)

Hugo Chavez a remporté dimanche le référendum l’autorisant à se représenter au-delà de son deuxième mandat présidentiel, dès 2012.

Les Vénézuéliens ont renouvelé leur confiance au président socialiste Hugo Chavez en votant «oui» au référendum qui lui permettra de se représenter en 2012, à l’issue d’une campagne centrée sur son bilan, dix ans après son arrivée au pouvoir.

L’amendement constitionnel permettant au président - ainsi qu’à l’ensemble des titulaires de mandats électifs - de se représenter autant de fois qu’il le souhaite l’a emporté avec 54,36% des suffrages, selon des résultats partiels publiés dimanche soir par le Conseil national électoral.

Après dépouillement de 94,2% des résultats envoyés par les bureaux de vote, le oui a obtenu 54,36% des suffrages et le non 45,63%, a annoncé la présidente du CNE, Tibisay Lucena.

«C’est une victoire nette du peuple, (...) de la révolution», a très vite réagi Hugo Chavez. «La vérité a triomphé sur le mensonge, la dignité de la patrie l’a emporté sur ceux qui la nient, la constance a gagné», a-t-il ajouté devant des milliers de partisans rassemblés face au palais présidentiel. «Je jure, qu’à partir de cet instant, je vais me consacrer pleinement au service du peuple, de manière définitive».

L’opposition a admis sa défaite, tout en estimant que la «campagne a été celle de David contre Goliath et (que) Goliath a gagné». Omar Barboza, président du mouvement Un nouveau temps (social démocrate) a dénoncé l’utilisation «sans scrupules» des moyens de l’Etat pour permettre au «oui» de l’emporter, tout en se félicitant que le non ait obtenu «plus de cinq millions de voix».

«Notre projet est très différent du projet totalitaire du président Chavez», a-t-il encore dit. Mais, «en tant que démocrates, nous reconnaissons les résultats», de ce scrutin, a-t-il poursuivi, en promettant de continuer à lutter «sur le terrain des idées».

Immédiatement après l’annonce de la victoire du oui, la ville de Caracas a été illuminée par des dizaines de feux d’artifices, tandis que les détonations des pétards résonnaient et que le président Hugo Chavez se montrait au balcon de son palais de Miraflores pour chanter l’hymne national.