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jeudi, novembre 05, 2009

La Bolivie d'Evo Morales ferme les yeux sur les barrages de Lula

BERNARD PERRIN, LA PAZ

SolidaritéAMAZONIE - Que la gauche remporte ou non le scrutin bolivien de décembre, le rio Madeira n'échappera pas aux dommages écologiques et sociaux des deux futurs barrages brésiliens.
Que restera-t-il dans une décennie du «poumon de la terre» et des populations indigènes qui l'habitent? Que les gouvernements du Brésil ou de Bolivie soient «de gauche» ou «indigéniste» n'y change rien. Entre les mégaprojets énergétiques, les exploitations pétrolières ou minières et les monocultures d'agrocombustibles, l'Amazonie, et ses richesses naturelles stratégiques, est aujourd'hui plus que jamais l'ultime digue face au capitalisme. A la frontière bolivienne, le Brésil vient de lancer sa version amazonienne des travaux d'Hercule: la construction du plus grand projet hydroélectrique du continent sud-américain. Sur le rio Madeira, principal affluent du fleuve Amazone, le gouvernement du président Luiz Ignacio «Lula» da Silva va débourser d'ici 2013 plus de 10 milliards de dollars pour la construction de deux mégabarrages, à Jirau et San Antonio qui généreront au total près de 7000 MV. Les travaux, qui ont démarré cet été, sont dirigés par Odebrecht, la plus grande entreprise de construction d'Amérique latine, dont le chiffre d'affaires a atteint, en 2007, 17 milliards de dollars, un montant supérieur au PIB de la Bolivie et du Paraguay réunis.
Les promoteurs du projet espèrent que les deux ouvrages permettront le développement d'un gigantesque pôle agroindustriel au coeur de l'Amazonie, en plus d'alimenter, par une ligne à haute tension, les industries de Sao Paulo, à plusieurs milliers de kilomètres au sud-est.
Si ces ouvrages seront sensiblement moins grands que le fameux barrage des Trois Gorges en Chine, le plus puissant du monde (18 200 MV), ils auront par contre un impact écologique énorme au vu de la topographie extrêmement plate du bassin amazonien. De quoi inquiéter le voisin bolivien, dont la frontière se situe à moins de 90 kilomètres du premier des deux barrages, celui de Jirau.
Certes, les études menées par des scientifiques brésiliens ont conclu «à l'absence d'impact des barrages sur le territoire bolivien». Mais Jorge Molina, expert à l'Institut d'hydraulique et d'hydrologie de l'Université Mayor de San Andrés, à La Paz, n'en décolère toujours pas: «Les Brésiliens ont carrément manipulé les modèles mathématiques pour calculer par exemple la sédimentation au fond des lacs de retenue», accuse-t-il. «C'est absolument inacceptable pour le scientifique que je suis. Explicable toutefois: il ne s'agissait pas d'études, mais d'opinions émises par des chercheurs payés par... Odebrecht, le maître de l'ouvrage!»
La réalité risque donc bien de virer au cauchemar pour les habitants du bassin du rio Madeira. «Notre dernière étude démontre en effet que l'élévation du niveau du fleuve après la mise en service des deux barrages se situera entre 1 et 2,2 mètres», poursuit M. Molina.


Populations déplacées

«Nous n'avons pas les relevés topographiques exacts de toute la zone», regrette pour sa part Marc Pouilly chercheur à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement. Mais les premières études menées du côté bolivien arrivent à la conclusion qu'au minimum 500 km2 de terres riveraines seront définitivement inondées.
La communauté scientifique est dès lors montée aux barricades. «Le bassin du rio Madeira, c'est plus d'un million de km2 (25 fois la Suisse). C'est donc une folie de réaliser de tels barrages sans avoir au préalable effectué des études sérieuses», poursuit Marc Pouilly. Celles menées récemment par l'ONG Faunagua donnent le frisson. «Plus de 300 espèces de poissons migrateurs seront menacées d'extinction, mettant en péril, pour le seul territoire bolivien, la survie économique de 16 000 pêcheurs traditionnels, de leurs familles et de leurs communautés», explique Paul van Damme.
Manuel Antonio Valdès, chercheur à l'Université fédérale de Rondonia, au Brésil, estime pour sa part que du côté brésilien, la construction des barrages nécessitera le déplacement d'au moins 15 000 personnes: «Ce sera un drame social. Ces gens déracinés, coupés de leur culture, viendront gonfler les banlieues de Porto Velho... Et tomberont dans la misère et son cortège habituel: délinquance, prostitution, trafics en tous genres.» Un problème presque habituel au Brésil: «En trente ans, l'Etat a construit plus de 600 barrages, déplaçant plus d'un million de personnes, dont au moins 70% n'ont jamais reçu la moindre indemnisation.»
Face à la menace, la Bolivie a tardé à réagir. Depuis 2006, le ministre des Affaires étrangères David Choquehuanca a certes fait régulièrement part de la «préoccupation» de l'Etat bolivien face aux répercussions environnementales des deux barrages. Mais si certains ministères, comme celui de l'Environnement, ont combattu le projet brésilien, d'autres, comme celui de l'Energie, ou les cercles proches du président, à commencer par le vice-président Alvaro García Linera, y sont ouvertement favorables.


