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samedi, octobre 24, 2009

La violence à Rio inquiète les organisateurs des Jeux olympiques

BRÉSIL Samedi24 octobre 2009

La violence à Rio inquiète les organisateurs des Jeux olympiques

Descente de la police antinarcotique dans une favela. Fait inédit, les caïds ont réussi à abattre un hélicoptère de la police, tuant trois des cinq hommes présents à bord. (AFP)

Descente de la police antinarcotique dans une favela. Fait inédit, les caïds ont réussi à abattre un hélicoptère de la police, tuant trois des cinq hommes présents à bord. (AFP)

Deux semaines après la désignation de la ville hôte de JO, le bilan des accrochages entre police et narcotrafiquants est édifiant

Une semaine meurtrière s’achève à Rio. Le bilan provisoire des accrochages entre forces de l’ordre et trafiquants de drogue est de 33 morts (trois policiers, trois civils, 27 suspects), et 41 arrestations.

La police poursuit ses opérations dans les favelas pour réprimer le trafic de drogue et retrouver les auteurs des violences qui ont éclaté deux semaines seulement après la désignation de la ville comme hôte des Jeux olympiques en 2016. Avec, pour point d’orgue, un fait d’une audace inédite: les caïds ont réussi à abattre un hélicoptère de la police, tuant trois des cinq hommes présents à bord.

Tout a commencé le samedi 17 octobre à l’aube, lorsque deux favelas voisines sont entrées en guerre. «Le Commando rouge», gang qui contrôle la première, est parti à l’assaut de la seconde, tenue par «Les amis des amis». Objectif: «prendre» les points de vente de drogue qui s’y trouvent.

Aucune grande ville brésilienne n’est épargnée par une violence qui atteint des niveaux parmi les plus élevés du monde. Mais le taux d’homicides dans l’Etat de Rio, 33 pour 100 000 habitants, est trois fois plus élevé que dans celui de São Paulo, pourtant beaucoup plus peuplé.

Si, à São Paulo, un seul gang règne en maître sur le trafic de drogue, à Rio, ils sont trois – fortement armés – à se disputer dans le sang ce fonds de commerce. Les points de vente de stupéfiants se situent dans les favelas, à la faveur du vide laissé par l’Etat dans ces poches de misère. Ce qui explique les invasions du territoire de l’ennemi. Pour l’anthropologue Alba Zaluar, coordinatrice du Centre de recherche sur la violence à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro, les derniers événements révèlent les «failles anciennes» des politiques de sécurité publique. «Les autorités de Rio misent davantage sur la répression que sur la prévention, explique-t-elle. Ça change, mais il reste beaucoup à faire.»

Si la guerre pour les points de vente de la drogue n’a rien de nouveau à Rio, elle s’est intensifiée ces derniers mois. Pour certains, c’est le résultat d’une nouvelle stratégie qui tend à réduire le territoire sous l’emprise des caïds: l’installation d’unités permanentes de police dans des favelas dominées par ces derniers. Reste que cette expérience – réussie – ne concerne encore que quatre des 43 favelas visées par le programme (la ville en compte près d’un millier).

lundi, octobre 19, 2009

Affrontements à Rio entre policiers et dealers

Affrontements à Rio entre policiers et dealers

AFP/LT

Douze morts, dont deux policiers, et un hélicoptère de la police abattu

Quatre mille cinq cents policiers supplémentaires étaient mobilisés dimanche à Rio au lendemain des sanglants affrontements entre trafiquants de drogue et policiers qui ont fait 12 morts – dont deux policiers carbonisés dans la chute de leur hélicoptère abattu – et huit blessés.

José Mariano Beltrame, secrétaire de l’Etat de Rio à la sécurité, a indiqué que les renforts policiers venaient de plusieurs bataillons de la région métropolitaine, pour éviter de nouvelles tentatives d’invasion de favelas dans la ville. Dimanche, la situation était revenue à une apparente tranquillité dans les quartiers populaires du nord de la ville. Policiers civils et militaires sont en état d’alerte dans les casernes.

Samedi, la police était intervenue dans la favela dos Macacos, située près du stade Maracana, pour mettre fin à une fusillade entre bandes rivales de trafiquants.

Pour la première fois, un hélicoptère de la police a été abattu par les trafiquants et deux policiers ont été tués.

Lors d’affrontements postérieurs, qui ont semé la terreur dans tout le quartier, dix trafiquants présumés ont été tués par la police. Huit personnes dont deux policiers ont également été blessées. En représailles à l’opération policière, une dizaine d’autobus ont été incendiés dans les quartiers populaires du nord. La violence urbaine est un problème endémique à Rio, ville hôte des Jo de 2016.

samedi, octobre 17, 2009

dimanche, juin 07, 2009

mardi, mai 26, 2009

La délinquance aura-t-elle la peau de la «Révolution bolivarienne»?


