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mercredi, juin 17, 2009

Les Indiens organisent la lutte pour leurs droits

AMÉRIQUE LATINE Jeudi18 juin 2009

Les Indiens organisent la lutte pour leurs droits

Un Indien manifeste à Lima. (Keystone)

Un Indien manifeste à Lima. (Keystone)

La pression – agricole, industrielle ou énergétique – sur la terre menace les zones indigènes. Partout sur le continent latino-américain, la contre-attaque est en cours

Les Indiens d’Amazonie ont remporté une victoire contre Lima. Lundi, le premier ministre, Yehude Simon, a promis l’abrogation des décrets autorisant l’exploitation de leurs terres. Mardi, il a annoncé sa démission. De violents affrontements – 34 morts et 200 blessés – auront cependant été nécessaires pour infléchir le gouvernement, après des mois de mobilisation pacifiste. Si elle y est la plus spectaculaire, l’offensive indigène est loin de se cantonner au Pérou. Des marches ont récemment été organisées en Colombie, la contestation indienne a également traversé l’Equateur, le Paraguay ou le Chili. Au Brésil, la Cour suprême a validé fin mars les limites d’une réserve aborigène, boutant de ce fait les riziculteurs blancs à l’extérieur d’une zone qu’ils avaient investie illégalement.

Pression de l’agro-industrie

L’enjeu central reste celui de la terre. D’autres problématiques existent – participation politique, défense d’une identité culturelle propre ou accès à l’éducation et au marché du travail, pour ceux qui habitent en ville notamment. Elles sont toutefois secondaires. «Tous les pays d’Amérique latine ont reconnu le droit des indigènes à avoir leurs territoires, avec plus ou moins d’autonomie, mais le poids des grands propriétaires terriens et de divers lobbies fait que ces acquis ne sont guère respectés», note Bruno Clément, responsable des programmes Brésil-Bolivie et Nicaragua pour l’ONG romande E-Changer.

Prospection minière et pétrolière au Pérou, barrages hydroélectriques ou fermes de saumon au Chili, exploitation forestière au Brésil: les «réserves» indiennes regorgent de ressources et suscitent nombre de convoitises, nationales et internationales. «La pression sur la terre augmente, du fait notamment du développement de l’agro-industrie, lui-même lié à l’essor des agrocarburants», confirme Capucine Boidin, maître de conférences à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Iheal), à Paris. En réponse, les indigènes durcissent le ton.

«La lutte n’est pas nouvelle mais elle est plus politisée, précise Christian Gros, spécialiste de la région. Cela tient à la démocratisation générale du continent et au parcours même des leaders indiens, qui passent désormais par l’université.» En outre, les communautés peuvent s’appuyer sur des textes internationaux pour faire valoir leurs droits. A la convention 169 de l’Organisation internationale du travail, adoptée en 1989, a succédé en 2007 la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

mercredi, juin 10, 2009

mardi, janvier 27, 2009

Nouvelle Consitution dans une Bolivie divisée

AMÉRIQUE LATINE Mardi27 janvier 2009
Nouvelle Consitution dans une Bolivie divisée

PAR VINCENT TAILLEFUMIER, BOGOTA
Le référendum a été accepté par trois électeurs sur cinq. L’opposition convervatrice appelle à la «désobéissance».
Dès les premières projections, dimanche soir, Evo Morales s’est présenté, triomphal, au balcon du Palais présidentiel. «Nous avons mis fin à l’Etat colonial», a lancé le président socialiste bolivien. Les enquêtes de sortie d’urnes prévoyaient l’approbation de la Constitution pro-indienne et sociale par 56 à 63% des voix, lors du référendum qui venait de se dérouler sans anicroche.

Devant les milliers de partisans qui brandissaient le drapeau indien à damier coloré, le chef de l’Etat aymara pouvait proclamer la victoire de sa «révolution pacifique et démocratique». Par le nouveau texte, les 36 «nations originelles» et les neuf départements du pays doivent obtenir des pouvoirs étendus, des programmes sociaux être pérennisés, le latifundio être limité à 5000 hectares, et l’Etat voir son poids dans l’économie renforcé.

Mais à 400 kilomètres de là, d’autres slogans résonnaient sous les fenêtres de la préfecture de Sucre, ville bastion de l’opposition. Au cri de «désobéissance!», l’élue régionale, Savina Cuellar, elle aussi au balcon, appelait les électeurs à rejeter la nouvelle Constitution. Dans sa ville, comme dans quatre départements menés par les conservateurs, le non l’aurait emporté.

Les dirigeants opposants, pour beaucoup issus d’une élite de grands propriétaires, avaient bien accepté en octobre d’aller aux urnes, en échange de la modification de plus du quart du projet de Constitution. Mais hier, comme Savina Cuellar, ils se valaient de leurs victoires locales pour exiger la «conciliation» d’un nouveau texte.

