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samedi, novembre 28, 2009

jeudi, novembre 05, 2009

La Bolivie d'Evo Morales ferme les yeux sur les barrages de Lula

BERNARD PERRIN, LA PAZ

SolidaritéAMAZONIE - Que la gauche remporte ou non le scrutin bolivien de décembre, le rio Madeira n'échappera pas aux dommages écologiques et sociaux des deux futurs barrages brésiliens.
Que restera-t-il dans une décennie du «poumon de la terre» et des populations indigènes qui l'habitent? Que les gouvernements du Brésil ou de Bolivie soient «de gauche» ou «indigéniste» n'y change rien. Entre les mégaprojets énergétiques, les exploitations pétrolières ou minières et les monocultures d'agrocombustibles, l'Amazonie, et ses richesses naturelles stratégiques, est aujourd'hui plus que jamais l'ultime digue face au capitalisme. A la frontière bolivienne, le Brésil vient de lancer sa version amazonienne des travaux d'Hercule: la construction du plus grand projet hydroélectrique du continent sud-américain. Sur le rio Madeira, principal affluent du fleuve Amazone, le gouvernement du président Luiz Ignacio «Lula» da Silva va débourser d'ici 2013 plus de 10 milliards de dollars pour la construction de deux mégabarrages, à Jirau et San Antonio qui généreront au total près de 7000 MV. Les travaux, qui ont démarré cet été, sont dirigés par Odebrecht, la plus grande entreprise de construction d'Amérique latine, dont le chiffre d'affaires a atteint, en 2007, 17 milliards de dollars, un montant supérieur au PIB de la Bolivie et du Paraguay réunis.
Les promoteurs du projet espèrent que les deux ouvrages permettront le développement d'un gigantesque pôle agroindustriel au coeur de l'Amazonie, en plus d'alimenter, par une ligne à haute tension, les industries de Sao Paulo, à plusieurs milliers de kilomètres au sud-est.
Si ces ouvrages seront sensiblement moins grands que le fameux barrage des Trois Gorges en Chine, le plus puissant du monde (18 200 MV), ils auront par contre un impact écologique énorme au vu de la topographie extrêmement plate du bassin amazonien. De quoi inquiéter le voisin bolivien, dont la frontière se situe à moins de 90 kilomètres du premier des deux barrages, celui de Jirau.
Certes, les études menées par des scientifiques brésiliens ont conclu «à l'absence d'impact des barrages sur le territoire bolivien». Mais Jorge Molina, expert à l'Institut d'hydraulique et d'hydrologie de l'Université Mayor de San Andrés, à La Paz, n'en décolère toujours pas: «Les Brésiliens ont carrément manipulé les modèles mathématiques pour calculer par exemple la sédimentation au fond des lacs de retenue», accuse-t-il. «C'est absolument inacceptable pour le scientifique que je suis. Explicable toutefois: il ne s'agissait pas d'études, mais d'opinions émises par des chercheurs payés par... Odebrecht, le maître de l'ouvrage!»
La réalité risque donc bien de virer au cauchemar pour les habitants du bassin du rio Madeira. «Notre dernière étude démontre en effet que l'élévation du niveau du fleuve après la mise en service des deux barrages se situera entre 1 et 2,2 mètres», poursuit M. Molina.


Populations déplacées

«Nous n'avons pas les relevés topographiques exacts de toute la zone», regrette pour sa part Marc Pouilly chercheur à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement. Mais les premières études menées du côté bolivien arrivent à la conclusion qu'au minimum 500 km2 de terres riveraines seront définitivement inondées.
La communauté scientifique est dès lors montée aux barricades. «Le bassin du rio Madeira, c'est plus d'un million de km2 (25 fois la Suisse). C'est donc une folie de réaliser de tels barrages sans avoir au préalable effectué des études sérieuses», poursuit Marc Pouilly. Celles menées récemment par l'ONG Faunagua donnent le frisson. «Plus de 300 espèces de poissons migrateurs seront menacées d'extinction, mettant en péril, pour le seul territoire bolivien, la survie économique de 16 000 pêcheurs traditionnels, de leurs familles et de leurs communautés», explique Paul van Damme.
Manuel Antonio Valdès, chercheur à l'Université fédérale de Rondonia, au Brésil, estime pour sa part que du côté brésilien, la construction des barrages nécessitera le déplacement d'au moins 15 000 personnes: «Ce sera un drame social. Ces gens déracinés, coupés de leur culture, viendront gonfler les banlieues de Porto Velho... Et tomberont dans la misère et son cortège habituel: délinquance, prostitution, trafics en tous genres.» Un problème presque habituel au Brésil: «En trente ans, l'Etat a construit plus de 600 barrages, déplaçant plus d'un million de personnes, dont au moins 70% n'ont jamais reçu la moindre indemnisation.»
Face à la menace, la Bolivie a tardé à réagir. Depuis 2006, le ministre des Affaires étrangères David Choquehuanca a certes fait régulièrement part de la «préoccupation» de l'Etat bolivien face aux répercussions environnementales des deux barrages. Mais si certains ministères, comme celui de l'Environnement, ont combattu le projet brésilien, d'autres, comme celui de l'Energie, ou les cercles proches du président, à commencer par le vice-président Alvaro García Linera, y sont ouvertement favorables.


Pour l'électricité

Pour eux, il est en effet vital de répondre avant tout aux besoins de la population. Et Pablo leur fait volontiers écho. Ce paysan et pêcheur de la région de Cobija, dans le département de Pando, à la frontière avec le Brésil, est venu jusqu'à La Paz pour défendre la construction des barrages: «Ce que nous voulons, c'est vivre mieux, ne plus nous éclairer à la bougie. On accepte volontiers le désastre s'il vient avec le développement et l'électricité!»
Jean Rémy, professeur à l'Université fédérale de Rio de Janeiro, l'a toutefois prévenu: «Il ne faut pas se faire d'illusions. Tous les projets antérieurs ont montré que les populations locales n'en bénéficient pas. Elles restent dans l'obscurité!» Le Bloc des organisations paysannes et indigènes du Nord amazonien (BOCINAB) ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Il a exigé l'arrêt immédiat de la construction des barrages et déposé dans la foulée une demande de mesures provisionnelles devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme. Pour l'heure sans succès: le rouleau compresseur brésilien semble impossible à arrêter. I