Paru le Mardi 26 Mai 2009
SÉBASTIEN BRULEZ, CARACAS

SolidaritéVENEZUELA - La chute de la pauvreté n'a pas permis d'enrayer la montée de l'insécurité dans les zones urbaines du pays. Pressé par son électorat et par la droite, le gouvernement d'Hugo Chávez tente de réagir.
La délinquance aura-t-elle la peau de la «Révolution bolivarienne»? VENEZUELA - La chute de la pauvreté n'a pas permis d'enrayer la montée de l'insécurité dans les zones
urbaines du pays. Pressé par son électorat et par la droite, le gouvernement d'Hugo Chávez tente de réagir. Alors que ces dix dernières années la pauvreté a diminué d'un tiers au Venezuela, la courbe de la violence y a suivi une trajectoire inverse. Sur la même période, le nombre d'homicides est passé de près de 6000 à plus de 13 000 par an. Balbutiant sur le sujet durant une bonne partie de sa gestion, le gouvernement d'Hugo Chávez semble désormais décidé à prendre le problème à bras-le-corps. Car la simple amélioration des conditions sociales ne suffit apparemment pas à faire chuter le crime. Pastor est chauffeur de taxi à Caracas. Il travaille la nuit pour éviter les embouteillages à l'entrée et à la sortie de la capitale. «Comme je vis un peu en dehors, je devrais me lever tous les jours à 4 h du matin pour pouvoir arriver à une heure décente dans le centre», commente-t-il. Mais la nuit le travail est plus risqué, alors il fonctionne presque exclusivement avec des clients connus: «Ils me passent un coup de fil et je vais les chercher là où ils sont. C'est plus sûr pour moi et aussi pour eux, on ne sait jamais sur qui on peut tomber.»


Cent mille homicides

Malgré sa prudence, Pastor a été victime d'un braquage il y a quelques mois, en conduisant un client dans un barrio (quartier pauvre). «Deux motards nous ont braqué avec leur arme. Je n'ai pas résisté, j'ai préféré qu'ils partent avec la voiture et sortir de là vivant.» L'incident en restera là et Pastor retrouvera même son véhicule quelques jours plus tard.
Mais les histoires de vols à main armée ne se terminent pas toujours aussi bien. Entre 1999 et 2008, près de 22 000 personnes sont tombées sous les balles de la délinquance, rien qu'à Caracas (2 millions d'habitants). Au niveau national, un document du Corps d'investigations scientifiques, pénales et criminelles (CICPC), divulgué récemment dans la presse, avance le chiffre de 101 141 homicides en dix ans (pour 28 millions d'habitants).
Selon le rapport 2007 des Nations Unies sur l'état des villes dans le monde, l'augmentation de la violence est un phénomène global et est surtout notoire dans les pays en voie de développement qui connaissent une forte croissance urbaine. Avec une population concentrée à 93% dans les villes, le Venezuela dépasse largement la moyenne régionale qui tourne autour de 79%.
A titre d'exemple, au Brésil, depuis les années 1970, le taux d'homicides a triplé à Rio de Janeiro et quadruplé à São Paulo. A Caracas, en vingt ans il s'est pratiquement multiplié par dix.
L'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) signale qu'entre 1980 et 2002, le taux d'homicides au Brésil est passé de 11,4 à 28,4 pour 100 000 habitants. Le Venezuela a, lui, effectué un bon de 19,4 à 50,9 entre 1998 et 2003. A contario, le Salvador et la Colombie, jusqu'ici les plus violents du continent, ont amorcé une baisse de cette morbidité (respectivement de 62,5 à 54,9 et de 64 à 38).


Gauche sans solutions?

Alors qu'Hugo Chávez entame sa onzième année à la tête du gouvernement, l'opposition n'hésite pas à faire le parallèle entre l'augmentation de la violence et la gestion du président. «Dites 'non' à l'insécurité, votez 'non'!», était l'un des slogans utilisés pendant la campagne du référendum constitutionnel remporté en février dernier par le camp bolivarien. Mais si les résultats des derniers scrutins montrent toujours un soutien majoritaire au gouvernement, les élections régionales de novembre 2008 ont laissé apparaître un certain mécontentement dans les zones les plus peuplées. Sur les sept Etats perdus lors de ce scrutin, quatre figurent parmi les plus violents du pays (le district de Caracas et les Etats de Carabobo, Zulia et Miranda). Et d'après le dernier sondage de l'Institut vénézuélien d'analyse de données (IVAD), l'insécurité constitue la première préoccupation pour sept Vénézuéliens sur dix.
Selon le criminologue Andrés Antillano, la délinquance pose un réel problème aux gouvernements progressistes d'Amérique latine: «Il n'y a pas de discours de gauche consistant sur le sujet. L'agenda de l'insécurité est un agenda colonisé par la droite, dans la plupart des pays.» Professeur à l'Institut des sciences pénales de l'Université centrale du Venezuela (UCV), M. Antillano considère que les progressistes se limitent à concevoir le problème sous forme de mythes. «Le premier est le mythe de la négation: il n'y a pas d'insécurité, c'est une invention des médias, c'est une façon de criminaliser le peuple, etc. Cela a été la position de ce gouvernement durant une certaine époque.»