C’est un nouveau bras de fer qui s’annonce pour ls pouvoir, après une année 2008 déjà marquée par une guérilla juridico-légale et des heurts meurtriers entre manifestants. L’opposition, concentrée dans une «demi-lune» orientale riche en agro-industrie et en gisements de gaz, veut faire appliquer à marche forcée des textes d’autonomie, approuvés l’an dernier lors de référendums régionaux jugés «illégaux» par les autorités. Selon le dirigeant conservateur Ruben Costas, ces projets – contrairement aux «fausses autonomies» que propose la nouvelle Constitution – permettraient de s’émanciper de la tutelle indienne et socialiste du pouvoir central. Pour prévenir l’incendie, le ministre Hector Arce a appelé les opposants à se concerter rapidement pour trouver un régime commun pour les départements.

Dans ce tête-à-tête tendu, Evo Morales a reçu hier le renfort d’une mission d’observateurs électoraux du Mercosur, qui rassemble les pays de la région autour de l’Argentine et du Brésil. L’organisation a salué des «élections exemplaires» et espéré que les résultats soient respectés par «tous les Boliviens».

Fort de cette légitimité, le vice-président, Alvaro Garcia, qui dénonce le «tribalisme électoral» des conservateurs, menace de faire appliquer la Constitution par décret si le Sénat, où l’opposition est majoritaire, tentait de la bloquer. L’épreuve du feu se déroulera avant avril, avec le vote d’un nouveau code électoral pour les élections générales de décembre prochain. Les élus devront décider du poids des circonscriptions indiennes dans le futur parlement «multiculturel», sans doute décisif pour donner aux partisans du président Morales la majorité absolue qui leur a cruellement manqué jusqu’ici.

Chute des cours du gaz

En même temps, le gouvernement doit affronter un autre adversaire implacable: la chute des cours du gaz, sa principale source de revenus, accompagnée d’une possible baisse des commandes de son puissant client brésilien. Des moyens en moins pour financer les très populaires programmes d’aide sociale et continuer à récolter des acclamations sous les balcons de la présidence.

samedi, janvier 24, 2009

BOLIVIE: LA RECONQUÊTE PACIFIQUE DES INDIGÈNES

BOLIVIE: LA RECONQUÊTE PACIFIQUE DES INDIGÈNES

Paru le Samedi 24 Janvier 2009 
   BERNARD PERRIN, SANTA CRUZ    

SolidaritéTrois ans après l’élection d’Evo Morales, les Boliviens s’apprêtent à inaugurer leur nouvelle maison commune. Le projet de Constitution soumis aux voix dimanche devrait consolider les réformes juridiques, sociales, politiques et économiques en cours. Une «décolonisation du pouvoir» qu’illustre la réforme agraire en pays guarani. 
Imaginez qu'une famille soit propriétaire de l'équivalent de la superficie du canton du Valais... ou de plus de 500000 terrains de football. Et que sur ce même territoire, des milliers de paysans sans terre survivent en esclavage, avec au mieux un salaire de misère, au pire juste de quoi nourrir leur famille. Bienvenu dans le département de Santa Cruz, terre des inégalités! Dans cet Oriente bolivien où seulement 5% des plus riches propriétaires possèdent 85% des surfaces cultivées... Dans la région reculée de l'Alto Parapeti1, à quelques heures de jeep de la petite ville pétrolière de Camiri, le temps semble s'être figé. Et le paysage magnifique, fait de vallées et de montagnes recouvertes d'une végétation luxuriante, rappelle le paradis perdu. Perdu, car dans ce monde oublié, le XXIesiècle rime encore avec esclavage pour le peuple guarani. Dans les énormes propriétés privées de plusieurs milliers d'hectares, des communautés entières vivent toujours en état de servitude, soumises à un patron. 
Les Guaranis ont habité cette région au moins depuis le XIVe siècle, et ont résisté à toutes les tentatives de colonisation pendant plus de trois cents ans, jusqu'à leur défaite militaire en 1892 lors de la bataille de Kuruyuki. Le territoire fut alors distribué par l'Etat aux propriétaires terriens, boliviens ou étrangers, et les «bons sauvages» guaranis furent dispersés dans les différentes haciendas, utilisés pour le travail aux champs. Une main d'oeuvre corvéable à souhait bienvenue... 