article

«TRANSNATIONALISATION» DE L'AMAZONIE

BPN

«Accélérer le développement économique: c'est une constante dans la politique brésilienne, depuis la seconde moitié du XXe siècle», explique Olivier Dabène, professeur à Sciences Po et président de l'Observatoire de l'Amérique latine et des Caraïbes. C'est d'ailleurs à ce prix que le géant sud-américain pourra assurer sa place de nouvelle puissance économique mondiale du XXIe siècle. «Lula a beau être de gauche, il est coulé dans le moule des intérêts prioritaires du pays», poursuit le chercheur.
Le Brésil s'est ainsi mué en véritable empire, constituant son propre «pré carré» sur le continent. Lorsque la BNDES (Banque nationale de développement économique et social) décide d'investir dans les pays voisins, c'est en effet à condition que les projets soient accordés ensuite à des entreprises... brésiliennes. La centrale hydroélectrique de San Francisco, en Amazonie équatorienne, a ainsi été construite grâce à un prêt de 243 millions de dollars accordé justement par la BNDES... sous condition d'adjudication du contrat à l'entreprise brésilienne Odebrecht!
«Mais le projet des barrages du rio Madeira ne peut toutefois se comprendre que si on le replace dans le cadre de l'IIRSA, l'Initiative pour l'intégration des infrastructures régionales sud-américaines», souligne Marco Octavio Ribera, chercheur à la Lidema, la Ligue bolivienne de défense de l'environnement. L'objectif de l'IIRSA, adoptée en 2000 par douze présidents sud-américains? «C'est le développement d'infrastructures et de centres de production d'énergies dans un corridor d'intégration qui remonte toute l'Amazonie. L'IIRSA prévoit notamment une voie navigable de 4200 kilomètres qui permettra le transport fluvial – puis terrestre via la construction de nouvelles routes – du soja et des agrocombustibles produits en Amazonie vers les ports de la côte pacifique, pour les exportations vers l'Asie», poursuit le chercheur. «Et ces voies de communication sont dessinées en fonction des échanges commerciaux et de la chaîne de production des transnationales nord-américaines et brésiliennes, commente Evelin Mamani, sous-directrice du Fobomade, le Forum bolivien sur l'environnement et le développement. Les entreprises qui financent l'IIRSA, ce sont notamment les grands producteurs de soja et les entreprises de la filière de l'agroalimentaire.» Dans le numéro d'avril de l'édition «cono sur» du Monde diplomatique, le journaliste français Christophe Ventura confirme que «Lula a passé des engagements avec les firmes de l'agrobusiness comme Monsanto, Syngenta, Cargill ou encore Nestlé pour réaliser son rêve de convertir le Brésil en premier producteur mondial de soja, de canne à sucre et d'éthanol».
«On peut donc aujourd'hui véritablement parler de transnationalisation de l'Amazonie, conclut Evelin Mamani. Au détriment de la santé humaine, de la conservation de la nature et du droit des peuples indigènes de vivre selon leurs modes de vie.» BPN


samedi, octobre 17, 2009

Payer pour préserver des forêts: une fausse bonne idée?

CLIMAT Vendredi16 octobre 2009

Payer pour préserver des forêts: une fausse bonne idée?

(DR)

(DR)

L’organisation écologique Greenpeace dénonce le marché conclu il y a une dizaine d’années entre le gouvernement bolivien et trois grandes entreprises de l’énergie. Polémique

L’approche de la conférence de Copenhague sur le climat intensifie une série de polémiques autour des moyens à employer pour limiter le réchauffement de la planète. L’organisation écologique Greenpeace y est allée de son couplet jeudi, en dénonçant le versement de crédits carbone (droits d’émettre du CO2) aux sociétés privées qui s’engagent à empêcher de la déforestation.

Dans une étude intitulée «Carbon Scam», Greenpeace s’en prend à l’une des plus anciennes, des plus célèbres et des plus importantes initiatives du genre: le Noel Kempff Climate Action Project (NKCAP). Le territoire concerné, 129 500 km2 de forêts sauvages situées en Bolivie, a été sanctuarisé il y a plus de dix ans par l’ONG américaine Nature Conservancy et les géants de l’énergie American Electric Power (AEP), PacifiCorp et BP Amoco. Contre paiement de 10,8 millions de dollars, le gouvernement de La Paz s’est engagé à y interdire toute émission de gaz à effet de serre, donc toute déforestation. En échange de leur versement, les trois sociétés privées sont censées recevoir à terme le droit d’émettre autant de gaz à effet de serre qu’elles en ont évitées là.

Le Protocole de Kyoto, à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique, a institué ce genre de mécanismes dits de «flexibilité». Mais s’il a prévu de récompenser le reboisement, il ne dit rien des efforts visant à éviter le déboisement. Pourquoi? «Ce genre de solutions n’existait qu’à l’état d’ébauche à l’époque», explique Andreas Fischlin, professeur d’écologie systémique terrestre à l’EPFZ et membre de la délégation suisse à la conférence de Copenhague.

Greenpeace se méfie d’un tel mécanisme. Après étude du cas, l’organisation écologique assure que le projet Noel Kempff est très loin d’épargner autant d’émissions de gaz à effet de serre qu’il le prétend (le chiffre officiel serait à diviser par… dix). Ses principaux griefs: les coupeurs de bois n’ont pas cessé de travailler mais se sont tout simplement déplacés (ce qui est gagné d’un côté est perdu de l’autre); les feux de forêt ont été très peu pris en compte, alors qu’ils sont susceptibles d’affecter grandement le résultat de l’opération puisqu’ils produisent des émissions supplémentaires de carbone; et les décomptes régionaux d’émission, régulièrement avancés, ne sont pas fiables. Au total, assure l’étude, si le déboisement a été limité ces dernières années en Bolivie, c’est en raison non du NKCAP mais d’une loi récente limitant l’octroi de concessions.

mercredi, juin 17, 2009

Les Indiens organisent la lutte pour leurs droits

AMÉRIQUE LATINE Jeudi18 juin 2009

Les Indiens organisent la lutte pour leurs droits

Un Indien manifeste à Lima. (Keystone)

Un Indien manifeste à Lima. (Keystone)

La pression – agricole, industrielle ou énergétique – sur la terre menace les zones indigènes. Partout sur le continent latino-américain, la contre-attaque est en cours

Les Indiens d’Amazonie ont remporté une victoire contre Lima. Lundi, le premier ministre, Yehude Simon, a promis l’abrogation des décrets autorisant l’exploitation de leurs terres. Mardi, il a annoncé sa démission. De violents affrontements – 34 morts et 200 blessés – auront cependant été nécessaires pour infléchir le gouvernement, après des mois de mobilisation pacifiste. Si elle y est la plus spectaculaire, l’offensive indigène est loin de se cantonner au Pérou. Des marches ont récemment été organisées en Colombie, la contestation indienne a également traversé l’Equateur, le Paraguay ou le Chili. Au Brésil, la Cour suprême a validé fin mars les limites d’une réserve aborigène, boutant de ce fait les riziculteurs blancs à l’extérieur d’une zone qu’ils avaient investie illégalement.

Pression de l’agro-industrie

L’enjeu central reste celui de la terre. D’autres problématiques existent – participation politique, défense d’une identité culturelle propre ou accès à l’éducation et au marché du travail, pour ceux qui habitent en ville notamment. Elles sont toutefois secondaires. «Tous les pays d’Amérique latine ont reconnu le droit des indigènes à avoir leurs territoires, avec plus ou moins d’autonomie, mais le poids des grands propriétaires terriens et de divers lobbies fait que ces acquis ne sont guère respectés», note Bruno Clément, responsable des programmes Brésil-Bolivie et Nicaragua pour l’ONG romande E-Changer.