Pour l'électricité

Pour eux, il est en effet vital de répondre avant tout aux besoins de la population. Et Pablo leur fait volontiers écho. Ce paysan et pêcheur de la région de Cobija, dans le département de Pando, à la frontière avec le Brésil, est venu jusqu'à La Paz pour défendre la construction des barrages: «Ce que nous voulons, c'est vivre mieux, ne plus nous éclairer à la bougie. On accepte volontiers le désastre s'il vient avec le développement et l'électricité!»
Jean Rémy, professeur à l'Université fédérale de Rio de Janeiro, l'a toutefois prévenu: «Il ne faut pas se faire d'illusions. Tous les projets antérieurs ont montré que les populations locales n'en bénéficient pas. Elles restent dans l'obscurité!» Le Bloc des organisations paysannes et indigènes du Nord amazonien (BOCINAB) ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Il a exigé l'arrêt immédiat de la construction des barrages et déposé dans la foulée une demande de mesures provisionnelles devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme. Pour l'heure sans succès: le rouleau compresseur brésilien semble impossible à arrêter. I



article

«TRANSNATIONALISATION» DE L'AMAZONIE

BPN

«Accélérer le développement économique: c'est une constante dans la politique brésilienne, depuis la seconde moitié du XXe siècle», explique Olivier Dabène, professeur à Sciences Po et président de l'Observatoire de l'Amérique latine et des Caraïbes. C'est d'ailleurs à ce prix que le géant sud-américain pourra assurer sa place de nouvelle puissance économique mondiale du XXIe siècle. «Lula a beau être de gauche, il est coulé dans le moule des intérêts prioritaires du pays», poursuit le chercheur.
Le Brésil s'est ainsi mué en véritable empire, constituant son propre «pré carré» sur le continent. Lorsque la BNDES (Banque nationale de développement économique et social) décide d'investir dans les pays voisins, c'est en effet à condition que les projets soient accordés ensuite à des entreprises... brésiliennes. La centrale hydroélectrique de San Francisco, en Amazonie équatorienne, a ainsi été construite grâce à un prêt de 243 millions de dollars accordé justement par la BNDES... sous condition d'adjudication du contrat à l'entreprise brésilienne Odebrecht!
«Mais le projet des barrages du rio Madeira ne peut toutefois se comprendre que si on le replace dans le cadre de l'IIRSA, l'Initiative pour l'intégration des infrastructures régionales sud-américaines», souligne Marco Octavio Ribera, chercheur à la Lidema, la Ligue bolivienne de défense de l'environnement. L'objectif de l'IIRSA, adoptée en 2000 par douze présidents sud-américains? «C'est le développement d'infrastructures et de centres de production d'énergies dans un corridor d'intégration qui remonte toute l'Amazonie. L'IIRSA prévoit notamment une voie navigable de 4200 kilomètres qui permettra le transport fluvial – puis terrestre via la construction de nouvelles routes – du soja et des agrocombustibles produits en Amazonie vers les ports de la côte pacifique, pour les exportations vers l'Asie», poursuit le chercheur. «Et ces voies de communication sont dessinées en fonction des échanges commerciaux et de la chaîne de production des transnationales nord-américaines et brésiliennes, commente Evelin Mamani, sous-directrice du Fobomade, le Forum bolivien sur l'environnement et le développement. Les entreprises qui financent l'IIRSA, ce sont notamment les grands producteurs de soja et les entreprises de la filière de l'agroalimentaire.» Dans le numéro d'avril de l'édition «cono sur» du Monde diplomatique, le journaliste français Christophe Ventura confirme que «Lula a passé des engagements avec les firmes de l'agrobusiness comme Monsanto, Syngenta, Cargill ou encore Nestlé pour réaliser son rêve de convertir le Brésil en premier producteur mondial de soja, de canne à sucre et d'éthanol».
«On peut donc aujourd'hui véritablement parler de transnationalisation de l'Amazonie, conclut Evelin Mamani. Au détriment de la santé humaine, de la conservation de la nature et du droit des peuples indigènes de vivre selon leurs modes de vie.» BPN


Lula se fâche avec les sans-terre qui l’ont élu


Manifestation des sans-terre. (Keystone)

Manifestation des sans-terre. (Keystone)

Une action coup de poing du Mouvement des sans-terre, qui regroupe 370 000 familles, est vertement condamnée par le président Lula da Silva. «On cherche à nous criminaliser», dénonce de son côté le MST devant l’Organisation internationale du travail

Pour que l’ex-syndicaliste Lula dénonce le «vandalisme» de ceux qui ont le plus cru en lui, il fallait qu’un événement très médiatisé l’y force. Il s’est produit fin septembre quand les télévisions brésiliennes ont montré en boucle des bulldozers abattant 7000 orangers de Cutrale, géant agro-alimentaire dans l’Etat de São Paulo. Tracteurs détruits, maisons saccagées: l’action coup de poing du Mouvement des sans- terre (MST), intervenant dans un long procès sur la propriété de ces terrains, a provoqué plus de dégâts dans l’image du MST que les bulldozers dans les plantations.

L’incident, peut-être dû à des éléments incontrôlés, critiqués au sein du mouvement même, tombait très mal: le MST mène campagne, en particulier devant l’Organisation internationale du travail à Genève, pour dénoncer «la criminalisation du mouvement» par la justice et les médias brésiliens. Né il y a vingt-cinq ans, il regroupe 370 000 familles pauvres, dont 93 000 attendent un lopin de terre dans 600 campements etconstitue une des plus grandes, sinon la plus grande force de lutte organisée au Brésil.