Un siècle de travail forcé

Des communautés entières furent ainsi privées de leurs terres fertiles et réduites au travail forcé. «Ce fut le début de la période la plus pénible de notre histoire, qui n'est malheureusement pas encore terminée», explique Felicia, assise devant sa petite hutte faite de bois et de paille. Dans sa communauté d'Itacuatia, la vieille dame, 67ans, témoigne d'un passé qui se mêle au présent: «J'ai été séparé de ma famille quand je n'étais encore qu'une enfant, pour entrer au service de la famille Chávez. Dans leur hacienda, depuis toute petite, j'ai lavé le linge, pelé les légumes et préparé les repas. Je ne suis jamais allée à l'école et pendant très longtemps je n'ai pas su ce qu'était l'argent. Les hommes, eux, étaient aux champs, du lever du soleil à la tombée de la nuit.» 
Selon l'Assemblée du peuple guarani, Itacuatia compterait aujourd'hui encore trente familles soumises à une forme ou à une autre d'esclavage ou de servitude. «Nous recevons des salaires de misère, en général 15bolivianos (un peu plus de 2francs) pour une journée de dix ou douze heures de labeur. Et il y a encore peu, nous n'étions rétribués que par un peu de sucre, du savon, quelques cacahuètes...», confirme Nicanor Cerezo Bejarano, le mburuvicha (le chef) de cette communauté. Et comme tous ses compagnons, il est lié au propriétaire par une supposée dette qui se transmet de père en fils. Résigné, il se sent encore incapable d'imaginer un autre futur que celui de «vivre et mourir sur cette terre qui m'a vu naître, au service d'un maître». 


2009, année de la libération?

Et pourtant... L'espoir que plus d'un siècle d'exploitation prenne fin cette année est bien réel... Pendue à un arbre, une vieille radio grésille pour l'ensemble des familles d'Itacuatia. Le programme de Patria Nueva, un canal pro-gouvernemental, fait la promotion de la nouvelle Constitution. Nicanor Cerezo Bejarano écoute pensivement: «Ce nouveau texte fondamental pourrait nous offrir enfin ce que nous voulons: vivre librement, en travaillant notre propre terre et en nous organisant en communauté. Alors le 25 janvier, nous irons tous voter, évidemment.» 
Le vice-ministre des Terres, Alejandro Almaraz, l'a lui-même clamé haut et fort: cette année 2009 sera celle de la libération du peuple guarani et de la fin de l'esclavage. Il y a moins d'un an pourtant, l'avenir de la réforme agraire dans ce coin de pays semblait bien compromis. En avril 2008, trois grands propriétaires terriens, soutenus par l'oligarchie la plus conservatrice de Santa Cruz et par la préfecture de droite, avaient même pris les armes contre le gouvernement. Et ce même Alejandro Almaraz fut retenu en otage pendant sept heures par les propriétaires terriens rebelles et leurs groupes de choc. «Mais en août, en plébiscitant le président avec 67% de votes, le peuple bolivien a mis en déroute cette droite fasciste, et avec elle les propriétaires terriens», raconte Don Valerio Castaño. Le vieil homme travaille lui aussi pour la famille Chávez, depuis plus de vingt ans. La sueur perle sur son front ridé alors que la température dépasse les 37degrés. Mais désormais un léger sourire crispe son visage: «Fin novembre, les fonctionnaires du gouvernement ont pu reprendre le processus d'assainissement des terres de l'Alto Parapeti, sans que les propriétaires terriens ne leur tirent dessus. Ils ont pu effectuer leur travail de terrain, maintenant nous attendons le résultat et une éventuelle redistribution...» 


Extrême précarité

Les chefs des communautés guaranis de l'Alto Parapeti ont transmis au gouvernement une demande de reconstitution d'une Terre communautaire d'origine (TCO) de 157000 ha dans le cadre de l'assainissement foncier. L'histoire est donc en passe de rendre aux Guaranis ce qu'elle leur a volé. Mais Don Valerio n'ose pas encore y croire: «Il faut nous comprendre... La peur des patrons est ancrée quasi génétiquement en nous. On a peur de tout, peur de parler, peur des représailles...» 
Les propriétaires terriens pourtant font désormais profil bas. L'un d'eux, Ronald Larsen, qui avait tiré dans les pneus de la voiture du vice-ministre en avril, aurait même quitté le département, peut-être la Bolivie. 
Mais pour ne pas être accusés de maintenir des communautés en régime d'esclavage, et donc de perdre leurs terres, les Chávez ont récemment privé les Guaranis de travail, espérant du même coup les contraindre à quitter la région. Sans le salaire de misère octroyé par le patron et toujours sans terre, les milliers de Guaranis qui composent les dix-neuf communautés de l'Alto Parapeti vivent aujourd'hui dans la précarité la plus absolue. «On cultive en cachette, clandestinement, de petites parcelles qui appartiennent bien sûr au latifundiste. Mais cela nous donne à peine de quoi nourrir nos familles», poursuit Don Valerio. 
Pourtant dimanche, même l'estomac vide, Don Valerio ira voter le coeur léger: «Pendant des années, j'ai fait ce que le patron exigerait de moi, je vivais dans la peur, sans pouvoir me défendre contre les mauvais traitements, dans l'ignorance de mes droits, faute d'éducation. L'histoire a changé. Avec le gouvernement d'Evo, avec cette nouvelle Constitution, les Guaranis vont pouvoir enfin être maîtres de leurs terres, et de leur destin.»I 