Prospection minière et pétrolière au Pérou, barrages hydroélectriques ou fermes de saumon au Chili, exploitation forestière au Brésil: les «réserves» indiennes regorgent de ressources et suscitent nombre de convoitises, nationales et internationales. «La pression sur la terre augmente, du fait notamment du développement de l’agro-industrie, lui-même lié à l’essor des agrocarburants», confirme Capucine Boidin, maître de conférences à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Iheal), à Paris. En réponse, les indigènes durcissent le ton.

«La lutte n’est pas nouvelle mais elle est plus politisée, précise Christian Gros, spécialiste de la région. Cela tient à la démocratisation générale du continent et au parcours même des leaders indiens, qui passent désormais par l’université.» En outre, les communautés peuvent s’appuyer sur des textes internationaux pour faire valoir leurs droits. A la convention 169 de l’Organisation internationale du travail, adoptée en 1989, a succédé en 2007 la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

mercredi, juin 10, 2009

vendredi, avril 24, 2009

Une vidéo appuie la thèse du complot contre Evo Morales

JOSE ARTURO CARDENAS

InternationalBOLIVIE - Dans une interview réalisée avant sa mort, un mercenaire affirme avoir été sollicité par des milieux opposants de Santa Cruz, en vue de former une milice régionale et de déstabiliser le pouvoir bolivien.
Une semaine après la mort de mercenaires abattus par la police en Bolivie, la thèse d'un complot contre le président socialiste Evo Morales a gagné en crédibilité sur fond de tensions séparatistes. Selon M. Morales, ces derniers sont motivés par la crainte de perdre leurs privilèges. Trois hommes ayant la nationalité hongroise, irlandaise et croate ont été tués et deux autres interpellés hier dans un hôtel de Santa Cruz à l'est du pays par un commando de la police, qui a saisi armes et explosifs. En trois ans de présidence, M. Morales a déjà dénoncé plusieurs tentatives d'assassinat contre lui, accusations impliquant souvent les Etats-Unis. Mais l'affaire a pris cette fois un tour plus crédible avec l'interview, diffusée mardi par une télévision hongroise, d'un des hommes abattus, Eduardo Rozsa Flores. Dans cet entretien, réalisé en septembre 2008, il annonce sa mission, et évoque des commanditaires en Bolivie. Flores, à la triple nationalité bolivienne, hongroise et croate, était un aventurier de 49 ans originaire de Santa Cruz, au parcours sinueux mêlant, du Chili de Pinochet à la Croatie en guerre, militantisme politique, journalisme, activité paramilitaire et cinéma. Dans l'interview, dont il ne souhaitait la diffusion qu'après sa mort, Flores dit – sans citer de noms – avoir été sollicité par des milieux opposants de Santa Cruz, capitale économique (1,5 million d'habitants) du pays et fief de l'opposition conservatrice, aux fins de former une milice régionale.
L'interview survenait au moment de manifestations et violences dans cette région riche en hydrocarbures du croissant Est, engagée dans un bras de fer avec le pouvoir socialiste de La Paz pour davantage d'autonomie.
«Nous sommes prêts, sous quelques mois, au cas où la coexistence (avec le pouvoir central) ne fonctionnerait pas dans le cadre d'une autonomie, à proclamer l'indépendance (de Santa Cruz) et créer un nouveau pays», affirmait Flores avant son départ pour la Bolivie.
Les régions orientales – Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija – dominées par la droite, sont qualifiées de «sécessionnistes» par La Paz. Pour Morales, l'autonomie est un prétexte des élites locales pour conserver leurs privilèges, et résister à sa refondation socialiste et pro-indigène. Le calme y est pourtant revenu, après des manifestations et violences meurtrières entre les deux camps mi-2008.
Mais ce que les événements récents semblent attester, c'est l'existence d'une frange radicale séparatiste, prête à financer une déstabilisation avec aide étrangère: en l'occurrence, des vétérans du conflit serbo-croate, mais aussi un Irlandais de 24 ans sans le moindre pedigree de mercenaire. Une frange, d'ailleurs, qui déborde plus qu'elle ne soutient l'opposition légale: Ruben Costas, gouverneur régional et farouche opposant au chef de l'Etat, figurait parmi les cibles des «terroristes», selon les autorités centrales. Déstabiliser, non pas «organiser un coup d'Etat à La Paz et chasser le président du pouvoir», affirmait Flores dans l'interview.
Déstabiliser, pour faciliter la scission du riche Est bolivien, de l'ouest andin et pauvre: la «Bolivie andine» et la «Bolivie orientale», selon les termes du maire de Santa Cruz Percy Fernandez. Le complot présumé contre M. Morales, qui garde des zones d'ombre, intervient au moment où l'opposition paraît sur la défensive. Après deux victoires probantes du gouvernement lors de référendums en 2008 (68% et 62%), le chef de l'Etat apparaît comme le grand favori à sa réélection en décembre

mercredi, mars 11, 2009

LA BOLIVIE PREND LE SILLAGE DE L'AUTO ÉLECTRIQUE

   BERNARD PERRIN    

SolidaritéLITHIUM - Les constructeurs automobiles s'intéressent à nouveau à l'électrique et lorgnent sur les réserves boliviennes de lithium. Le président Evo Morales conditionne son exploitation à son industrialisation in situ. 
L'électricité ne fonctionne que de 19h à 22h, l'eau potable est rationnée, le bus ne passe qu'une fois par semaine, et la ville la plus proche, Uyuni, est à trois heures d'une piste défoncée... Les quelque 500 habitants qui composent la communauté de Rio Grande, au coeur de l'altiplano bolivien, vont pourtant bientôt sortir de leur isolement et auront accès à tous les services de base: le président Evo Morales en personne s'y est engagé. Et pour ne pas rester en reste, le préfet du département de Potosi a assuré que la route sera bientôt asphaltée. C'est que ce petit coin si longtemps oublié du monde, en bordure du salar d'Uyuni à plus de 3600 mètres d'altitude, incarne désormais le futur de la Bolivie, le nouvel Eldorado... C'est ici que se construit la première usine pilote pour l'exploitation du lithium. 


Révolution énergétique

Le lithium? C'est le plus léger des métaux sur la planète, et un excellent transporteur d'énergie. Il est donc appelé à jouer un rôle fondamental dans l'industrie automobile du XXIe siècle. A la base même d'une véritable révolution énergétique: grâce à lui, les batteries des voitures électriques seront désormais non seulement non polluantes, mais aussi plus légères, plus petites et plus puissantes. Et donc susceptibles de mettre un terme à la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. 
Ce changement fondamental dans le mode de propulsion des voitures intéresse de plus en plus les grands constructeurs. Présentée au salon international de Detroit en début d'année, la Chevrolet Volt de General Motors devrait être commercialisée en 2010. Et Genève n'est pas en reste, avec la présentation en grande première de la nouvelle voiture électrique de Mitsubishi, la i-Miev. 
La carte du lithium dessine les contours d'une nouvelle géopolitique. Et il se trouve que la Bolivie détient plus de la moitié des réserves mondiales de ce métal aussi léger que précieux, principalement dans le salar d'Uyuni, une étendue de plus de 10 000 km2, vestige d'un lac d'eau de mer asséché. Certaines études évoquent des réserves atteignant près de 6 millions de tonnes de lithium, d'autres parlent de 9 millions. 
«Mais ces études n'ont pris en compte que la première couche de saumure, qui renferme le lithium. Or le salar alterne des couches de saumure et d'argile jusqu'à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Ces réserves pourraient ainsi être vingt fois ou même cent fois supérieures», confie Saul Villegas, directeur de la section des ressources évaporistiques au sein de la COMIBOL, l'entreprise minière publique, chargée par l'Etat bolivien de l'exploitation du lithium. Si ce dernier doit être le pétrole du XXIe siècle, «alors la Bolivie sera son Arabie saoudite.» 
De quoi susciter bien des convoitises... «Si on veut être leaders dans la réalisation de la prochaine génération d'automobiles, nous devons absolument être en Bolivie», a récemment lâché à La Paz un responsable de la firme Mitsubishi. Et il n'est pas le seul à le penser... Le sud-coréen LG (constructeur de batteries pour General Motors) et le groupe français Bolloré frappent aussi à la porte... 