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mardi, octobre 13, 2009

A nouveau attractif, le Brésil relève la tête

A nouveau attractif, le Brésil relève la tête

Chantal Rayes São Paulo

Fabio Barbosa, directeur du groupe Santander au Brésil, lors de l’introduction en Bourse de sa société. L’indice Ibovespa a gagné 70% depuis janvier. (Keystone)

Fabio Barbosa, directeur du groupe Santander au Brésil, lors de l’introduction en Bourse de sa société. L’indice Ibovespa a gagné 70% depuis janvier.  (Keystone)

Au bénéfice de la plus importante entrée en bourse de ces 18 derniers mois, le pays profite par ailleurs de la hausse des cours des matières premières. Les exportations ont été diversifiées, notamment vers l’Asie

Ce fut la plus grande introduction en bourse depuis 18 mois dans le monde: Santander Brasil, filiale du groupe bancaire espagnol Santander, a levé l’équivalent de 8,3 milliards de francs la semaine dernière sur la bourse de São Paulo (Bovespa).

Signe, pour le président de la Bovespa, Edemir Pinto, de «l’attractivité du marché des capitaux brésilien pour les investisseurs étrangers».

Après avoir déserté le Brésil à cause de la crise, se défaisant de leurs actions pour couvrir les pertes sur les marchés développés, ces derniers font un retour en force qui explique largement la valorisation de plus de 70% de l’indice Ibovespa depuis janvier. Pas de risque de surchauffe pour autant, selon l’économiste Joaquim Eloi Cirne de Toledo. «La bourse ne fait que récupérer des pertes exagérées et reste en deçà de son pic de l’an dernier, explique-t-il. Dorénavant, les hausses seront forcément plus modérées.»

A l’origine de l’euphorie: la hausse du cours des matières premières exportées par les principales entreprises qui composent l’Ibovespa et la rapide sortie de crise de la première économie d’Amérique latine, qui n’a commencé à en sentir les effets qu’au dernier trimestre 2008.

Raillé pour avoir prédit que celle-ci n’aurait pas plus d’effet qu’un «clapotis» sur l’économie brésilienne, le président Lula est au jour d’hui soulagé.

Après six mois de récession, le PIB a progressé de 1,9% au second trimestre 2009 et devrait boucler l’année au-dessus de 0%. «Nous venions d’une croissance moyenne de 5% à l’an», rappelle Cirne de Toledo. Mais le Brésil devrait renouer avec un taux similaire dès l’an prochain, selon les prévisions.

Historiquement vulnérable aux chocs extérieurs, le pays s’en est bien mieux tiré cette fois. Notamment grâce à l’accumulation de 230 milliards de dollars de réserves internationales, de quoi couvrir largement les engagements extérieurs du pays. Ces réserves ont permis à la Banque centrale d’intervenir pour faire face au rétrécissement du crédit international. De plus, contrairement aux crises passées, le gouvernement n’a pas eu à relever le taux d’intérêt – qui est même passé à son plus bas niveau depuis les années 80 – ni à réduire les dépenses, au contraire.

Rio 2016: le centre du monde s’est déplacé

JEUX OLYMPIQUES Mardi13 octobre 2009

Rio 2016: le centre du monde s’est déplacé

Rio désignée ville hôte des Jeux de 2016. Le Brésil a changé. Il n’est plus à la périphérie. (AFP)

Rio désignée ville hôte des Jeux de 2016. Le Brésil a changé. Il n’est plus à la périphérie.  (AFP)

Le succès de la candidature de Rio de Janeiro pour l’attribution des JO 2016 a été accueilli, en Europe, avec une condescendance qui révèle notre ignorance de la puissance économique, du dynamisme et aussi des mentalités de la société brésilienne

Au soir de l’attribution des Jeux olympiques 2016 à la ville de Rio de Janeiro, le présentateur d’un journal télévisé français a annoncé qu’ils allaient pour la première fois à un pays émergent. Ce présentateur avait peut-être oublié les JO de Mexico en 1968 ou tenu compte du fait que l’expression n’avait pas encore été inventée il y a plus de quarante ans. Il a surtout oublié que le Brésil, aussi éloigné géographiquement soit-il du territoire européen, n’est plus un pays émergent mais un pays émergé.

Après avoir souligné l’étendue de la victoire de Rio sur la ville de Chicago, éliminée au premier tour malgré le soutien de Barack Obama, un géostratège a affirmé que c’était un cadeau fait à l’Amérique du Sud. Il y a quelques années, quand la ville de Londres a obtenu l’organisation des JO 2012, personne n’a eu l’idée saugrenue de dire que c’était un cadeau pour l’Europe. Au demeurant, les Brésiliens n’ont pas considéré qu’ils sollicitaient un cadeau, même en déposant leur dossier, même pendant la campagne électorale qui a précédé la réunion du CIO. S’ils n’allaient pas jusqu’à dire qu’ils considéraient les JO comme un dû, certains le pensaient tout bas.

Avant l’élection, beaucoup d’individus plus ou moins intéressés, c’est-à-dire plus ou moins proches de la concurrence, ont fait état de la violence qui règne à Rio de Janeiro dont les statistiques criminelles sont impressionnantes. Or la violence, en tout cas aux yeux de qui y passe suffisamment de temps pour se faire une idée personnelle, est surtout visible du fait de l’organisation urbaine. Si elle indique que l’Etat de droit n’est pas installé dans le moindre recoin du territoire, elle est généralement jugulée dans les grandes circonstances et elle est moins pesante dans la vie quotidienne de la ville que ne le disent la presse brésilienne et les cariocas eux-mêmes.