«Nous avons une dette historique envers les peuples indigènes»

    PROPOS RECUEILLIS PAR BPN    

Solidarité
Il n'a pas hésité, en avril dernier, à affronter directement les propriétaires terriens, quitte à essuyer leurs tirs. Et il n'a pas attendu que la Constitution inscrive dans le marbre les principes de la réforme agraire pour aller de l'avant. Avec ses lunettes à monture noire et sa barbe de jeune révolutionnaire, le vice-ministre des Terres, Alejandro Almaraz, incarne bien ce processus impulsé par le gouvernement. 


Etes-vous satisfait du cours de la réforme agraire?

Très satisfait. En trois ans, nous avons assaini1 18,3millions d'hectares (ha), soit deux fois plus que ce qui avait été réalisé depuis 1996. Et surtout, ce processus bénéficie enfin aux communautés. Sept millions d'hectares ont ainsi été remis aux peuples indigènes en Terres communautaires d'origine (TCO), et plus de 2,3millions aux communautés paysannes. 


Au détriment des entreprises privées?

Non, 600000 ha ont été titularisées à des petites entreprises et plus de 900 000 ha aux moyennes et grandes. Cela montre qu'il ne s'agit pas, contrairement à ce que prétend l'opposition, d'une réforme anti-démocratique, qui exproprie les privés. Au contraire, nous leur offrons la sécurité juridique. 


Où en est le processus d'assainissement?

Vingt-sept millions d'hectares sont assainis, mais la Bolivie en compte 106... J'estime qu'il nous faudra encore cinq ans pour arriver au terme du processus. L'an dernier, nous avons pu déclarer un premier département entièrement assaini, celui de Pando, qui compte 6,5millions d'ha. Avant, les communautés indigènes n'y avaient pratiquement aucun droit sur la terre, désormais elles sont titulaires de 2,5millions d'hectares, dont 500 ha attribué à chaque famille . 


D'où proviennent ces terres redistribuées?

Ce sont les terres qui étaient inexploitées, qui ne répondaient pas à la fonction économique et sociale. Je vous donne un exemple. Dans le département de Pando, une famille réclamait 300000 ha. Or l'étude sur le terrain a montré que seul 1% de cette surface répondait à la fonction économique et sociale. Et seul ce pour-cent a donc été titularisé... 


Qu'est-ce que la fonction économique et sociale?

C'est un principe fondamental qui est inscrit pour la première fois dans le marbre de la Constitution! Une terre qui n'est pas exploitée ou qui l'est mais au travers de la survivance de l'esclavage ne remplit pas la fonction économique dans le premier cas et la fonction sociale dans le second. Elle est alors expropriée, sans indemnisation, et l'Etat se charge de la redistribuer, par exemple à ceux qui la travaillent, à des communautés soumises à un maître. 


C'est le cas de l'Alto Parapeti...

Oui, et l'année 2009 sera celle de la libération du peuple guarani et de la fin de l'esclavage! Il y a eu une résistance de la part de quelques propriétaires terriens, qui ont même pris les armes contre nous l'an dernier, et qui s'opposent à la fin de leurs privilèges insensés, à cette accaparement inadmissible de dizaines de milliers d'hectares. Ils étaient appuyés par l'oligarchie conservatrice de Santa Cruz et par les mouvements séparatistes et autonomistes. Mais cette droite extrémiste et raciste a été défaite, et les propriétaires terriens avec elle. La redistribution de terres dans cette région est désormais imminente... 


La Constitution ne fait-elle pas la part trop belle aux peuples indigènes?

Non, nous avons une dette historique à payer, celle de l'humiliation de communautés qui formaient ce pays avant la conquête espagnole, et qui ont souffert de siècles d'exploitation et de discrimination... 


Qu'apporte encore la nouvelle Constitution?

Elle renforce la gestion communautaire de la terre. Ici, en Bolivie, nous ne pensons pas qu'il s'agisse d'une utopie, comme le pense la droite et une partie de la gauche. Ce système a pour but le bien commun, tout en respectant l'individu. Il est harmonieux. 
Note : 1L'assainissement consiste à vérifier la validité du titre de propriété et la légalité de l'exploitation puis à redistribuer les terres saisies..