Maître de ses ressources

Evo Morales est d'ailleurs encore sous le charme de sa visite en France, le mois dernier, qui lui a notamment permis de visiter l'entreprise présidée par Vincent Bolloré. «J'ai été impressionné par leur développement technologique», avoue le président bolivien, qui a pu se mettre au volant d'un prototype de voiture électrique, la Blue Car, développée en partenariat avec Pininfarina. 
Mais la Bolivie ne bégayera pas son histoire. «Nous ne serons plus les fournisseurs serviles de matières premières vendues à bas prix», prévient Saul Villegas. Le responsable de la COMIBOL en est conscient, «la Bolivie vit la troisième grande opportunité de son histoire». Et les deux premières ont surtout été l'histoire d'un pillage organisé, entamé en 1545 avec l'exploitation des mines d'argent et d'étain de Potosi par les conquistadores, et poursuivi au XXe siècle par l'exportation du gaz naturel par des entreprises transnationales. 
En récitant volontiers la nouvelle Constitution adoptée le 25 janvier, qui empêche la privatisation des ressources naturelles, Evo Morales se montre d'ailleurs très clair: «L'exploitation du lithium est conditionnée à son industrialisation dans le pays. Et quels que soient les partenaires, l'Etat en restera propriétaire et en aura le contrôle. A terme, je souhaite surtout que les batteries soient fabriquées ici. D'ici quelques années, j'espère même que nous produirons des voitures électriques en Bolivie!» 
En attendant, la Bolivie a pris les devants et investi 6 millions de dollars dans la construction d'une usine pilote à Rio Grande, sur les bords du salar d'Uyuni, et de 150 000 m2 de piscines d'évaporation. «Nous développerons ici, dès la fin de l'année, la meilleure technologie permettant de séparer le lithium de la saumure, puis d'obtenir le carbonate de lithium, la substance essentielle pour la fabrication des batteries. Cette technologie est complexe, les recherches sont longues, mais c'est à la portée de la Bolivie», poursuit Saul Villegas. 


Usine en construction

L'usine pilote devrait produire dès l'an prochain 40 tonnes de carbonate de lithium par mois. Lorsque le procédé sera au point, les usines d'industrialisation qui seront alors construites (en principe d'ici à 2015) devraient permettre la production de plus de 20 000 tonnes annuelles, «de quoi alimenter pendant des centaines d'années les batteries de millions de voitures électriques, qui n'utilisent que quelques kilos de lithium chacune». 
Mais les investissements sont tout de même estimés à 300 millions de dollars. «On attend donc de nos partenaires français, japonais ou coréens qu'ils investissent dès aujourd'hui, avec en contrepartie la garantie d'être des clients privilégiés pour l'obtention du carbonate de lithium, dont l'industrie automobile dépend», poursuit Saul Villegas. 
Dans cet échange, la Bolivie ne se retrouve-t-elle pourtant pas simple exportatrice de matière première? Que devient la construction de batteries, voire de voitures, objectif avoué du président Evo Morales? «Derrière les discours politiques, il faut voir la réalité. Dans le domaine de la construction de batteries, aucune proposition concrète n'a encore été faite de la part des entreprises européennes et asiatiques. Les conditions posées par le gouvernement ne les enchantent guère», reconnaît un expert de la COMIBOL. Le bras de fer ne fait donc que commencer: «Pour construire des batteries, la Bolivie a absolument besoin de la technologie d'une entreprise comme Bolloré. Comme Bolloré a absolument besoin de notre lithium pour construire ses batteries...» 
Quoiqu'il en soit, les éventuels partenaires sont avertis: la Bolivie d'Evo Morales ne se brade plus. «Avant de signer n'importe quel accord, j'irai consulter les mouvements sociaux du département de Potosi», explique d'ailleurs le président. C'est le respect du contrôle social, consacré lui aussi par la nouvelle constitution. Membre de la Fédération régionale des travailleurs paysans de l'altiplano du sud, Leopoldo Cabrera ne voit pas d'un mauvais oeil l'arrivée d'entreprises étrangères, mais il avertit: «C'est le gouvernement et nous, les mouvements sociaux, qui garderont la main sur nos richesses.»

La Paz n'est pas pressée d'étatiser les anciennes mines

   BPN    

Solidarité
Le nouveau credo bolivien dans le domaine des ressources naturelles, dont le pays regorge, est simple: redonner à l'Etat la mainmise sur les richesses du sous-sol, tout en restant ouvert aux investissements étrangers. L'exploitation d'El Mutun, une montagne du nord-est de la Bolivie qui regorge de fer et de manganèse (40 millions de tonnes sur une surface de 62 km2), en est la parfaite illustration: l'Etat bolivien a signé l'an dernier un accord avec l'entreprise indienne Jindal Steel, qui investira 300 millions cette année et 1,5 milliard d'ici à cinq ans pour exploiter le site, qui reste sous le giron de l'Etat. Dans le domaine des hydrocarbures (la Bolivie possède les deuxièmes réserves de gaz naturel du continent, derrière le Venezuela), la politique d'Evo Morales apparaît plus radicale. Le 1er mai 2006, le président bolivien annonce en effet avec fracas la nationalisation du secteur, et investit avec l'aide de l'armée le champ de gaz naturel de San Alberto. Il ouvre dans la foulée des négociations avec l'ensemble des entreprises étrangères présentes en Bolivie afin de réviser les contrats, qui jusque-là n'octroyaient que 18% des royalties à l'Etat. L'espagnole Repsol ou la brésilienne Petrobras rechignent dans un premier temps avant d'accepter l'inéluctable. Désormais les pourcentages des royalties sont pratiquement inversés. Evo Morales annonce alors que ce processus de nationalisation permettra à l'Etat de faire passer ses revenus annuels de 300 millions à 1,2 milliard de dollars. Dans la foulée, il finance la mise en place de deux piliers de son programme social avec la manne des hydrocarbures: la Renta Dignidad, une rente universelle pour tous les Boliviens de plus de 60 ans, et le Bono Juancito Pinto, une aide annuelle à tous les écoliers du pays. La marche en avant de la nationalisation se poursuit, à coup de décrets présidentiels et de rachat d'actions. Dernier épisode en date: la prise de contrôle le 23 janvier de la compagnie pétrolière Chaco, filiale du groupe BP. 
Et pourtant, sur la gauche du gouvernement, certains mouvements sociaux plus radicaux font la moue, réclamant le départ pur et simple des multinationales du pays et accusant Evo Morales de faire passer une renégociation de contrats pour une nationalisation. Dans le domaine de l'exploitation des mines, autre richesse du sous-sol bolivien, le gouvernement a joué une carte beaucoup plus prudente et la nationalisation du secteur n'est aujourd'hui plus à l'ordre du jour. Etatisées en 1952, les mines boliviennes ont été abandonnées par l'Etat en 1985 lors de la chute dramatique du prix des minerais. L'avenir de dizaines de milliers de mineurs n'a alors pu être assuré que par la constitution de centaines de coopératives privées, au bénéfice d'une concession. Juan, mineur coopérativiste à Potosi, résume aujourd'hui la situation: «Ca fait trois décennies qu'on creuse nos galeries sans l'aide de personne, et l'Etat voudrait aujourd'hui les nationaliser pour bénéficier de ses revenus? C'est exclu. Si Evo Morales veut profiter des minerais, qu'il creuse ses propres tunnels!» 
En année électorale, le président sait donc qu'il ne peut pas s'aliéner l'appui potentiel du secteur des coopératives minières. Et la chute du prix des minerais provoquée par la crise économique l'incitera d'ailleurs encore moins à nationaliser un secteur actuellement en crise.