Les analyses qui ont accompagné l’élection olympique rappellent que nous regardons encore le reste du monde avec une certaine condescendance, surtout quand il s’agit de son économie et de sa capacité d’organisation, surtout quand nous ignorons ce qui s’y passe. Parce que nous avons conservé l’habitude de nous prendre nous-mêmes comme exemple ou que nous ne voulons pas nous avouer que le monde a changé, que nous n’y occupons plus la place qui était la nôtre autrefois.

mardi, septembre 01, 2009

Le Brésil veut accroître son rôle grâce au pétrole

Le Brésil veut accroître son rôle grâce au pétrole

Le président Lula édicte des règles pour l’exploitation des nouveaux gisements découverts par Petrobras, afin que le pays en retire le plus de bénéfices

«Ce lundi 31 août représente une nouvelle indépendance du Brésil.» Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (centre gauche) a joué à fond la fibre nationaliste quelques heures avant d’annoncer en grande pompe les nouvelles règles d’exploitation des réserves pétrolières potentiellement énormes découvertes ces deux dernières années au large de l’Atlantique par le géant pétrolier national Petrobras, à cinq à sept mille mètres de profondeur.

Objectif du nouveau modèle: «Accroître le rôle économique et géopolitique du Brésil», a martelé la ministre Dilma Rousseff, chef de cabinet de Lula, par le biais d’un renforcement du contrôle de l’Etat sur ces réserves.

Exclusivité

Ainsi, Petrobras sera l’opérateur exclusive des gisements, ce qui lui donne le contrôle de la production et de l’exploitation ainsi que l’accès à l’information stratégique. L’entreprise se voit également concéder une participation minimum de 30% dans les consortiums qui les exploiteront. Mais l’Etat pourra lui confier l’exploitation exclusive de tel ou tel gisement sans appel d’offres. De quoi déplaire aux multinationales qui convoitent ces réserves.

Le gouvernement introduit aussi le système dit de partage de la production: l’entreprise pétrolière qui offrira à l’Etat, non pas le meilleur prix pour une concession comme c’est le cas aujourd’hui, mais la plus grande part de pétrole extrait remportera l’appel d’offres pour exploiter tel ou tel gisement.

Pour Brasilia, ce système permettra à l’Etat de s’approprier une plus grande part de la manne pétrolière. Celle-ci sera déposée dans un Fonds social destiné à investir dans l’éducation et la lutte contre la pauvreté. L’idée est d’éviter également une flambée des exportations de pétrole qui pourrait survaloriser le réal brésilien et détruire ainsi l’industrie nationale.

Pour gérer ces réserves, le gouvernement propose la création de Petrosal, une nouvelle entreprise totalement publique, contrairement à Petrobras qui compte des actionnaires privés.

Le gouvernement justifie cette réforme par deux arguments: le potentiel des réserves serait gigantesque et le risque de ne pas y trouver du pétrole, nul. L’Etat serait donc en droit de réclamer une plus grande part du gâteau.

jeudi, août 27, 2009

samedi, août 15, 2009

Le projet autogestionnaire reprend vie au fil des nationalisations d'Hugo Chávez

SEBASTIEN BRULEZ, CARACAS

SolidaritéECONOMIE - Acier, ciment, électricité, banque: les nationalisations se multiplient au Venezuela. Les travailleurs, eux, en attendent davantage que l'amélioration de leurs conditions de travail, ils veulent avoir leur mot à dire.
En mai dernier l'Etat vénézuélien officialisait le rachat de la principale aciérie du pays, Sidérurgie de l'Orénoque (SIDOR), pour 1,97 milliard de dollars (2,13 milliards de francs). Quelques jours plus tard, lors d'une rencontre avec les travailleurs de la région de Guayana (dans l'est du pays), le président Hugo Chávez annonçait la nationalisation de quatre entreprises du secteur briquetier (produisant des briquettes de minerai de fer, lire ci-dessous). Ces mesures prétendent réorganiser tout le secteur de la sidérurgie autour du «Plan Guayana socialiste 2019» avec la participation active des travailleurs. Le premier pas avait été franchi le 9 avril 2008, avec l'annonce de la nationalisation de SIDOR après quinze mois de lutte des travailleurs contre le consortium argentin Techint (appartenant au groupe Ternium, basé au Luxembourg), qui refusait d'améliorer les conditions de travail lors de la négociation d'un nouveau contrat collectif. Les travailleurs luttaient pour leurs salaires, leurs retraites, ainsi que pour l'intégration des 9000 salariés «sous-traitants». Ils avaient finalement réussi à imposer un rapport de force et à arracher une nationalisation au départ perçue comme un possible sujet de discorde entre le Venezuela et l'Argentine des Kirchner.


«Mieux à 200%!»

Un an après ces événements, beaucoup de choses ont changé à SIDOR. «Les bénéfices des travailleurs se sont améliorés de 200%. Avant, nous étions marginalisés, humiliés, sacrifiés par une multinationale qui nous volait notre vie, qui nous volait tout», commente José Eduardo, quelques minutes avant de prendre son tour de travail entre la poussière, le vacarme des machines et la chaleur exténuante des fours.
Sirio Velasquez, chef de bureau aux ressources humaines, précise qu'à l'époque de Techint, vu les conditions de travail, «il y avait une grande rotation des effectifs. Actuellement, il existe une volonté d'adapter les emplois à l'âge, à l'expérience et aux capacités de chaque travailleur». De fait, de nombreux partenaires privés ont décidé de ne plus travailler avec SIDOR après la nationalisation. «Le nombre d'entreprises sous-traitantes est passé de 630 à environ 300. Beaucoup ne voulaient pas travailler avec l'Etat, d'autres ont refusé de s'adapter au nouveau cahier des charges», explique-t-il.
Mais les conditions de travail n'ont pas été les seules à évoluer, les salaires aussi ont connu un changement significatif. Sirio indique qu'un ouvrier non qualifié débutant touchait sous Techint 800 bolivars (l'équivalent de 400 francs), soit le salaire minimum. Aujourd'hui, ce même ouvrier gagne 2600 bolivars. Et un ouvrier d'exhiber fièrement sa fiche de paie qui affiche, après vingt ans d'ancienneté, un salaire de 5800 bolivars. La nationalisation obtenue prend d'un coup un aspect plus concret.
Les travailleurs non titularisés ont pu, eux aussi, en vérifier les avantages. Peu à peu, les disparités entre ouvriers s'estompent. Quelque 1300 «sous-traitants» ont été régularisés, portant le nombre de «sidoristes» à 6200.