samedi, octobre 25, 2008

Un Indien en Bolivie

Un Indien en Bolivie

Paru le Samedi 25 Octobre 2008 
   Simon Petite    

SolidaritééCHANGE • La Bolivie: un exemple pour l’Inde et ses centaines de millions de paysans? Un activiste indien est parti à la découverte du pays d’Evo Morales. Rencontre.
«Les paysans indiens, plus forts que Tata», titrait récemment le journal Le Monde. Début octobre, le constructeur automobile indien a dû renoncer à implanter une mégausine destinée à produire la Nano – la voiture présentée comme la moins chère du monde – au Bengale occidental. Des milliers de paysans manifestaient depuis un mois pour qu'on leur restitue leurs terres. Ce n'est que le dernier exemple des batailles homériques livrées sur le sous-continent contre des multinationales. En matière d'altermondialisme, les paysans indiens n'ont pas de leçons à recevoir. Ils viennent pourtant d'envoyer un observateur en Bolivie. Après un passage en Suisse, Veerabhadrappa Bislalli, journaliste et activiste de l'Association des paysans de l'Etat du Karnataka (KRRS), a pris l'avion mardi pour un séjour de trois mois. Facilitée par l'organisation paysanne Via Campesina et l'Action mondiale des peuples (AMP), cette initiative a pour but de renforcer les échanges entre militants du Sud. 


Faut-il prendre le pouvoir?

Les liens entre activistes boliviens et indiens ne sont pas nouveaux. Ils datent de la création de l'AMP en 1998. Dans un premier temps, les Latino-Américains se sont inspirés des méthodes d'action directe héritées de Gandhi. Paysans indiens et boliviens partageaient alors la même méfiance pour la politique institutionnelle. En décembre 2005, Evo Morales, porté par les mouvements sociaux, a été élu à la tête de la Bolivie et il entreprend depuis de changer radicalement les fondements du pays. L'exemple bolivien interroge les milieux altermondialistes sur leur relation avec le pouvoir. 
Veerabhadrappa Bislalli est curieux de voir à l'oeuvre le «gouvernement des mouvements sociaux» d'Evo Morales. Si puissantes soient-elles, les organisations de masse indiennes sont très peu représentées au niveau politique. Veerabhadrappa Bislalli se montre très sceptique à l'idée de briguer des mandats électifs. A moins que les mouvements sociaux prennent le pouvoir, comme ils l'ont fait en Bolivie. 
Pour l'instant, le KRRS préfère de loin les actions de terrain. Avec un certain succès. Né dans les années 1980, le mouvement revendique 1600 membres actifs et un nombre incalculable de sympathisants. «Nous n'avons pas de registre et, pour faire partie du KRRS, il n'y a pas besoin de demander sa carte», précise Veerabhadrappa Bislalli. 


Monsanto en échec

Une des premières actions à laquelle il a participé était l'occupation du siège de Monsanto à Bangalore en 1998. «J'étais alors étudiant et nous avions occupé les lieux avec une cinquantaine de camarades, cassant au passage quelques vitres», se rappelle-t-il en riant. 
Depuis, Bangalore est devenue la capitale des nouvelles technologies made in India et l'industrialisation grignote les terres agricoles. Le gouvernement de New Delhi a créé à tour de bras des zones économiques spéciales – plus de 400 à ce jour – qui bénéficient d'une fiscalité avantageuse et d'investissements publics considérables. «Comme si en dehors de Bangalore, Bombay ou Calcutta, l'Inde n'existait pas», soupire Veerabhadrappa Bislalli. Et de critiquer: «Mon pays est devenu un importateur de denrées alimentaires». Fidèle à la vision de Gandhi, le KRRS prône une «république des villages» et «un développement rural». Quant au géant des semences génétiquement modifiées Monsanto, il a toujours un bureau à Bangalore, mais ses activités ont décliné. «C'est grâce au KRRS, assure le militant. Le coton transgénique de Monsanto n'est aujourd'hui plus du tout cultivé au Karnataka.» Le coton «Bt» avait été introduit dans le Sud de l'Inde au début des années 2000. Au vu de ses résultats catastrophiques, certains Etats comme l'Andhra Pradesh l'ont carrément interdit. Les milieux anti-OGM soulignent volontiers le lien entre les plantations modifiées et les suicides de paysans indiens. Mais, même si le coton de Monsanto avait déjà presque disparu du Karnataka, 620 paysans ont mis fin à leurs jours en 2007. 


Aussi une agence matrimoniale

Pour l'activiste du KRRS, ces suicides montrent que les paysans sont encore trop dépendants, notamment des produits chimiques. «Les queues devant les magasins d'engrais et de pesticides sont si longues qu'elles virent parfois à l'émeute», raconte Veerabhadrappa Bislalli. Dans ce contexte, les cours du KRRS sur l'agriculture biologique sont pris d'assaut. Les paysans sont encouragés à échanger leurs semences. Le mouvement organise aussi des mariages. Pour s'unir, pas besoin d'appartenir à la même caste, ni de se ruiner ou de s'endetter, comme c'est trop souvent l'usage en Inde