Pauvres et victimes

Un autre mythe est celui qu'il qualifie de «fonctionnalisme de gauche» et qui revient à penser que «simplement» en améliorant les conditions de vie et l'inclusion sociale, on peut faire baisser les chiffres de l'insécurité. «La réalité du Venezuela démontre que cela n'est pas vrai, qu'il n'y a pas de relation mécanique. Il y a en plus un effet paradoxal, car non seulement les politiques d'inclusion sociale n'entraînent pas une diminution de l'insécurité, mais en plus l'insécurité elle-même augmente l'exclusion sociale», commente-t-il.
Au Venezuela, le taux de chômage est passé de 10,3% en 1995 à 7,4% en 2008. La pauvreté est quant à elle passée de 49,4% de la population en 1999, à 28,5% en 2007. Mais le segment de la population le plus touché par la violence demeure le secteur le plus marginalisé par rapport au reste de la société. Dans son rapport de l'année 2008, l'ONG locale PROVEA définit la victime-type de cette façon: «Des hommes jeunes, habitants de localités socioéconomiquement déprimées des grands centres urbains du pays.»


Policiers délinquants

Mais si le nombre d'homicides a effectivement augmenté ces dix dernières années, l'insécurité apparaît cependant comme un problème structurel puisant aussi ses racines dans les politiques publiques des décennies passées. En particulier au niveau des forces de l'ordre régulièrement accusées d'inefficacité voire de complicité.
Dans les barrios, les policiers ne sont pas vraiment perçus comme la solution au problème, mais plutôt comme des auteurs potentiels de graves délits, tels qu'enlèvements, extorsions, vols ou trafics de drogue. «Les flics ici revendent la drogue qu'ils confisquent aux trafiquants, ou leur font payer une vacuna (rançon) pour fermer les yeux. Certains agents vont même jusqu'à louer leur arme aux délinquants», témoigne Francisco, habitant du quartier populaire de La Vega, à Caracas.
Selon le ministre de l'Intérieur et Justice, Tareck El Aissami, 20% des délits commis dans le pays sont perpétrés par ces mêmes fonctionnaires. Il faut dire que la multiplicité des corps de police ne facilite pas la tâche ni le contrôle sur les effectifs. Au Venezuela il existe 25 polices départementales et 67 municipales. A cela viennent s'ajouter le CICPC, les autorités de transport et circulation (qui ne portent pas d'arme), ainsi que la Garde nationale et les Forces armées. Et il aura fallu attendre 2001 pour que soit approuvé le décret de «coordination de sécurité citoyenne», qui a pour tâche de relier entre eux les différents organismes de maintien de l'ordre.
Un second pas, en avril 2006, a été la création d'une Commission nationale de réforme policière (Conarepol). Qui a fait le même constat qu'une précédente commission en 1991: le Venezuela paie «l'inexistence d'une politique nationale en matière de police, la carence de mécanismes de coordination policière, la superposition de fonctions entre les différents corps de sécurité», etc.


Arsenal législatif

Le 18 mars dernier, le gouvernement a annoncé l'activation de «sept fronts contre la violence», avec la création d'un Conseil national de prévention et sécurité citoyenne, intégré par plusieurs ministères. Figurent aussi au menu la création d'un Système intégré de polices et le lancement d'une Université expérimentale de la sécurité, visant à améliorer le niveau de formation des fonctionnaires. A plus long terme, l'ambition est de réformer les polices départementales et municipales. Un sujet délicat dans ce pays si polarisé, où l'opposition s'accroche à quelques bastions locaux .
Plusieurs lois sont également en cours d'élaboration à l'Assemblée nationale. C'est le cas de l'amélioration du statut social et professionnel du policier et du durcissement des peines pour port d'armes.


«Pas besoin d'arme»

Toutes ces mesures se cantonnent pour l'instant à un cadre strictement législatif. Mais bien souvent, dans les quartiers, c'est le travail quotidien qui paie. Parce que, comme le fait remarquer Francisco, à La Vega comme ailleurs «il n'y pas vraiment de dynamique qui t'amène à autre chose» qu'à entrer dans une bande ou à porter un «flingue» pour obtenir la reconnaissance des autres.
Alors, avec quelques copains, il a choisi un autre combat, celui de sortir les plus jeunes de l'engrenage en les initiant à la culture contemporaine mais aussi à celle de leurs ancêtres. Ensemble ils ont créé une radio communautaire et une coopérative audiovisuelle grâce à laquelle ils forment les adolescents à l'initiation aux médias. Ils combinent cela avec la musique originaire des percussions, et le seul bruit qui résonne ici est celui des tambours. «Dans le quartier tout le monde nous respecte pour ce qu'on fait, même les délinquants, parce qu'ils savent que nous travaillons pour la culture, nous ne les considérons pas comme des ennemis et eux non plus. Ils ont aussi des enfants et quand ils voient qu'on travaille avec leurs gosses pour les sortir du cercle, ils nous sont reconnaissants. On n'a pas besoin de porter une arme pour se faire respecter.» I