La proposition de Chávez

D'autres problématiques se font néanmoins jour. Il y a peu, les travailleurs de SIDOR paralysaient de nouveau leur usine pour réclamer des prestations sociales non payées. Ils protestaient aussi pour attirer l'attention sur les conditions de sécurité, un de leurs compagnons ayant perdu la vie dans l'explosion d'un four.
Par ailleurs, la production de l'entreprise est à la baisse depuis la transition. Et les bas prix de l'aluminium sur les marchés internationaux ne facilitent pas la tâche.
Plusieurs rencontres entre différents ministères et les travailleurs ont débouché sur la constitution de quatorze tables de travail, afin d'analyser les failles de chaque département ainsi que les priorités et les investissements nécessaires, conjointement avec la direction. Hugo Chávez avait mentionné en mai dernier la possibilité pour les ouvriers d'élire leur propre direction, en concertation avec lui. «Je suis d'accord pour qu'on commence à élaborer une loi afin de réguler cela» dans le but de «commencer la transition», avait-il annoncé.
Beaucoup pensent que la plupart des problèmes pourraient se résoudre si l'entreprise était dirigée par les travailleurs eux-mêmes et non par la bureaucratie. «Nous sommes obligés de dessiner une nouvelle voie qui n'est pas un capitalisme privé mais qui ne doit pas être non plus un capitalisme d'Etat», explique José Tatá, dirigeant du courant Alliance syndicale. «Que se soit l'Etat ou que se soit le privé, si nous n'obtenons pas la participation active des travailleurs sur la production, il n'y aura pas de véritables changements dans l'entreprise, ni dans le pays», assure-t-il. I



article

Le contrôle ouvrier, remède à la bureaucratie?

SBZ

Daniel Rodríguez est membre du collectif Marea Socialista et secrétaire général du syndicat de Matesi (Materiales Siderúrgicos), l'une des quatre briqueteries nationalisées. Le groupe argentin Techint avait acheté l'entreprise pour 120 millions de dollars en 2004 dans le but de contribuer, à terme, à augmenter la production de SIDOR. Au moment de la nationalisation de cette dernière, les travailleurs de Matesi discutaient eux-aussi une convention collective. A peine trois mois après l'approbation de cette convention, l'entreprise privée décida de casser son engagement et de réduire le salaire des travailleurs de 45% (mais pas celui des employés administratifs), argumentant l'imminence d'une crise financière.

Comment avez-vous mené la lutte en faveur de la nationalisation?

Daniel Rodríguez: L'attaque sur les salaires a agi comme un détonateur et a mis en évidence le degré d'exploitation exercé par la multinationale. Cela nous a également renforcés dans notre travail politico-stratégique, avec une vision plus large incluant les quatre briqueteries. Au départ, Matesi n'était pas concernée directement par la nationalisation de SIDOR. Le groupe Techint en était le principal actionnaire mais nous étions repris comme une entité mercantile à part. Lorsque la décision de nationaliser SIDOR a été prise, nous nous sommes rendu compte du projet qu'était en train d'impulser le président de la République: une nouvelle Corporation sidérurgique du Venezuela. Nous avons aussi réalisé à quel point nous représentions une branche importante dans le cycle de production du fer et de l'acier. Avec le conflit salarial surgi chez Matesi, les directions des autres briqueteries s'étaient mises d'accord afin de générer le chaos (par des licenciements notamment), de mobiliser les travailleurs dans la rue et d'aller vers une grève du secteur. S'ils arrivaient à paralyser les quatre briqueteries, cela aurait provoqué des problèmes tant en amont (Ferrominera, l'entreprise minière) qu'en aval (SIDOR). Leur stratégie était de créer un mouvement de masse des travailleurs et de le rediriger contre le gouvernement. Mais cette stratégie a été avortée avec l'annonce du président de nationaliser les quatre entreprises.

Quel rôle ont joué les travailleurs dans cette décision?

La nationalisation de SIDOR a été pour nous un élan qui nous a permis de nous unir en tant que secteur industriel. Avant cela, malgré le travail qu'on avait mené au sein des briqueteries, les différences idéologiques entre les travailleurs ne permettaient pas de passer à l'offensive. Avec SIDOR, on a réalisé que c'était possible pour nous aussi et qu'il fallait pousser dans ce sens-là avec des propositions concrètes. Etant donné qu'il existait un projet de réorganisation de la sidérurgie et que nous nous trouvions au milieu de la chaîne de production, nous avons proposé au président la nationalisation. Tout d'abord afin d'appuyer la conformation de cette nouvelle corporation sidérurgique mais aussi pour réduire les coûts de la matière première pour SIDOR et donc permettre une réduction des prix de vente au consommateur final.
Notre proposition est que tout ce que nous produisons serve à la communauté et à un prix économique. Nous voulons avancer vers la création d'un lien entre l'entreprise et la communauté, entre les travailleurs et la communauté. Tout cela bien entendu en impulsant le contrôle ouvrier. Il n'existe pas d'autre mécanisme pour diriger notre entreprise efficacement, surtout en cette période de crise. Il doit bien entendu avoir une définition concrète de ce qu'est le contrôle ouvrier et une loi qui lui donne un caractère légal, car il existe aussi de nombreux secteurs syndicaux qui s'y opposent.