samedi, octobre 18, 2008

Les paysans du Paraná ont eu raison des OGM de Syngenta

   BENITO PEREZ    

InternationalBRÉSIL - «Keno» n'est pas mort pour rien. La transnationale Syngenta vient d'abandonner la parcelle où fut assassiné ce paysan sans terre, le 21 octobre 2007. 
Une multinationale expulsée par des paysans sans terre... L'événement est peu commun; il a eu pour théâtre Santa Tereza do Oeste, dans le sud du Brésil, où la transnationale suisse Syngenta a cédé, mardi, dans la plus grande discrétion, une parcelle de 120hectares aux autorités de l'Etat du Paraná. A l'échelle du Brésil, la surface est modeste. Mais cette ferme basée à six kilomètres du Parc naturel d'Iguazu était devenue hautement symbolique. Depuis près de deux ans et demi, une coordination de mouvements paysans accusait Syngenta Seeds, la branche «semences» de l'entreprise bâloise, de s'y livrer à des manipulations génétiques expérimentales illégales sur du soja et du maïs. Le 21 octobre 2007, la protestation paysanne avait tourné au drame, lorsque des employés de la transnationale avaient agressé des paysans et assassiné Valmir Mota de Oliveira, «Keno», dirigeant local du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST)[1]
Moins d'un an après ce drame, qui avait provoqué une vive réaction des ONG suisses, Syngenta Seeds se retire donc de Santa Tereza do Oeste. Une volte-face surprenante tant l'entreprise s'était démenée pour conserver cette parcelle malgré la pression. Occupée à plusieurs reprises depuis mars 2006 par des sans-terre et des petits agriculteurs, lourdement amendée par le gouvernement fédéral, puis réquisitionnée (sans effet) par le gouverneur régional, l'exploitation de Santa Tereza do Oeste faisait l'objet d'un litige judiciaire à l'issue incertaine. Jusqu'à mardi. 
«Il me faut souligner l'importance de la pression exercée par le MST dans ce résultat qui est bon pour le Paraná, pour notre agriculture et pour notre pays», a déclaré le gouverneur Roberto Requião (PMDB/centre), peu après la signature de l'acte de donation. 
Au dire des autorités régionales, l'ancienne ferme de Syngenta sera transformée en un centre d'études forestières et agricoles. En outre, cet établissement public sera chargé de produire des graines «hautement productives» destinées aux petits agriculteurs locaux et à des donations humanitaires. En revanche, les cultures OGM en seront exclues. 
Se félicitant de «sa» victoire, la coordination régionale de Via Campesina a rappelé sa volonté d'«être partie prenante du projet de centre de référence de graines créoles» qu'elle appelle de ses voeux depuis plus de deux ans. Quoi qu'il arrive, la coalition paysanne se dit renforcée par le recul de la société suisse et poursuivra son combat pour «une agriculture paysanne agro-écologique». I 
[1]Le Courrier du 3 novembre 2007.

mardi, septembre 16, 2008

En Bolivie, «mitraillés comme des animaux»

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ANDES Mardi16 septembre 2008

En Bolivie, «mitraillés comme des animaux»

PAR BERNARD PERRIN, SANTA CRUZ
Après des semaines de violences entre pro et anti-Morales, l'espoir d'un accord renaît.

Après trois semaines de violences entre partisans du président Evo Morales et autonomistes de la media luna (les quatre départements de l'est du pays, Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija, qui forment un croissant de lune), la Bolivie respire avec l'ouverture d'un dialogue. Une réunion entre représentants du gouvernement et de l'opposition, dans la nuit de dimanche à lundi, a permis de rapprocher les deux camps avec l'espoir d'un accord qui mette fin aux troubles.

Evo Morales devait regagner lundi La Paz après avoir participé au Chili à une réunion extraordinaire de l'Union des nations sud-américaines où il espérait récolter un soutien unanime de la part de ses homologues continentaux, après les appuis enregistrés auprès du Brésil, de l'Argentine, de l'Equateur et du Venezuela. Le président, en position de force depuis son triomphe lors du référendum révocatoire du 10 août (67,4% de soutien), livre un bras de fer aux provinces autonomistes contrôlées par la droite - qui détiennent les principales richesses naturelles. Ces provinces rebelles rejettent un projet de Constitution et de réforme agraire qu'Evo Morales, premier Amérindien à la tête de l'Etat, veut faire voter par référendum.

Après une semaine d'émeutes, Santa Cruz panse ses plaies. Les principales institutions du gouvernement ont été prises par la force par les membres de la Union juvenil cruceñista (UJC), un groupe paramilitaire, bras armé du Comité civique (une organisation «apolitique» qui soutient le processus autonomiste). Plusieurs bâtiments officiels et celui de l'entreprise de téléphonie Entel ont été attaqués à coups de marteaux, de battes de baseball et de pétards. On compte des dizaines de blessés.