mardi, mars 03, 2009

La Bolivie socialiste veut décoller grâce à «l’or gris» du lithium

PAR VINCENT TAILLEFUMIER, BOGOTA
Le pays possède au moins le tiers des réserves mondiales du minerai, appelé à faire tourner les véhicules électriques
Quinze mille kilomètres carrés d’une superficie aveuglante, sillonés de loin en loin par les tout-terrain des touristes, font rêver le gouvernement bolivien. Ses mers fossiles pourraient faire du pays le plus pauvre d’Amérique du Sud «l’Arabie saoudite du lithium», selon le chercheur Jerome Clayton Glenn, directeur du projet Millenium de l’ONU.

Les lacs de sel renferment en effet entre un tiers et la moitié des réserves mondiales du minerai nécessaire à l’élaboration des batteries d’ion-lithium. Cette technologie, plus légère et durable que celles qui l’ont précédée, a été choisie par plusieurs constructeurs (Chevrolet, Nissan, BMW…) pour développer leurs automobiles électriques.

Signe des besoins, les cours ont octuplé depuis 2003. Peu importent les incertitudes sur l’étendue des réserves disponibles en Bolivie – entre 300 000 et 140 millions de tonnes… – tout le monde veut sa part de lithium. Le français Bolloré a profité du passage du président Evo Morales à Paris pour lui faire conduire sa Blue Car, pour essayer de prendre de court les alliés japonais de PSA, Mitsubishi et Sumitomo, et le sud-coréen LG, également alléchés.

Mais tous devront passer sous les fourches caudines de la nouvelle Constitution «socialiste». Approuvée le mois dernier, elle assure à l’Etat le «contrôle des ressources stratégiques», couronnant une vague de semi-nationalisations entreprises depuis deux ans par Morales. Ses électeurs jugent que leur pays a subi le pillage de ses ressources naturelles, de l’argent de Potosí au gaz naturel en passant par l’étain, sans jamais en retirer de développement structurel. «Il n’est plus possible que nous ne produisions pas même une aiguille», affirme le directeur général des Mines du pays, Freddy Beltrán.

Six millions de dollars d’investissements solidaires

Bolloré a ainsi été invité à présenter une «proposition sur la recherche, la production et la transformation de lithium et même la construction de véhicules dans notre pays», selon le pouvoir. L’Etat fait valoir aux étrangers son investissement solitaire de presque 6 millions de dollars pour construire une usine pilote d’extraction du lithium et d’autres minerais, qui doit entrer en fonctionnement en 2010. Tout investisseur devra se joindre à une coentreprise dominée par l’entité publique minière Comibol. Encore lui faudra-t-il vaincre la résistance des Indiens de la région, à qui la Constitution donne aussi un droit de regard. «Nous ne voulons pas de compagnies étrangères ici», illustre un mineur artisanal, Alfredo, interviewé par la BBC.

Les industriels compareront certainement les délais et le coût de cette collaboration avec ceux de la recherche d’une technologie sans lithium. L’entreprise Lithium Corporation, qui avait entamé dans les années 1990 des négociations avec La Paz, avait finalement migré vers un gisement de l’Argentine voisine. Mais les temps et les gouvernements ont changé, et le ministre des Mines bolivien, Luis Alberto Echazu, se sent aujourd’hui en position de force: «Les leaders capitalistes, assume-t-il, doivent changer.»

mardi, février 03, 2009

Les présidents mettent la pression sur les alters!

   BENITO PEREZ/AGENCES    

FSM - Belem 2009MEETING - Cinq chefs d'Etat historiquement liés aux mouvements sociaux étaient invités jeudi à Belém, en marge du Forum social. 
L'événement était attendu, il n'a pas déçu: la rencontre, jeudi soir, de cinq chefs d'Etat de la gauche sud-américaine avec la foule des altermondialistes réunis à Belém a donné lieu à un meeting surchauffé, au moment où le mouvement social débat âprement de son rapport à la politique institutionnelle. Pour le Vénézuélien Hugo Chávez, l'heure est pourtant à «l'offensive contre le capitalisme libéral»: «ce n'est pas un temps pour les tranchées», a estimé l'ancien militaire. Un message mobilisateur relayé sur des tons divers par les présidents du Brésil Lula da Silva, de Bolivie Evo Morales, d'Equateur Rafael Correa et du Paraguay Fernando Lugo. Devant 10000 personnes massées dans le Palais des Congrès de Belém, Hugo Chávez a rappelé que le FSM a été dans ses premières années «le bastion de la résistance à l'offensive libérale». Pour retrouver ce rôle à l'avant-garde, les mouvements sociaux doivent «mieux s'articuler» et porter des «propositions alternatives», a-t-il expliqué. Affirmant que le socialisme offre «l'unique chemin pour sauver la planète», le leader bolivarien a rappelé que Porto Alegre, en 2003, avait été la première à résonner d'un appel au renouveau du socialisme lancé par... lui! «A Davos, en Suisse, se réunit le monde qui meurt, ici le monde qui naît», avait-il déclaré peu après son arrivée à Belém. «Si les peuples du monde ne sont pas capables d'enterrer le capitalisme, le capitalisme enterrera la planète», a renchérit Evo Morales, saluant cet «autre monde qui ne se résigne pas». Le président bolivien et syndicaliste cocalero a proposé le lancement de quatre campagnes mondiales prônant une réforme du Conseil de sécurité, un nouvel ordre économique mondial, la défense de l'environnement et le respect de la diversité culturelle avec la feuille de coca comme emblème. «Nous devons en finir avec la monarchie des Nations Unies; il n'est pas possible qu'un pays ait davantage de pouvoir que 190. Le droit international doit être appliqué de la même façon pour tous», a-t-il réclamé. Absent de Davos cette année, Lula s'est montré également critique par rapport aux puissances occidentales: «Le monde développé nous disait ce que nous devions faire en Amérique latine. Ils semblaient infaillibles et nous incompétents. Ils nous ont dit que le marché développerait les pays. Et ce marché a fait faillite par manque de responsabilité et de contrôle», a-t-il rappelé. Sifflé en 2005 lors de son ultime apparition au FSM, à Porto Alegre, le président brésilien en fin de mandat a paru réconcilié avec les activistes sociaux. Pas moins de treize ministres de son gouvernement étaient annoncés à cette 8e édition du FSM, la 5e à se tenir au Brésil. La soirée a d'ailleurs souligné la forte imbrication entre mouvements populaires et gouvernements progressistes. Ainsi M.Morales a revendiqué sa place dans le Forum «tout comme avant d'être élu» Le chef de l'Etat paraguayen, dernier élu en date des présidents de gauche avec l'appui d'un mouvement paysans indigène, s'est dit «persuadé que les grands changements ne pouvaient être garanti qu'avec l'appui des mouvements populaires».