article

La réponse populaire du 23 de Enero

SBZ

Dans le quartier du 23 de Enero à Caracas, une construction pas comme les autres se plante au milieu des tours à appartements. Il s'agit du local de la Coordinadora Simón Bolívar (CSB), un ex-commissariat de police transformé en centre culturel. Cours de danse, accès gratuit à Internet et à l'alphabétisation informatique, radio communautaire, missions sociales: depuis 2005 l'endroit est devenu un lieu de rencontre et de participation. La CSB est née en 1993, bien avant le début de la «Révolution bolivarienne», dans ce quartier réputé pour son organisation et ses luttes sociales.
Juan Contreras, membre de la Coordinadora, se souvient que la naissance du collectif répondait alors au besoin de «construire un pouvoir local, ce qu'on appelle aujourd'hui le 'pouvoir populaire', et ce à partir de trois axes principaux: la récupération des espaces, la récupération des traditions et le sport». L'idée était, entre autres, de se rapproprier les espaces qui à un certain moment, à cause de l'absence de politiques publiques, étaient tombés aux mains de la délinquance. Aujourd'hui l'objectif n'a pas changé: «Notre but est aussi de tendre des ponts entre les gens afin qu'ils communiquent entre eux, et ce à travers la culture et le sport. Et nous y sommes parvenus, maintenant les gens participent.» La CSB organise des activités ludiques et culturelles dans le quartier afin que les jeunes occupent leur temps libre et ne tombent pas dans les filets des bandes et de la drogue. Mais qui dit organisation sociale dit aussi formation politique: «Chaque groupe, chaque collectif apporte son travail social, son travail politique, afin d'empêcher la délinquance et le trafic de drogue de s'installer dans le quartier. Il y a d'ailleurs eu des affrontements et des camarades ont été assassinés par les narcotrafiquants.» Pour Juan et les autres, le fléau a aussi ses origines politiques: «Ici nous menons une lutte de longue date contre la drogue et la délinquance. Dès la fin des années 1970, l'Etat a commencé a mener une 'guerre sale' et à inonder le quartier de drogue afin de venir à bout des luttes sociales qui réclamaient la transformation de la société.» La semaine dernière, trois personnes du quartier ont été assassinées en pleine rue, vers minuit. Parmi les victimes, un militant impliqué depuis de nombreuses années dans les luttes sociales. A l'époque, il avait même participé à la Révolution sandiniste au Nicaragua. «La néfaste logique du capital ne fait pas que promouvoir la mercantilisation de la drogue, elle promeut aussi la mercantilisation de la mort», pouvait-on lire sur un tract distribué dans le 23 de Enero, lors d'une mobilisation de protestation contre cet assassinat. SBZ

mardi, mai 12, 2009

Des favelas de Rio seront bientôt entourées de murs

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Les autorités évoquent une mesure pour protéger la forêt. Une ONG dénonce une mesure de ségrégation
Rio de Janeiro, la capitale touristique du Brésil, chercherait-elle à isoler ses pauvres? L’Etat de Rio a en tout cas lancé la polémique en annonçant la construction de murs autour de 13 des 958 favelas de la ville. Dans l’une d’elles, la Dona Marta, les travaux ont déjà commencé. Objectif déclaré: contenir l’expansion de ces bidonvilles sur la forêt atlantique et «rétablir l’ordre urbain», selon le gouverneur, Sergio Cabral.

Trois mètres de haut

Les murs de Rio feront 14,6 kilomètres de long et trois mètres de haut, ce que la secrétaire d’Etat à l’Environnement, Marilene Ramos, trouve «naturel». Leur tracé devrait passer uniquement là où les favelas jouxtent la forêt. Les quartiers pauvres ne seront donc pas totalement murés et la liberté de circuler des habitants n’est pas menacée, selon les autorités.

Pour ses défenseurs, l’initiative – décidée sans même consulter les populations concernées – va aider à préserver les paysages de la «cité merveilleuse», qui seraient défigurés par ses favelas. Curieusement, 51% des plus pauvres interrogés par le très sérieux institut de sondage Datafolha disent y être favorables. «Ils n’en mesurent pas encore la portée», assure Itamar Silva, coordinateur de l’ONG Ibase et habitant de la Dona Marta. Il dénonce une mesure de ségrégation: «La protection de la forêt n’est qu’un alibi. La vraie raison, c’est que les classes aisées ne veulent pas de favelas à proximité car cela dévalorise l’immobilier.» Et déloger les bidonvilles – une idée très populaire en raison de la criminalité dont ils seraient à l’origine – est impossible, du moins pour les plus grands, déjà consolidés.