«Race maudite»

Ces violences ont été minutieusement préparées et les institutions ont été remises au préfet du département, Ruben Costas, garant de l'autonomie de Santa Cruz et gouverneur autoproclamé. Mais cette offensive a dérapé avec l'attaque des bureaux de différentes ONG et du Cidob, la Confédération des peuples indigènes. «Nous ne voulons pas de cette race maudite dans notre ville», a publiquement justifié un des dirigeants de l'UJC.

L'attaque jeudi soir du quartier de Plan 3000, un ghetto en marge de cette ville de 250000 habitants, composé principalement de migrants indiens des hauts plateaux favorables à la politique d'Evo Morales, a répondu à la même logique. Face à quelque 800 autonomistes, les habitants du quartier ont résisté toute la nuit sur les barricades et dans les rues. «C'est un combat pour la vie ou la mort, explique Hugo Cayo Rocha, le président du Mouvement au socialisme (MAS parti de Morales). C'est quitte ou double: la victoire de la droite autonomiste et fasciste ou celle d'un peuple uni qui réclame une vraie justice sociale.»

Cette nuit-là, le MAS a relevé une cinquantaine de blessés, «dont six par balles», précise Hugo Cayo Rocha. Dans le département de Pando, (nord), le bilan provisoire fait état de 30 morts et le nombre de disparus dépasse la centaine. Plusieurs jours après le massacre, des corps joncheraient encore les collines. Les témoignages accablants se multiplient. Les paysans qui se rendaient à la ville de Cobija pour manifester leur soutien au président Morales seraient tombés dans une embuscade tendue par des mercenaires. «On nous a mitraillés comme des animaux. Il y avait des femmes, des enfants. On a tenté de fuir, ils nous ont poursuivis à moto», témoigne Roberto Tito, un des rescapés.

Le gouvernement a mis en cause le préfet du département, Leopoldo Fernandez, accusé d'avoir financé des groupes de narco-trafiquants pour perpétrer ce massacre. Le vice-président Alvaro Garcia Linera a demandé son arrestation.

Blocus routiers levés

Dans ce contexte extrêmement tendu, la droite extrémiste a décidé de faire profil bas. Les blocus routiers ont été levés «en signe de bonne volonté», a annoncé le président du Comité civique de Santa Cruz, Branko Marinkovic. Ce blocus en forme de défi aux autorités, instauré deux semaines plus tôt, s'est révélé catastrophique. Le gouvernement n'ayant pas cédé à la pression, la ville et l'économie locale ont été peu à peu asphyxiées, faute de combustible.

Les problèmes de fond ne sont pas résolus et font craindre une reprise des violences. «La structure colonialiste et le système néolibéral ont concentré les richesses, et une oligarchie a très longtemps accaparé le pouvoir, explique Carla Espósito, de l'Observatoire du racisme de l'Université Cordillera. La nouvelle Constitution est un des éléments décolonisateurs qui doit permettre l'émancipation des communautés indigènes.»



samedi, mai 17, 2008

Le détournement du fleuve São Francisco, symbole de la «dérive de Lula»

   PROPOS RECUEILLIS PAR RACHAD ARMANIOS    

ReligionsBRÉSIL - L'évêque Tomas Balduino, 85 ans, est en Suisse pour alerter l'opinion sur le projet gouvernemental de détourner le São Francisco. Seule l'agro-industrie d'exportation en profitera, dénonce le religieux. 
En détournant une partie des eaux du São Francisco, le gouvernement de Lula prétend étancher la soif des habitants des régions semi-arides du Nordeste, au Brésil. En réalité, ce projet pharaonique vise à irriguer les monocultures de canne à sucre ou de fruits, destinées à l'exportation, accusent les détracteurs du projet. Fin 2007, l'évêque franciscain Luiz Flavio Cappio menait, «pour sauver le fleuve», une grève de la faim de vingt-quatre jours après un premier jeûne en 20051. C'est un autre évêque brésilien, Mgr Tomas Balduino, qui est ces jours en Suisse romande pour sensibiliser l'opinion publique à cette cause. A 85 ans, ce dominicain, évêque émérite du diocèse brésilien de Goiás (1967 à 1998), n'a rien perdu de son âme militante. Il a été le premier président de la Commission pastorale de la terre (CPT) de l'Eglise brésilienne, un offensif soutien des paysans sans terre. Entretien lors de son passage à Genève2. 


Quelles conséquences le jeûne très médiatisé de Mgr Cappio a-t-il eues?

Mgr Balduino: Des organisations populaires, indiennes, noires, de paysans, de pêcheurs se sont massivement mobilisées. Car le gouvernement s'est lancé corps et âme dans la poursuite du projet, en recourant à l'armée. Chargée de l'ingénierie, elle défend les travaux avec ses tanks. 


Pourquoi vous opposez-vous à un projet qui apportera de l'eau potable à 12 millions d'habitants?