Pensez-vous que le gouvernement ait la même définition que vous du contrôle ouvrier?

J'en doute [rires]. Mais, même si c'est très compliqué, je pense que nous devons mener cette lutte, nous, les travailleurs. Avec de la conscience et de l'idéologie, nous pouvons y arriver. Il s'agit de contrôler les finances, de connaître le modèle productif, de connaître le destinataire, etc., de la mine d'où sort le minerai jusqu'à la vente du produit fini. Face à cela, il existe une bureaucratie au sein du gouvernement qui est en train de réagir. Cela s'est vu avec les briqueteries; la bourgeoisie et la bureaucratie d'Etat ont tout fait que pour que la nationalisation n'aboutisse pas. Ce que nous devons faire, c'est arriver à les contrer.

Que pensez-vous de la proposition d'Hugo Chávez que le choix de la direction de l'entreprise se fasse en concertation entre le président de la République et les travailleurs?

C'est un premier pas important. Mais avant de chercher à l'extérieur des personnes sans doute compétentes mais ne connaissant pas les problématiques de l'usine, il peut être judicieux de voir les talents qui pourraient émerger en interne. Et les travailleurs sont sans doute, de ce point de vue, les mieux placés pour les connaître.

mercredi, mars 11, 2009

La Paz n'est pas pressée d'étatiser les anciennes mines

   BPN    

Solidarité
Le nouveau credo bolivien dans le domaine des ressources naturelles, dont le pays regorge, est simple: redonner à l'Etat la mainmise sur les richesses du sous-sol, tout en restant ouvert aux investissements étrangers. L'exploitation d'El Mutun, une montagne du nord-est de la Bolivie qui regorge de fer et de manganèse (40 millions de tonnes sur une surface de 62 km2), en est la parfaite illustration: l'Etat bolivien a signé l'an dernier un accord avec l'entreprise indienne Jindal Steel, qui investira 300 millions cette année et 1,5 milliard d'ici à cinq ans pour exploiter le site, qui reste sous le giron de l'Etat. Dans le domaine des hydrocarbures (la Bolivie possède les deuxièmes réserves de gaz naturel du continent, derrière le Venezuela), la politique d'Evo Morales apparaît plus radicale. Le 1er mai 2006, le président bolivien annonce en effet avec fracas la nationalisation du secteur, et investit avec l'aide de l'armée le champ de gaz naturel de San Alberto. Il ouvre dans la foulée des négociations avec l'ensemble des entreprises étrangères présentes en Bolivie afin de réviser les contrats, qui jusque-là n'octroyaient que 18% des royalties à l'Etat. L'espagnole Repsol ou la brésilienne Petrobras rechignent dans un premier temps avant d'accepter l'inéluctable. Désormais les pourcentages des royalties sont pratiquement inversés. Evo Morales annonce alors que ce processus de nationalisation permettra à l'Etat de faire passer ses revenus annuels de 300 millions à 1,2 milliard de dollars. Dans la foulée, il finance la mise en place de deux piliers de son programme social avec la manne des hydrocarbures: la Renta Dignidad, une rente universelle pour tous les Boliviens de plus de 60 ans, et le Bono Juancito Pinto, une aide annuelle à tous les écoliers du pays. La marche en avant de la nationalisation se poursuit, à coup de décrets présidentiels et de rachat d'actions. Dernier épisode en date: la prise de contrôle le 23 janvier de la compagnie pétrolière Chaco, filiale du groupe BP. 
Et pourtant, sur la gauche du gouvernement, certains mouvements sociaux plus radicaux font la moue, réclamant le départ pur et simple des multinationales du pays et accusant Evo Morales de faire passer une renégociation de contrats pour une nationalisation. Dans le domaine de l'exploitation des mines, autre richesse du sous-sol bolivien, le gouvernement a joué une carte beaucoup plus prudente et la nationalisation du secteur n'est aujourd'hui plus à l'ordre du jour. Etatisées en 1952, les mines boliviennes ont été abandonnées par l'Etat en 1985 lors de la chute dramatique du prix des minerais. L'avenir de dizaines de milliers de mineurs n'a alors pu être assuré que par la constitution de centaines de coopératives privées, au bénéfice d'une concession. Juan, mineur coopérativiste à Potosi, résume aujourd'hui la situation: «Ca fait trois décennies qu'on creuse nos galeries sans l'aide de personne, et l'Etat voudrait aujourd'hui les nationaliser pour bénéficier de ses revenus? C'est exclu. Si Evo Morales veut profiter des minerais, qu'il creuse ses propres tunnels!» 
En année électorale, le président sait donc qu'il ne peut pas s'aliéner l'appui potentiel du secteur des coopératives minières. Et la chute du prix des minerais provoquée par la crise économique l'incitera d'ailleurs encore moins à nationaliser un secteur actuellement en crise.

mardi, mars 03, 2009

La Bolivie socialiste veut décoller grâce à «l’or gris» du lithium

PAR VINCENT TAILLEFUMIER, BOGOTA
Le pays possède au moins le tiers des réserves mondiales du minerai, appelé à faire tourner les véhicules électriques
Quinze mille kilomètres carrés d’une superficie aveuglante, sillonés de loin en loin par les tout-terrain des touristes, font rêver le gouvernement bolivien. Ses mers fossiles pourraient faire du pays le plus pauvre d’Amérique du Sud «l’Arabie saoudite du lithium», selon le chercheur Jerome Clayton Glenn, directeur du projet Millenium de l’ONU.

Les lacs de sel renferment en effet entre un tiers et la moitié des réserves mondiales du minerai nécessaire à l’élaboration des batteries d’ion-lithium. Cette technologie, plus légère et durable que celles qui l’ont précédée, a été choisie par plusieurs constructeurs (Chevrolet, Nissan, BMW…) pour développer leurs automobiles électriques.