mardi, janvier 27, 2009

Nouvelle Consitution dans une Bolivie divisée

AMÉRIQUE LATINE Mardi27 janvier 2009
Nouvelle Consitution dans une Bolivie divisée

PAR VINCENT TAILLEFUMIER, BOGOTA
Le référendum a été accepté par trois électeurs sur cinq. L’opposition convervatrice appelle à la «désobéissance».
Dès les premières projections, dimanche soir, Evo Morales s’est présenté, triomphal, au balcon du Palais présidentiel. «Nous avons mis fin à l’Etat colonial», a lancé le président socialiste bolivien. Les enquêtes de sortie d’urnes prévoyaient l’approbation de la Constitution pro-indienne et sociale par 56 à 63% des voix, lors du référendum qui venait de se dérouler sans anicroche.

Devant les milliers de partisans qui brandissaient le drapeau indien à damier coloré, le chef de l’Etat aymara pouvait proclamer la victoire de sa «révolution pacifique et démocratique». Par le nouveau texte, les 36 «nations originelles» et les neuf départements du pays doivent obtenir des pouvoirs étendus, des programmes sociaux être pérennisés, le latifundio être limité à 5000 hectares, et l’Etat voir son poids dans l’économie renforcé.

Mais à 400 kilomètres de là, d’autres slogans résonnaient sous les fenêtres de la préfecture de Sucre, ville bastion de l’opposition. Au cri de «désobéissance!», l’élue régionale, Savina Cuellar, elle aussi au balcon, appelait les électeurs à rejeter la nouvelle Constitution. Dans sa ville, comme dans quatre départements menés par les conservateurs, le non l’aurait emporté.

Les dirigeants opposants, pour beaucoup issus d’une élite de grands propriétaires, avaient bien accepté en octobre d’aller aux urnes, en échange de la modification de plus du quart du projet de Constitution. Mais hier, comme Savina Cuellar, ils se valaient de leurs victoires locales pour exiger la «conciliation» d’un nouveau texte.

C’est un nouveau bras de fer qui s’annonce pour ls pouvoir, après une année 2008 déjà marquée par une guérilla juridico-légale et des heurts meurtriers entre manifestants. L’opposition, concentrée dans une «demi-lune» orientale riche en agro-industrie et en gisements de gaz, veut faire appliquer à marche forcée des textes d’autonomie, approuvés l’an dernier lors de référendums régionaux jugés «illégaux» par les autorités. Selon le dirigeant conservateur Ruben Costas, ces projets – contrairement aux «fausses autonomies» que propose la nouvelle Constitution – permettraient de s’émanciper de la tutelle indienne et socialiste du pouvoir central. Pour prévenir l’incendie, le ministre Hector Arce a appelé les opposants à se concerter rapidement pour trouver un régime commun pour les départements.

Dans ce tête-à-tête tendu, Evo Morales a reçu hier le renfort d’une mission d’observateurs électoraux du Mercosur, qui rassemble les pays de la région autour de l’Argentine et du Brésil. L’organisation a salué des «élections exemplaires» et espéré que les résultats soient respectés par «tous les Boliviens».

Fort de cette légitimité, le vice-président, Alvaro Garcia, qui dénonce le «tribalisme électoral» des conservateurs, menace de faire appliquer la Constitution par décret si le Sénat, où l’opposition est majoritaire, tentait de la bloquer. L’épreuve du feu se déroulera avant avril, avec le vote d’un nouveau code électoral pour les élections générales de décembre prochain. Les élus devront décider du poids des circonscriptions indiennes dans le futur parlement «multiculturel», sans doute décisif pour donner aux partisans du président Morales la majorité absolue qui leur a cruellement manqué jusqu’ici.

Chute des cours du gaz

En même temps, le gouvernement doit affronter un autre adversaire implacable: la chute des cours du gaz, sa principale source de revenus, accompagnée d’une possible baisse des commandes de son puissant client brésilien. Des moyens en moins pour financer les très populaires programmes d’aide sociale et continuer à récolter des acclamations sous les balcons de la présidence.

samedi, janvier 24, 2009

BOLIVIE: LA RECONQUÊTE PACIFIQUE DES INDIGÈNES

BOLIVIE: LA RECONQUÊTE PACIFIQUE DES INDIGÈNES

Paru le Samedi 24 Janvier 2009 
   BERNARD PERRIN, SANTA CRUZ    

SolidaritéTrois ans après l’élection d’Evo Morales, les Boliviens s’apprêtent à inaugurer leur nouvelle maison commune. Le projet de Constitution soumis aux voix dimanche devrait consolider les réformes juridiques, sociales, politiques et économiques en cours. Une «décolonisation du pouvoir» qu’illustre la réforme agraire en pays guarani. 
Imaginez qu'une famille soit propriétaire de l'équivalent de la superficie du canton du Valais... ou de plus de 500000 terrains de football. Et que sur ce même territoire, des milliers de paysans sans terre survivent en esclavage, avec au mieux un salaire de misère, au pire juste de quoi nourrir leur famille. Bienvenu dans le département de Santa Cruz, terre des inégalités! Dans cet Oriente bolivien où seulement 5% des plus riches propriétaires possèdent 85% des surfaces cultivées... Dans la région reculée de l'Alto Parapeti1, à quelques heures de jeep de la petite ville pétrolière de Camiri, le temps semble s'être figé. Et le paysage magnifique, fait de vallées et de montagnes recouvertes d'une végétation luxuriante, rappelle le paradis perdu. Perdu, car dans ce monde oublié, le XXIesiècle rime encore avec esclavage pour le peuple guarani. Dans les énormes propriétés privées de plusieurs milliers d'hectares, des communautés entières vivent toujours en état de servitude, soumises à un patron. 
Les Guaranis ont habité cette région au moins depuis le XIVe siècle, et ont résisté à toutes les tentatives de colonisation pendant plus de trois cents ans, jusqu'à leur défaite militaire en 1892 lors de la bataille de Kuruyuki. Le territoire fut alors distribué par l'Etat aux propriétaires terriens, boliviens ou étrangers, et les «bons sauvages» guaranis furent dispersés dans les différentes haciendas, utilisés pour le travail aux champs. Une main d'oeuvre corvéable à souhait bienvenue... 