Selon le chercheur Ignacio Cano, la lutte contre l’insécurité est l’une des motivations des autorités. Il s’agirait d’empêcher les narcotrafiquants armés qui contrôlent les favelas de s’enfuir par la forêt pendant les incursions policières. Les soupçons sont alimentés par le fait que presque tous les bidonvilles concernés par cette première phase du projet se situent dans la zone touristique, la plus riche de la ville. De plus, «leur expansion est très inférieure à la moyenne, voire nulle, et elle est plutôt verticale qu’horizontale», note Beto Mesquita, membre du Conseil de l’environnement lié à la mairie.

L’Etat dit les avoir retenus à titre «préventif», notamment en raison de leur forte population et de leur relief. Il s’agirait d’éviter les nouvelles constructions sur les flancs des collines, sujets aux éboulements.

Selon les experts, il y a des moyens moins agressifs que des murs pour contenir les favelas. Il existe déjà des clôtures autour de certains bidonvilles, mais ces «écolimites» ne sont pas toujours respectées. «Il suffit que l’Etat exerce son contrôle, reprend Itamar Silva. Pas besoin de murs pour cela. Il faut faire aussi du logement social», sans quoi les favelas continueront de gagner du terrain dans tout le pays. Le président Lula a lancé un plan pour construire un million de toits pour les démunis, mais il en faudrait près de huit fois plus pour répondre aux besoins en logements du Brésil.

samedi, décembre 06, 2008

L'Unasur implique le préfet dans la tuerie du Pando

   benito perez    

InternationalBOLIVIE - Les enquêteurs de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) estiment que le massacre du 11 septembre était prémédité. 
Un massacre prémédité. L'enquête de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) sur la tuerie de Porvenir est accablante pour les autorités du Pando. Dans un rapport de 66pages rendu public mercredi, la commission d'enquête dirigée par l'avocat argentin Rodolfo Mattarollo qualifie le massacre du 11 septembre de «crime contre l'humanité» et confirme que les partisans du président bolivien Evo Morales ont bel et bien été victimes d'une «attaque généralisée et systématique» menée «par traîtrise» (alevosía) et orchestrée par des fonctionnaires départementaux[1]. Les enquêteurs ont comptabilisé «au moins vingt morts» parmi les militants paysans et deux parmi les assaillants. La commission Mattarollo met aussi en exergue les «tortures» et autres «traitements dégradants» infligés par les «agents public (départementaux) ou parapublics». 
A peine paru, le rapport des enquêteurs a été violemment disqualifié par l'opposition bolivienne. Partis et médias confondus l'ont jugé «partial» et «peu sérieux», car émanant d'une instance dominée par des gouvernements de gauche. Une affirmation qui fait peu de cas de la présence d'experts du Pérou, de Colombie et du Chili et de la réputation du président Mattarollo, ancien expert du Haut Commissariat de l'ONU aux droits humains. 
En fait, le courroux de la droite bolivienne s'explique surtout par les conclusions peu ambiguës du rapport quant à l'implication du préfet du Pando, Leopoldo Fernandez. Cet important chef de l'opposition, incarcéré depuis plus de deux mois et demi, apparaît comme le commanditaire des violences. «[Les agresseurs] ont agi d'une façon convenant ou acceptée par le gouvernement» régional, affirme noir sur blanc la commission. 
Les enquêteurs relèvent notamment que les assaillants –parmi lesquels de nombreux et importants fonctionnaires départementaux– suivaient une «chaîne de commandement». Et qu'ils ont usé de tous les «biens départementaux» nécessaires. Où que remonte cette «chaîne», la commission estime que «la responsabilité criminelle touche ceux qui avaient la connaissance et auraient pu faire cesser» les exactions. 
Appelant à une coopération judiciaire avec la Bolivie, les membres de la commission internationale n'ont pas caché leur scepticisme sur investigations menées par la «très faible» justice locale. Dans une interview à la radio Erbol, Rodolfo Mattarollo a même plaidé pour sa «profonde transformation», voire sa «refondation»...

mardi, septembre 16, 2008

En Bolivie, «mitraillés comme des animaux»

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ANDES Mardi16 septembre 2008

En Bolivie, «mitraillés comme des animaux»

PAR BERNARD PERRIN, SANTA CRUZ
Après des semaines de violences entre pro et anti-Morales, l'espoir d'un accord renaît.

Après trois semaines de violences entre partisans du président Evo Morales et autonomistes de la media luna (les quatre départements de l'est du pays, Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija, qui forment un croissant de lune), la Bolivie respire avec l'ouverture d'un dialogue. Une réunion entre représentants du gouvernement et de l'opposition, dans la nuit de dimanche à lundi, a permis de rapprocher les deux camps avec l'espoir d'un accord qui mette fin aux troubles.

