mercredi, octobre 14, 2009

mardi, octobre 13, 2009

A nouveau attractif, le Brésil relève la tête

A nouveau attractif, le Brésil relève la tête

Chantal Rayes São Paulo

Fabio Barbosa, directeur du groupe Santander au Brésil, lors de l’introduction en Bourse de sa société. L’indice Ibovespa a gagné 70% depuis janvier. (Keystone)

Fabio Barbosa, directeur du groupe Santander au Brésil, lors de l’introduction en Bourse de sa société. L’indice Ibovespa a gagné 70% depuis janvier.  (Keystone)

Au bénéfice de la plus importante entrée en bourse de ces 18 derniers mois, le pays profite par ailleurs de la hausse des cours des matières premières. Les exportations ont été diversifiées, notamment vers l’Asie

Ce fut la plus grande introduction en bourse depuis 18 mois dans le monde: Santander Brasil, filiale du groupe bancaire espagnol Santander, a levé l’équivalent de 8,3 milliards de francs la semaine dernière sur la bourse de São Paulo (Bovespa).

Signe, pour le président de la Bovespa, Edemir Pinto, de «l’attractivité du marché des capitaux brésilien pour les investisseurs étrangers».

Après avoir déserté le Brésil à cause de la crise, se défaisant de leurs actions pour couvrir les pertes sur les marchés développés, ces derniers font un retour en force qui explique largement la valorisation de plus de 70% de l’indice Ibovespa depuis janvier. Pas de risque de surchauffe pour autant, selon l’économiste Joaquim Eloi Cirne de Toledo. «La bourse ne fait que récupérer des pertes exagérées et reste en deçà de son pic de l’an dernier, explique-t-il. Dorénavant, les hausses seront forcément plus modérées.»

A l’origine de l’euphorie: la hausse du cours des matières premières exportées par les principales entreprises qui composent l’Ibovespa et la rapide sortie de crise de la première économie d’Amérique latine, qui n’a commencé à en sentir les effets qu’au dernier trimestre 2008.

Raillé pour avoir prédit que celle-ci n’aurait pas plus d’effet qu’un «clapotis» sur l’économie brésilienne, le président Lula est au jour d’hui soulagé.

Après six mois de récession, le PIB a progressé de 1,9% au second trimestre 2009 et devrait boucler l’année au-dessus de 0%. «Nous venions d’une croissance moyenne de 5% à l’an», rappelle Cirne de Toledo. Mais le Brésil devrait renouer avec un taux similaire dès l’an prochain, selon les prévisions.

Historiquement vulnérable aux chocs extérieurs, le pays s’en est bien mieux tiré cette fois. Notamment grâce à l’accumulation de 230 milliards de dollars de réserves internationales, de quoi couvrir largement les engagements extérieurs du pays. Ces réserves ont permis à la Banque centrale d’intervenir pour faire face au rétrécissement du crédit international. De plus, contrairement aux crises passées, le gouvernement n’a pas eu à relever le taux d’intérêt – qui est même passé à son plus bas niveau depuis les années 80 – ni à réduire les dépenses, au contraire.

Rio 2016: le centre du monde s’est déplacé

JEUX OLYMPIQUES Mardi13 octobre 2009

Rio 2016: le centre du monde s’est déplacé

Rio désignée ville hôte des Jeux de 2016. Le Brésil a changé. Il n’est plus à la périphérie. (AFP)

Rio désignée ville hôte des Jeux de 2016. Le Brésil a changé. Il n’est plus à la périphérie.  (AFP)

Le succès de la candidature de Rio de Janeiro pour l’attribution des JO 2016 a été accueilli, en Europe, avec une condescendance qui révèle notre ignorance de la puissance économique, du dynamisme et aussi des mentalités de la société brésilienne

Au soir de l’attribution des Jeux olympiques 2016 à la ville de Rio de Janeiro, le présentateur d’un journal télévisé français a annoncé qu’ils allaient pour la première fois à un pays émergent. Ce présentateur avait peut-être oublié les JO de Mexico en 1968 ou tenu compte du fait que l’expression n’avait pas encore été inventée il y a plus de quarante ans. Il a surtout oublié que le Brésil, aussi éloigné géographiquement soit-il du territoire européen, n’est plus un pays émergent mais un pays émergé.

Après avoir souligné l’étendue de la victoire de Rio sur la ville de Chicago, éliminée au premier tour malgré le soutien de Barack Obama, un géostratège a affirmé que c’était un cadeau fait à l’Amérique du Sud. Il y a quelques années, quand la ville de Londres a obtenu l’organisation des JO 2012, personne n’a eu l’idée saugrenue de dire que c’était un cadeau pour l’Europe. Au demeurant, les Brésiliens n’ont pas considéré qu’ils sollicitaient un cadeau, même en déposant leur dossier, même pendant la campagne électorale qui a précédé la réunion du CIO. S’ils n’allaient pas jusqu’à dire qu’ils considéraient les JO comme un dû, certains le pensaient tout bas.

Avant l’élection, beaucoup d’individus plus ou moins intéressés, c’est-à-dire plus ou moins proches de la concurrence, ont fait état de la violence qui règne à Rio de Janeiro dont les statistiques criminelles sont impressionnantes. Or la violence, en tout cas aux yeux de qui y passe suffisamment de temps pour se faire une idée personnelle, est surtout visible du fait de l’organisation urbaine. Si elle indique que l’Etat de droit n’est pas installé dans le moindre recoin du territoire, elle est généralement jugulée dans les grandes circonstances et elle est moins pesante dans la vie quotidienne de la ville que ne le disent la presse brésilienne et les cariocas eux-mêmes.

Les analyses qui ont accompagné l’élection olympique rappellent que nous regardons encore le reste du monde avec une certaine condescendance, surtout quand il s’agit de son économie et de sa capacité d’organisation, surtout quand nous ignorons ce qui s’y passe. Parce que nous avons conservé l’habitude de nous prendre nous-mêmes comme exemple ou que nous ne voulons pas nous avouer que le monde a changé, que nous n’y occupons plus la place qui était la nôtre autrefois.