Un siècle de travail forcé

Des communautés entières furent ainsi privées de leurs terres fertiles et réduites au travail forcé. «Ce fut le début de la période la plus pénible de notre histoire, qui n'est malheureusement pas encore terminée», explique Felicia, assise devant sa petite hutte faite de bois et de paille. Dans sa communauté d'Itacuatia, la vieille dame, 67ans, témoigne d'un passé qui se mêle au présent: «J'ai été séparé de ma famille quand je n'étais encore qu'une enfant, pour entrer au service de la famille Chávez. Dans leur hacienda, depuis toute petite, j'ai lavé le linge, pelé les légumes et préparé les repas. Je ne suis jamais allée à l'école et pendant très longtemps je n'ai pas su ce qu'était l'argent. Les hommes, eux, étaient aux champs, du lever du soleil à la tombée de la nuit.» 
Selon l'Assemblée du peuple guarani, Itacuatia compterait aujourd'hui encore trente familles soumises à une forme ou à une autre d'esclavage ou de servitude. «Nous recevons des salaires de misère, en général 15bolivianos (un peu plus de 2francs) pour une journée de dix ou douze heures de labeur. Et il y a encore peu, nous n'étions rétribués que par un peu de sucre, du savon, quelques cacahuètes...», confirme Nicanor Cerezo Bejarano, le mburuvicha (le chef) de cette communauté. Et comme tous ses compagnons, il est lié au propriétaire par une supposée dette qui se transmet de père en fils. Résigné, il se sent encore incapable d'imaginer un autre futur que celui de «vivre et mourir sur cette terre qui m'a vu naître, au service d'un maître». 


2009, année de la libération?

Et pourtant... L'espoir que plus d'un siècle d'exploitation prenne fin cette année est bien réel... Pendue à un arbre, une vieille radio grésille pour l'ensemble des familles d'Itacuatia. Le programme de Patria Nueva, un canal pro-gouvernemental, fait la promotion de la nouvelle Constitution. Nicanor Cerezo Bejarano écoute pensivement: «Ce nouveau texte fondamental pourrait nous offrir enfin ce que nous voulons: vivre librement, en travaillant notre propre terre et en nous organisant en communauté. Alors le 25 janvier, nous irons tous voter, évidemment.» 
Le vice-ministre des Terres, Alejandro Almaraz, l'a lui-même clamé haut et fort: cette année 2009 sera celle de la libération du peuple guarani et de la fin de l'esclavage. Il y a moins d'un an pourtant, l'avenir de la réforme agraire dans ce coin de pays semblait bien compromis. En avril 2008, trois grands propriétaires terriens, soutenus par l'oligarchie la plus conservatrice de Santa Cruz et par la préfecture de droite, avaient même pris les armes contre le gouvernement. Et ce même Alejandro Almaraz fut retenu en otage pendant sept heures par les propriétaires terriens rebelles et leurs groupes de choc. «Mais en août, en plébiscitant le président avec 67% de votes, le peuple bolivien a mis en déroute cette droite fasciste, et avec elle les propriétaires terriens», raconte Don Valerio Castaño. Le vieil homme travaille lui aussi pour la famille Chávez, depuis plus de vingt ans. La sueur perle sur son front ridé alors que la température dépasse les 37degrés. Mais désormais un léger sourire crispe son visage: «Fin novembre, les fonctionnaires du gouvernement ont pu reprendre le processus d'assainissement des terres de l'Alto Parapeti, sans que les propriétaires terriens ne leur tirent dessus. Ils ont pu effectuer leur travail de terrain, maintenant nous attendons le résultat et une éventuelle redistribution...» 


Extrême précarité

Les chefs des communautés guaranis de l'Alto Parapeti ont transmis au gouvernement une demande de reconstitution d'une Terre communautaire d'origine (TCO) de 157000 ha dans le cadre de l'assainissement foncier. L'histoire est donc en passe de rendre aux Guaranis ce qu'elle leur a volé. Mais Don Valerio n'ose pas encore y croire: «Il faut nous comprendre... La peur des patrons est ancrée quasi génétiquement en nous. On a peur de tout, peur de parler, peur des représailles...» 
Les propriétaires terriens pourtant font désormais profil bas. L'un d'eux, Ronald Larsen, qui avait tiré dans les pneus de la voiture du vice-ministre en avril, aurait même quitté le département, peut-être la Bolivie. 
Mais pour ne pas être accusés de maintenir des communautés en régime d'esclavage, et donc de perdre leurs terres, les Chávez ont récemment privé les Guaranis de travail, espérant du même coup les contraindre à quitter la région. Sans le salaire de misère octroyé par le patron et toujours sans terre, les milliers de Guaranis qui composent les dix-neuf communautés de l'Alto Parapeti vivent aujourd'hui dans la précarité la plus absolue. «On cultive en cachette, clandestinement, de petites parcelles qui appartiennent bien sûr au latifundiste. Mais cela nous donne à peine de quoi nourrir nos familles», poursuit Don Valerio. 
Pourtant dimanche, même l'estomac vide, Don Valerio ira voter le coeur léger: «Pendant des années, j'ai fait ce que le patron exigerait de moi, je vivais dans la peur, sans pouvoir me défendre contre les mauvais traitements, dans l'ignorance de mes droits, faute d'éducation. L'histoire a changé. Avec le gouvernement d'Evo, avec cette nouvelle Constitution, les Guaranis vont pouvoir enfin être maîtres de leurs terres, et de leur destin.»I 

«Nous avons une dette historique envers les peuples indigènes»

    PROPOS RECUEILLIS PAR BPN    

Solidarité
Il n'a pas hésité, en avril dernier, à affronter directement les propriétaires terriens, quitte à essuyer leurs tirs. Et il n'a pas attendu que la Constitution inscrive dans le marbre les principes de la réforme agraire pour aller de l'avant. Avec ses lunettes à monture noire et sa barbe de jeune révolutionnaire, le vice-ministre des Terres, Alejandro Almaraz, incarne bien ce processus impulsé par le gouvernement. 


Etes-vous satisfait du cours de la réforme agraire?

Très satisfait. En trois ans, nous avons assaini1 18,3millions d'hectares (ha), soit deux fois plus que ce qui avait été réalisé depuis 1996. Et surtout, ce processus bénéficie enfin aux communautés. Sept millions d'hectares ont ainsi été remis aux peuples indigènes en Terres communautaires d'origine (TCO), et plus de 2,3millions aux communautés paysannes. 


Au détriment des entreprises privées?

Non, 600000 ha ont été titularisées à des petites entreprises et plus de 900 000 ha aux moyennes et grandes. Cela montre qu'il ne s'agit pas, contrairement à ce que prétend l'opposition, d'une réforme anti-démocratique, qui exproprie les privés. Au contraire, nous leur offrons la sécurité juridique. 