Evo Morales devait regagner lundi La Paz après avoir participé au Chili à une réunion extraordinaire de l'Union des nations sud-américaines où il espérait récolter un soutien unanime de la part de ses homologues continentaux, après les appuis enregistrés auprès du Brésil, de l'Argentine, de l'Equateur et du Venezuela. Le président, en position de force depuis son triomphe lors du référendum révocatoire du 10 août (67,4% de soutien), livre un bras de fer aux provinces autonomistes contrôlées par la droite - qui détiennent les principales richesses naturelles. Ces provinces rebelles rejettent un projet de Constitution et de réforme agraire qu'Evo Morales, premier Amérindien à la tête de l'Etat, veut faire voter par référendum.

Après une semaine d'émeutes, Santa Cruz panse ses plaies. Les principales institutions du gouvernement ont été prises par la force par les membres de la Union juvenil cruceñista (UJC), un groupe paramilitaire, bras armé du Comité civique (une organisation «apolitique» qui soutient le processus autonomiste). Plusieurs bâtiments officiels et celui de l'entreprise de téléphonie Entel ont été attaqués à coups de marteaux, de battes de baseball et de pétards. On compte des dizaines de blessés.

«Race maudite»

Ces violences ont été minutieusement préparées et les institutions ont été remises au préfet du département, Ruben Costas, garant de l'autonomie de Santa Cruz et gouverneur autoproclamé. Mais cette offensive a dérapé avec l'attaque des bureaux de différentes ONG et du Cidob, la Confédération des peuples indigènes. «Nous ne voulons pas de cette race maudite dans notre ville», a publiquement justifié un des dirigeants de l'UJC.

L'attaque jeudi soir du quartier de Plan 3000, un ghetto en marge de cette ville de 250000 habitants, composé principalement de migrants indiens des hauts plateaux favorables à la politique d'Evo Morales, a répondu à la même logique. Face à quelque 800 autonomistes, les habitants du quartier ont résisté toute la nuit sur les barricades et dans les rues. «C'est un combat pour la vie ou la mort, explique Hugo Cayo Rocha, le président du Mouvement au socialisme (MAS parti de Morales). C'est quitte ou double: la victoire de la droite autonomiste et fasciste ou celle d'un peuple uni qui réclame une vraie justice sociale.»

Cette nuit-là, le MAS a relevé une cinquantaine de blessés, «dont six par balles», précise Hugo Cayo Rocha. Dans le département de Pando, (nord), le bilan provisoire fait état de 30 morts et le nombre de disparus dépasse la centaine. Plusieurs jours après le massacre, des corps joncheraient encore les collines. Les témoignages accablants se multiplient. Les paysans qui se rendaient à la ville de Cobija pour manifester leur soutien au président Morales seraient tombés dans une embuscade tendue par des mercenaires. «On nous a mitraillés comme des animaux. Il y avait des femmes, des enfants. On a tenté de fuir, ils nous ont poursuivis à moto», témoigne Roberto Tito, un des rescapés.

Le gouvernement a mis en cause le préfet du département, Leopoldo Fernandez, accusé d'avoir financé des groupes de narco-trafiquants pour perpétrer ce massacre. Le vice-président Alvaro Garcia Linera a demandé son arrestation.

Blocus routiers levés

Dans ce contexte extrêmement tendu, la droite extrémiste a décidé de faire profil bas. Les blocus routiers ont été levés «en signe de bonne volonté», a annoncé le président du Comité civique de Santa Cruz, Branko Marinkovic. Ce blocus en forme de défi aux autorités, instauré deux semaines plus tôt, s'est révélé catastrophique. Le gouvernement n'ayant pas cédé à la pression, la ville et l'économie locale ont été peu à peu asphyxiées, faute de combustible.

Les problèmes de fond ne sont pas résolus et font craindre une reprise des violences. «La structure colonialiste et le système néolibéral ont concentré les richesses, et une oligarchie a très longtemps accaparé le pouvoir, explique Carla Espósito, de l'Observatoire du racisme de l'Université Cordillera. La nouvelle Constitution est un des éléments décolonisateurs qui doit permettre l'émancipation des communautés indigènes.»



lundi, mai 05, 2008

Partisans et adversaires de l'autonomie s'affrontent à Santa Cruz

   BENITO PEREZ    

SolidaritéBOLIVIE - Les partisans du gouvernement ont perturbé la tenue du référendum autonomiste jugé illégal. Les émeutes se sont soldées par un mort et vingt blessés. 
L'affrontement était inévitable. Malgré les appels au calme du président Evo Morales, le référendum mis sur pied par la Préfecture de Santa Cruz (est) a été marqué hier par de très violentes émeutes, où se sont affrontés partisans et opposants au statut d'autonomie. A l'heure où nous mettions sous presse, les résultats du scrutin n'étaient pas connus, si ce n'est ceux de la violence: un mort et au moins 20 blessés, dont plusieurs grièvement. Dans l'ouest du pays, la journée a été marquée par d'immenses assemblées publiques à El Alto, La Paz, Oruro, Potosi et Cochabamba, où des centaines de milliers de personnes ont appelé à l'unité de la Bolivie. 