Signe des besoins, les cours ont octuplé depuis 2003. Peu importent les incertitudes sur l’étendue des réserves disponibles en Bolivie – entre 300 000 et 140 millions de tonnes… – tout le monde veut sa part de lithium. Le français Bolloré a profité du passage du président Evo Morales à Paris pour lui faire conduire sa Blue Car, pour essayer de prendre de court les alliés japonais de PSA, Mitsubishi et Sumitomo, et le sud-coréen LG, également alléchés.

Mais tous devront passer sous les fourches caudines de la nouvelle Constitution «socialiste». Approuvée le mois dernier, elle assure à l’Etat le «contrôle des ressources stratégiques», couronnant une vague de semi-nationalisations entreprises depuis deux ans par Morales. Ses électeurs jugent que leur pays a subi le pillage de ses ressources naturelles, de l’argent de Potosí au gaz naturel en passant par l’étain, sans jamais en retirer de développement structurel. «Il n’est plus possible que nous ne produisions pas même une aiguille», affirme le directeur général des Mines du pays, Freddy Beltrán.

Six millions de dollars d’investissements solidaires

Bolloré a ainsi été invité à présenter une «proposition sur la recherche, la production et la transformation de lithium et même la construction de véhicules dans notre pays», selon le pouvoir. L’Etat fait valoir aux étrangers son investissement solitaire de presque 6 millions de dollars pour construire une usine pilote d’extraction du lithium et d’autres minerais, qui doit entrer en fonctionnement en 2010. Tout investisseur devra se joindre à une coentreprise dominée par l’entité publique minière Comibol. Encore lui faudra-t-il vaincre la résistance des Indiens de la région, à qui la Constitution donne aussi un droit de regard. «Nous ne voulons pas de compagnies étrangères ici», illustre un mineur artisanal, Alfredo, interviewé par la BBC.

Les industriels compareront certainement les délais et le coût de cette collaboration avec ceux de la recherche d’une technologie sans lithium. L’entreprise Lithium Corporation, qui avait entamé dans les années 1990 des négociations avec La Paz, avait finalement migré vers un gisement de l’Argentine voisine. Mais les temps et les gouvernements ont changé, et le ministre des Mines bolivien, Luis Alberto Echazu, se sent aujourd’hui en position de force: «Les leaders capitalistes, assume-t-il, doivent changer.»

mercredi, novembre 12, 2008

Alors que le pétrole baisse, Hugo Chavez se prépare à un scrutin test

Alors que le pétrole baisse, Hugo Chavez se prépare à un scrutin test

Le 23 novembre, les électeurs désigneront leurs maires et leurs gouverneurs. Pour l'heure, le recul du baril ne remet pas en cause la politique sociale. Mais l'insatisfaction monte.

«Si le prix du pétrole devait se stabiliser entre 80 et 90 dollars, ce serait plus que suffisant», assurait mi-octobre Hugo Chavez, alors que des inquiétudes sur la capacité de l'économie vénézuélienne à encaisser la baisse des cours commençaient à se faire jour. Problème: si la dégringolade des prix de l'or noir semble enrayée depuis un mois, le baril s'est stabilisé aux alentours de 60 dollars, loin de la fourchette visée par le président du Venezuela. Et bien en deçà du pic de 146 dollars atteint le 14 juillet dernier.

Dans ce contexte, de quelle marge de manœuvre dispose encore Hugo Chavez pour financer ses ambitieux programmes sociaux - les fameuses «missions» - et sa diplomatie pétrolière, les deux pivots de sa «révolution socialiste»? Le pétulant président et ses soutiens rappellent à l'envi que lorsqu'il prit les commandes du pays, en 1999, le baril ne valait pas plus de 7 dollars.

Monoproducteur

Mais l'expérience a démontré que le Venezuela avait du mal à s'adapter aux retournements de cycles. «Les maux de l'économie vénézuélienne, pays monoproducteur qui vit de la rente pétrolière, datent de bien avant Chavez, rappelle Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques à Paris. Le gouvernement Chavez est d'ailleurs né de cette incapacité.»

Cette fois encore, le ralentissement de l'économie est palpable. La croissance ne devrait plus atteindre que 2% l'an prochain selon le FMI, contre 6% cette année et 10% en moyenne les précédentes, tandis que l'inflation tutoie 40% en glissement annuel et que les pénuries (notamment en café) se font sentir sur les étals.

La question de la soutenabilité de la politique du président, dont plus de la moitié du budget est assuré par les recettes pétrolières, est d'autant plus prégnante que le 23 novembre prochain, les Vénézuéliens sont appelés à élire leurs maires et les gouverneurs des 23 Etats du pays. Local, ce scrutin n'en aura pas moins la valeur d'un test de popularité pour le président. Alors que la campagne bat son plein, ce dernier n'hésite pas à payer de sa personne pour soutenir les candidats de son bord. En routinier des écarts verbaux, il a traité de «cochon» et menacé d'emprisonnement une figure de l'opposition. La dernière fois que les électeurs s'étaient rendus aux urnes, en décembre 2007, ils avaient infligé un camouflet au président en rejetant le projet de réforme constitutionnelle qui devait étendre ses pouvoirs. Le pétrole était alors en phase ascendante.

samedi, octobre 11, 2008

Le Honduras attiré par les pétrodollars vénézuéliens

Le Honduras attiré par les pétrodollars vénézuéliens

Hugo Chavez montre qu'il peut séduire au-delà du cercle des dirigeants de gauche.