Où en est le processus d'assainissement?

Vingt-sept millions d'hectares sont assainis, mais la Bolivie en compte 106... J'estime qu'il nous faudra encore cinq ans pour arriver au terme du processus. L'an dernier, nous avons pu déclarer un premier département entièrement assaini, celui de Pando, qui compte 6,5millions d'ha. Avant, les communautés indigènes n'y avaient pratiquement aucun droit sur la terre, désormais elles sont titulaires de 2,5millions d'hectares, dont 500 ha attribué à chaque famille . 


D'où proviennent ces terres redistribuées?

Ce sont les terres qui étaient inexploitées, qui ne répondaient pas à la fonction économique et sociale. Je vous donne un exemple. Dans le département de Pando, une famille réclamait 300000 ha. Or l'étude sur le terrain a montré que seul 1% de cette surface répondait à la fonction économique et sociale. Et seul ce pour-cent a donc été titularisé... 


Qu'est-ce que la fonction économique et sociale?

C'est un principe fondamental qui est inscrit pour la première fois dans le marbre de la Constitution! Une terre qui n'est pas exploitée ou qui l'est mais au travers de la survivance de l'esclavage ne remplit pas la fonction économique dans le premier cas et la fonction sociale dans le second. Elle est alors expropriée, sans indemnisation, et l'Etat se charge de la redistribuer, par exemple à ceux qui la travaillent, à des communautés soumises à un maître. 


C'est le cas de l'Alto Parapeti...

Oui, et l'année 2009 sera celle de la libération du peuple guarani et de la fin de l'esclavage! Il y a eu une résistance de la part de quelques propriétaires terriens, qui ont même pris les armes contre nous l'an dernier, et qui s'opposent à la fin de leurs privilèges insensés, à cette accaparement inadmissible de dizaines de milliers d'hectares. Ils étaient appuyés par l'oligarchie conservatrice de Santa Cruz et par les mouvements séparatistes et autonomistes. Mais cette droite extrémiste et raciste a été défaite, et les propriétaires terriens avec elle. La redistribution de terres dans cette région est désormais imminente... 


La Constitution ne fait-elle pas la part trop belle aux peuples indigènes?

Non, nous avons une dette historique à payer, celle de l'humiliation de communautés qui formaient ce pays avant la conquête espagnole, et qui ont souffert de siècles d'exploitation et de discrimination... 


Qu'apporte encore la nouvelle Constitution?

Elle renforce la gestion communautaire de la terre. Ici, en Bolivie, nous ne pensons pas qu'il s'agisse d'une utopie, comme le pense la droite et une partie de la gauche. Ce système a pour but le bien commun, tout en respectant l'individu. Il est harmonieux. 
Note : 1L'assainissement consiste à vérifier la validité du titre de propriété et la légalité de l'exploitation puis à redistribuer les terres saisies..

Une Constitution ethnique ou intégratrice?

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Paru le Samedi 24 Janvier 2009 
   BERNARD PERRIN    

Solidarité
C'est une députée du Mouvement vers le socialisme, le parti d'Evo Morales, qui le dit sans ambages: malgré trois ans de gestion gouvernementale, le processus de changement n'a pas réellement démarré en Bolivie. «Certes, il y a eu la nationalisation des hydrocarbures, la mise en place d'un système de rente universelle pour les personnes de plus de 60ans et l'alphabétisation de l'ensemble de la population. Des avancées majeures! Mais nous avons besoin de cette nouvelle constitution pour enfin décoloniser le pays et refonder totalement la Bolivie», explique Julia Ramos. «La refonder sans discrimination, afin que tous les Boliviens soient égaux et unis, que chacun puisse vivre dignement dans ce pays», d'ajouter le vice-président de la république, Alvaro García Linera. 

Le peuple rédige et vote

Après 184 ans de vie républicaine, la Bolivie se prépare donc à faire sa vraie révolution! Pour la première fois de son histoire, c'est en effet le peuple, représenté par les 255constituants élus en 2006, et non une élite politique, qui a écrit la nouvelle charte fondamentale, soumise au référendum ce dimanche 25 janvier. 
Et pour la première fois, la majorité indigène du pays devient véritablement actrice du changement. «Comme dans de nombreux pays du monde, les constitutions boliviennes depuis l'indépendance en 1825 ont été de terribles instruments de domination sociale, aux mains d'une élite bourgeoise. Ce nouveau texte offre une rupture totale, il est anti-colonialiste et nous libère de l'esclavage néolibéral», relève Idon Chivi Vargas, avocat indigéniste au Vice-ministère des droits de l'homme. 


Deux justices égales

A côté de l'égalité des sexes, du droit à la maternité, du droit à vivre dans un environnement sain, et de droits sociaux, comme l'accès à l'eau potable, à des systèmes de santé et d'éducation gratuits, la nouvelle Constitution offre surtout une reconnaissance inédite des droits des trente-six nations indigènes originaires qui composent une (grande) partie du pays. Droit d'exister librement, droit à l'identité culturelle et religieuse, droit à leur propre vision du monde, droit aussi à leur libre détermination et à leur territoires. Et dans ce cadre, droit d'appliquer leurs justices traditionnelles (lire ci-contre), mises au même niveau hiérarchique que la justice ordinaire. 
Pour Eugenio Rojas, le maire de la petite ville d'Achacachi, bastion de la communauté aymara, près du lac Titicaca, c'est une reconnaissance logique: «La justice traditionnelle est plus morale, plus éthique et bien moins corrompue que la justice ordinaire, qui protège avant tout les riches. Le coupable doit réparer les conséquences de son acte, ce qui passe par exemple par les travaux d'intérêt général. La peine vise à une prise de conscience, à une réflexion de la part du coupable.» 
«Il y a des avancées dans ce texte avec la reconnaissance des droits des peuples indigènes, trop longtemps exclus», reconnaît volontiers l'analyste politique Carlos Cordero, placé à droite sur l'échiquier politique. «Et créer des droits spécifiques aux indigènes procède d'une bonne intention. Mais cela crée de nouvelles discriminations. On racialise la politique, on crée un fondamentalisme ethnique, on offre un traitement privilégié aux indigènes, par rapport aux populations métisses ou d'origines européenne, oubliés dans cette Constitution. Et on passe d'une nécessaire réparation historique à une regrettable revanche.» 


Pas assez socialiste

Si la droite rejette le nouveau texte constitutionnel, jugé trop «indigéniste», extrêmement «anti-libéral» et «démesurément étatiste au niveau économique», celui-ci ne fait pas non plus que des heureux à l'extrême gauche, signe peut-être qu'il a atteint malgré tout un niveau insoupçonné de consensus... 
Raul Jimenez, en tout cas, ne décolère pas. Doyen de la faculté de droit de l'Université San Andrés de La Paz, il dénonce une trahison: «Certes, la Constitution a été écrite par le peuple, mais elle est pleine de contradictions. Elle se prétend socialiste, mais elle reconnaît la propriété privée, c'est absurde!»