Barrages routiers

Dès l'aube, plus de 900 000 électeurs étaient appelés à se rendre dans l'un des 600 bureaux de vote du Département de Santa Cruz, première des quatre entités régionales de l'est bolivien à mettre sa menace à exécution. A l'instar de Tarija, Beni et Pando, les autorités de Santa Cruz – tenues par les opposants au gouvernement de gauche d'Evo Morales – ont fait adopter en assemblées populaires un projet de statut d'autonomie, avant de le soumettre ce dimanche – sans l'accord du parlement bolivien – au corps électoral. Le texte est qualifié de séparatiste par La Paz, car il donnerait la souveraineté fiscale, législative et agraire au département, en contradiction de la Constitution nationale en vigueur. 
La perspective fait également cauchemarder la minorité indigène de Santa Cruz, qui bénéficie des politiques de redistribution – agraire notamment – du gouvernement. C'est elle, hier, qui a ouvert les feux. Dès le matin, des milliers de partisans du gouvernement ont tenté de s'opposer à la tenue de ce scrutin jugé «illégal». Des premiers barrages routiers ont été dressés pour entraver l'acheminement des urnes à San Julián et Yapacani, à une centaine de kilomètres au nord de Santa Cruz, où le vote n'a jamais pu démarrer. A Los Angeles, près de San Julián, un militant aurait été grièvement blessé par un automobiliste opposé au blocage des routes. 
D'autres zones rurales ont également connu un scrutin très perturbé, comme Cuatro Cañadas, Montero ou San Pedro, où des dizaines d'urnes ont été brûlées. 
Mais les principaux affrontements ont eu lieu dans la banlieue populaire de Santa Cruz, à Plan 3000, où les autonomistes du centre de la capitale avaient expédié leurs jeunes troupes de l'Unión Juvenil Cruceñista défendre les urnes. Tout l'après-midi, des milliers de personnes se sont battues à coups de pierres et de pavés pour le contrôle des locaux de vote du quartier. Selon un journaliste du Courrier, quelque 250 policiers tentaient de s'opposer aux affrontements en tirant des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes. Des gaz qui, à en croire Radio Erbol, auraient causé la mort d'une personne âgée. Des rumeurs avançaient un second décès, à l'arme blanche cette fois-ci. Notre journaliste n'a toutefois vu aucun activiste armé. 


Bilan contradictoire

Avant même la fermeture des locaux de vote, gouvernement central et Préfecture de Santa Cruz se disputaient autour du bilan politique de la journée. Si les autorités départementales qualifiaient le vote de «succès» et assuraient que seuls 3% des inscrits avaient été touchés par les incidents, des chiffres diffusés par La Paz brossaient un tout autre tableau, puisque 30% des tables électorales n'auraient pu fonctionner normalement. Un chiffre crédible, selon les informations de l'agence Reuters, qui relève que les artères principales de cinq des quinze provinces du département étaient totalement barrées par les anti-référendum. 
Quant au résultat du vote, il ne devait être connu que dans la nuit. Mais les chiffres ne seront de toute façon que symboliques, puisque le référendum n'est pas reconnu par la Cour nationale électorale, et n'a pas été supervisé par une instance nationale ou internationale. La Préfecture a dû confier le décompte à une société privée. Des accusations de fraude ont d'ailleurs été relayées tout au long de cette intense journée.

jeudi, avril 10, 2008

Des propriétaires prennent les armes contre la réforme agraire

   BENITO PEREZ    

SolidaritéBOLIVIE - La libération des indigènes exploités dans les haciendas se heurte aux résistances des latifundistes qui misent sur le référendum du 4 mai pour stopper la réforme agraire. 
A moins d'un mois du référendum autonomiste, le drame qui se noue dans le sud-est du Département de Santa Cruz a tout du symbole. Dans l'aride Chaco bolivien, où plusieurs milliers d'indigènes guaranis vivent encore à l'état de serfs1, les propriétaires terriens multiplient, depuis deux mois, les coups de force, afin d'empêcher toute redistribution agraire d'ici au 4 mai, date choisie par les séparatistes de Santa Cruz pour organiser leur consultation2. Vendredi dernier, pour la quatrième fois en moins de deux mois, les hommes de main des latifundistes ont usé de la force contre une délégation officielle qui tentait de se rendre auprès des communautés dites «captives» de la zone du Alto Parapeti (Province de la Cordillère). Depuis mardi soir, ces miliciens bloquent plusieurs voies de communications pour empêcher l'arrivée d'une commission gouvernementale, faisant craindre de nouvelles violences. Signe de la détermination et du sentiment de toute-puissance des propriétaires, ni la présence du vice-ministre de la Terre, Alejandro Almaraz, au sein de la délégation du 4 avril, ni celle d'une quarantaine de policiers l'accompagnant n'ont dissuadé les attaquants. Au nombre d'une cinquantaine, ils ont lancé pierres, pétards et fusées, obligeant les policiers à riposter à coups de grenades lacrymogènes. Un indigène et un policier ont été blessés. 