La photo officielle de la dernière réunion des dirigeants de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques, l'Alba, avait un aspect quelque peu inhabituel. L'inévitable président vénézuélien Hugo Chavez, initiateur de cette alliance destinée à faire pièce aux ambitions de Washington sur le continent, était bien sûr présent, sanglé dans un impeccable costume bleu. Evo Morales, l'ancien syndicaliste bolivien, qui a depuis expulsé de son pays l'ambassadeur des Etats-Unis, était également de la fête aux côtés de Carlos Lage, vice-président cubain, et de l'ex-guérillero Daniel Ortega, à la tête du Nicaragua.

Une véritable réunion de famille à laquelle assistait aussi l'inattendu José Manuel Zelaya Rosales, président du Honduras, un pays gouverné par la droite depuis plus d'un siècle et qui fut la base arrière des Etats-Unis contre les guérillas d'Amérique centrale. Avant d'être élu en novembre 2005, ce grand propriétaire terrien était surtout célèbre pour son rôle à la tête des professionnels du bois, responsables par ailleurs d'une déforestation catastrophique. Depuis sa prise de fonction, il s'est aussi fait connaître par ses méthodes particulièrement répressives contre les manifestations d'enseignants ou de chauffeurs de taxi.

Bouée de sauvetage

Le 25 août dernier, pourtant, José Manuel Zelaya célébrait son entrée dans l'Alba «sans demander la permission à la puissance impérialiste», mais en avouant son attrait pour les pétrodollars vénézuéliens, faute de mieux. «Il y a six mois, pour faire face à la hausse des prix, je suis allé chercher de l'aide auprès du secteur privé. Qui m'a fermé la porte au nez. Quant à la Banque mondiale, elle ne m'offrait que 10millions de dollars», déplore-t-il. Hugo Chavez, lui, s'est montré beaucoup plus généreux, avec un prêt de 132 millions de dollars destiné à relancer la production agricole. Comme membre de Petrocaribe, association à travers laquelle le Venezuela livre du pétrole à bas prix à une quinzaine d'Etats de la région, le Honduras bénéficie par ailleurs d'un autre bonus, annuel, de 350 millions de dollars.

samedi, septembre 13, 2008

Le Brésil veut changer les règles de répartition des profits pétroliers

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ENERGIE Samedi13 septembre 2008

Le Brésil veut changer les règles de répartition des profits pétroliers

PAR CHANTAL REYES, SÃO PAULO
Le pays commence à explorer ses réserves récemment découvertes. Le président Lula demande à une commission d'étudier un nouveau mode d'exploitation.

Le Brésil, nouvelle frontière pétrolière? Depuis l'an dernier, la compagnie brésilienne Petrobras, détenue à 40% par l'Etat, a annoncé la découverte de plusieurs gisements très prometteurs au large de l'Atlantique.

Certaines estimations font état de réserves de 70 milliards de barils, ce qui ferait du pays un grand exportateur de pétrole.

Petrobras, pour sa part, n'a avancé d'estimations que pour deux champs: l'un, baptisé Tupi, renfermerait 5 à 8 milliards de barils de pétrole léger (de meilleure qualité) récupérables. L'autre, appelé Iara, 3 à 4 milliards de barils, a annoncé mercredi la compagnie. A eux seuls, Tupi et Iara pourraient quasiment doubler les réserves prouvées du Brésil (13,9 milliards de barils).

La semaine dernière, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a inauguré, sur fond de nationalisme, le projet pilote d'extraction de ces nouveaux gisements sur le champ de Jubarte, dans l'Etat d'Espirito Santo.

La tâche est délicate car ils se situent à environ sept mille mètres de profondeur, sous une épaisse couche de sel.

Régime de partage

Les réserves n'étant toujours pas connues, le coût d'exploitation reste un mystère. La banque UBS Pactual parle de 635 à 1300 milliards de dollars, selon le volume de pétrole extrait, entre autres variantes. Petrobras de son côté devrait annoncer bientôt les investissements prévus.

La compagnie assure que tous les tests réalisés sur les nouveaux gisements sont positifs et que le risque de ne pas y trouver de pétrole est donc quasiment nul.

Du coup, Lula veut changer les règles de division des profits à en retirer, qui doivent selon lui servir à investir dans l'éducation, et non pas «rester entre les mains d'une demi-douzaine d'entreprises».

Le président a chargé une commission ministérielle d'étudier un nouveau modèle d'exploitation. Actuellement, l'Etat octroie des concessions payantes à des entreprises privées, notamment étrangères. La production appartient à ces dernières, qui reversent des royalties d'un maximum de 10% et paient un impôt supplémentaire allant jusqu'à 40%, si le montant produit est élevé. Deux possibilités sont à l'étude: relever cet impôt ou bien instaurer un régime de partage de la production entre le secteur privé et l'Etat.

Selon Lula, cette alternative permettrait à l'Etat de conserver une part accrue de la manne pétrolière. Elle exigerait la création d'une nouvelle entreprise, intégralement publique celle-ci, qui serait propriétaire des réserves et les exploiterait en partenariat avec des compagnies privées. Ces dernières préfèrent en revanche le maintien du modèle actuel de concessions, quitte à payer plus d'impôts. A leurs yeux, un modèle qui ne serait pas assez attirant pour le secteur privé ferait fuir les investissements alors que l'Etat n'aura pas de quoi assumer tout seul le coût d'exploitation des nouveaux gisements.

Certains économistes, eux, mettent en garde contre les risques pour l'industrie nationale. L'afflux de devises découlant d'exportations accrues de pétrole risquerait de valoriser encore plus le real, la monnaie du Brésil, minant ainsi la compétitivité de certains secteurs exportateurs.