C'est faux. Il va davantage concentrer l'eau là où elle l'est déjà en bénéficiant avant tout à l'agriculture d'exportation. En particulier, le projet servira à accroître la production d'éthanol (un agrocarburant tiré de la canne à sucre). Seul 4% de l'eau sera destiné à la population des campagnes. Dans les Etats semi-arides, ce ne sont pas 12 millions, mais 34 millions de personnes qui souffrent du manque d'eau. Le détournement du São Francisco n'est pas une solution. Car le problème vient de la non-redistribution de l'eau, confisquée en grande partie par les latifundistes. Se développe alors une «industrie de la sécheresse»: pour capter des voix, des politiciens offrent de l'eau aux pauvres avec des camions citernes. 


En favorisant l'agro-industrie d'exportation, le projet est-il bénéfique pour le Brésil?

Non, car il va creuser encore plus les inégalités sociales du fait de la concentration des richesses et des ressources. En outre, les monocultures détruisent la terre et tuent l'agriculture traditionnelle. Surtout, elles se destinent toujours plus à remplir les réservoirs des voitures plutôt que les ventres. Entre 2007 et 2008, les champs de canne à sucre ont avancé de 27% sur des terrains réservés auparavant à la production de céréales. L'éthanol est tout sauf un carburant éthique: sur les 5974 travailleurs-esclaves que les inspecteurs du gouvernement ont libérés l'an passé, 3131 venaient du secteur de la canne (des gardes armés empêchent de fuir ces employés, liés par des dettes aux grands propriétaires terriens, ndlr). 


Pourquoi les Indiens protestent-ils contre le projet?

La construction de deux canaux longs de 400 et 220 km signifie une invasion et un vol des terres appartenant à 34 peuplades indigènes. Lesquelles ne verront même pas la couleur de l'eau détournée! Un sérieux problème constitutionnel se pose, car une telle entreprise sur leurs terres suppose l'aval du parlement, qui ne s'est pas encore prononcé. Mais le gouvernement a pu annuler toutes les actions en justice. 


Quelles conséquences écologiques craignez-vous?

Cela va accentuer l'assèchement des zones riveraines de ce fleuve mourant. Les plantations d'eucalyptus pour la production de cellulose ont déjà asséché les affluents. Le fleuve souffre de l'érosion et de la dévastation de la végétation. En plus, les eaux usées d'un grand nombre de municipalités, dont des mégapoles, finissent dans le fleuve sans être traitées, créant de graves problèmes de pollution. 


Quelle alternative au détournement du fleuve est-elle proposée?

Un plan favorisant une gestion locale de l'eau a été conçu au sein même de l'Agence nationale des eaux. Mais il a été étouffé par le gouvernement Lula. Il s'agirait de développer un véritable réseau de distribution pour l'ensemble de la population à partir des réservoirs existants, de mieux capter l'eau de pluie et de mieux lutter contre l'incroyable évaporation, favorisée par l'irrigation conventionnelle et la concentration de l'eau dans les gigantesques réservoirs. 


Lula a-t-il trahi ses idéaux?

Oui. Il a été porté au pouvoir par les organisations populaires qui aspiraient au changement, comme au Venezuela, en Bolivie ou au Paraguay. Mais il a opté pour le marché et la «gouvernabilité». Il accuse désormais le peuple traditionnel et les Indiens de freiner le développement du pays et érige les producteurs d'éthanol en héros nationaux! Quant à la réforme agraire qui devait permettre aux paysans de reconquérir leurs terres, Lula l'a complètement oubliée. Sa priorité, c'est l'agrobusiness. Le combat pour le São Francisco va donc au-delà, puisqu'il symbolise celui des organisations paysannes et populaires dans tout le Brésil pour le droit à l'eau et à la terre. 


Un combat difficile?

Oui, d'autant plus que l'impunité règne. La semaine passée, le Tribunal de Bélem a annulé la condamnation à trente ans de prison de Vitalmiro Moura, dit «Bida», le commanditaire de l'assassinat en 2005 de soeur Dorothy. Cette Américaine défendait les paysans sans terre dans l'Etat du Para. La CPT, la Conférence des évêques et même Lula se sont publiquement indignés. En onze ans dans le Para, sur 850 assassinats, aucun commanditaire n'a été puni. En 2005, la Cour suprême du Brésil a refusé que les crimes contre les droits humains soient jugés au niveau fédéral. Elle arguait que la justice régionale de Bélem fonctionnait bien... la même qui vient d'acquitter Bida. Au Brésil, quatre évêques sont menacés de mort. I 
Note : 1Le Courrier du 5 janvier 2008. 
2Mgr Balduino, ainsi que Thomas Bauer, coordinateur de la CPT, étaient invités mercredi par la Commission Tiers-Monde de l'Eglise catholique et le Centre catholique international de Genève.