Ministre retenu et menacé

Peu avant les affrontements, l'un des principaux éleveurs de la zone, l'Américano-Bolivien Ronald Larsen, avait menacé de mort, carabine en mains, les fonctionnaires de La Paz qui oseraient revenir sur ses terres. Un avertissement déjà proféré, le 27 février dernier, lorsqu'un groupe de latifundistes, d'élus de l'opposition et de proches du gouverneur de Santa Cruz Ruben Costa avaient chassé manu militari les experts de l'Institut national de la réforme agraire (INRA), basés à Camiri, principale ville du Chaco. Puis deux jours plus tard, lorsque le vice-ministre Almaraz et le directeur de l'INRA, Juan Carlos Rojas, avaient tenté une première fois de se rendre sans escorte dans le Alto Parapeti pour initier le processus d'inspection des terres. Une «violation de propriété privée», selon M. Larsen, qui leur avait valu la destruction complète de leurs véhicules et une prise en otages de sept heures par les cow-boys du latifundiste américano-bolivien, bien décidé à défendre l'intégralité des 15 000 hectares en mains de sa famille. 


Tenir jusqu'au 4 mai

Car la cause de ce mauvais western est là. Depuis l'adoption à fin 2006 d'une loi permettant de saisir des terres sur lesquelles du travail forcé a été constaté, certains exploitants du Chaco savent leurs heures comptées. S'ils continuent de nier la condition de «servitude» de leurs employés guaranis, ils ne peuvent ignorer que le rapporteur onusien sur les droits autochtones Rodolfo Stevenhagen, la Commission interaméricaine des droits humains et le Défenseur du peuple ont tous établi l'existence de telles relations de travail dans la Province de la Cordillère. 
Selon une étude menée par la Croix-Rouge suisse et le Ministère de la justice, au moins vingt-six haciendas profitent de la main-d'oeuvre «captive» de dix communautés indigènes. Une domination basée sur l'inégale distribution des terres, un système de rétributions en nature, la transmission héréditaire de dettes et l'intimidation physique. 
Un tableau qui explique aisément la détermination des exploitants des haciendas à empêcher le passage des fonctionnaires de l'INRA. Du moins jusqu'à l'hypothétique sécession de Santa Cruz ou la chute du gouvernement d'Evo Morales... 


Territoire ancestral

Pour les Guaranis comme pour les latifundistes, l'enjeu dépasse les seules communautés captives. La démarche menée depuis le 29 février par les fonctionnaires de l'INRA vient s'additionner à la réforme agraire plus classique, qui permet déjà à l'Etat de redistribuer les grandes surfaces improductives et d'annuler les titres de propriétés frauduleux qui pullulent dans ce far east bolivien. (lire les «repères» ci-contre) 
Pour la seule Province de la Cordillère, l'Assemblée faîtière du peuple guarani (APG) espère ainsi constituer un Terre communautaire d'origine (TCO) de quelque 200 000 hectares. 
Au-delà des besoins premiers des familles captives et autres paysans sans terre, le projet de TCO sur la Cordillère fait surtout figure d'emblème de la politique indigéniste du gouvernement et des mouvements sociaux. Deux fois grande comme la Suisse, l'immense province – dédale de vallons et de gorges qui naguère protégèrent la guérilla du Che – fut aussi le dernier rempart de la Nation guarani face à l'avancée blanche. Un bastion tombé il y a à peine quatre générations. 


Renforts

Avec le soutien appuyé des milieux autonomistes de la capitale de l'Orient bolivien, les propriétaires terriens du Chaco ont lancé une contre-offensive médiatique et politique, arguant que la redistribution des terres détruirait un tissu économique crucial. Mais surtout, la Fédération des éleveurs boliviens (FGB) fait courir le bruit que le Département de Santa Cruz perdrait les revenus fiscaux du TCO au profit des seuls indigènes. Une crainte sans base juridique, mais pouvant créer l'émoi dans cette région riche en hydrocarbures. 
Pour l'heure toutefois, la population du Chaco se montre peu sensible au discours. Selon divers témoignages, les coupures de routes menées hier résultaient surtout de l'abattage d'arbres par des employés des haciendas et de l'obstruction de véhicules. 
Bien qu'en conflit avec La Paz, le puissant Comité civique de Camiri – contrairement à celui de Santa Cruz – soutient fermement les revendications indigènes. L'APG se disait hier en mesure de mobiliser un millier de militants de mouvements sociaux et d'indigènes pour accompagner la nouvelle tentative des experts de l'INRA. 
Quant au gouvernement, il paraît déterminé à maintenir le cap. Outre le renfort de 200 policiers, Evo Morales vient d'envoyer sa ministre du Développement rural, Susana Rivero, prendre la tête de la délégation gouvernementale et soutenir son vice-ministre des Terres, installé à plein temps à Camiri depuis une semaine. Des messages forts du président à l'intention de ses alliés de l'Est bolivien mais aussi à ses adversaires. I