mardi, octobre 13, 2009

Rio 2016: le centre du monde s’est déplacé

JEUX OLYMPIQUES Mardi13 octobre 2009

Rio 2016: le centre du monde s’est déplacé

Rio désignée ville hôte des Jeux de 2016. Le Brésil a changé. Il n’est plus à la périphérie. (AFP)

Rio désignée ville hôte des Jeux de 2016. Le Brésil a changé. Il n’est plus à la périphérie.  (AFP)

Le succès de la candidature de Rio de Janeiro pour l’attribution des JO 2016 a été accueilli, en Europe, avec une condescendance qui révèle notre ignorance de la puissance économique, du dynamisme et aussi des mentalités de la société brésilienne

Au soir de l’attribution des Jeux olympiques 2016 à la ville de Rio de Janeiro, le présentateur d’un journal télévisé français a annoncé qu’ils allaient pour la première fois à un pays émergent. Ce présentateur avait peut-être oublié les JO de Mexico en 1968 ou tenu compte du fait que l’expression n’avait pas encore été inventée il y a plus de quarante ans. Il a surtout oublié que le Brésil, aussi éloigné géographiquement soit-il du territoire européen, n’est plus un pays émergent mais un pays émergé.

Après avoir souligné l’étendue de la victoire de Rio sur la ville de Chicago, éliminée au premier tour malgré le soutien de Barack Obama, un géostratège a affirmé que c’était un cadeau fait à l’Amérique du Sud. Il y a quelques années, quand la ville de Londres a obtenu l’organisation des JO 2012, personne n’a eu l’idée saugrenue de dire que c’était un cadeau pour l’Europe. Au demeurant, les Brésiliens n’ont pas considéré qu’ils sollicitaient un cadeau, même en déposant leur dossier, même pendant la campagne électorale qui a précédé la réunion du CIO. S’ils n’allaient pas jusqu’à dire qu’ils considéraient les JO comme un dû, certains le pensaient tout bas.

Avant l’élection, beaucoup d’individus plus ou moins intéressés, c’est-à-dire plus ou moins proches de la concurrence, ont fait état de la violence qui règne à Rio de Janeiro dont les statistiques criminelles sont impressionnantes. Or la violence, en tout cas aux yeux de qui y passe suffisamment de temps pour se faire une idée personnelle, est surtout visible du fait de l’organisation urbaine. Si elle indique que l’Etat de droit n’est pas installé dans le moindre recoin du territoire, elle est généralement jugulée dans les grandes circonstances et elle est moins pesante dans la vie quotidienne de la ville que ne le disent la presse brésilienne et les cariocas eux-mêmes.

Les analyses qui ont accompagné l’élection olympique rappellent que nous regardons encore le reste du monde avec une certaine condescendance, surtout quand il s’agit de son économie et de sa capacité d’organisation, surtout quand nous ignorons ce qui s’y passe. Parce que nous avons conservé l’habitude de nous prendre nous-mêmes comme exemple ou que nous ne voulons pas nous avouer que le monde a changé, que nous n’y occupons plus la place qui était la nôtre autrefois.

mercredi, octobre 07, 2009

Le triomphe absolu de Lula

JO 2016 Samedi3 octobre 2009

Le triomphe absolu de Lula

Rio de Janeiro a fêté vendredi sa désignation comme ville hôte des Jeux olympiques 2016. (AFP)

Rio de Janeiro a fêté vendredi sa désignation comme ville hôte des Jeux olympiques 2016. (AFP)

Rio décroche la timbale après le Mondial de football 2014, grâce à l’entregent du chef de l’Etat brésilien. Chicago, elle, se prend une fessée

La troisième tentative aura été la bonne. Pour Rio de Janeiro, qui organisera les Jeux d’été 2016, pas pour Madrid, toutes deux engagées dans une finale que personne, vraiment personne parmi les nombreux observateurs ici à Copenhague, n’attendait. Les paris portaient plutôt sur qui serait éliminé par le plénum du CIO dès le premier tour de scrutin, les mises oscillant entre Madrid, Tokyo et Rio.

Premier coup de tonnerre hier sur le coup de 17h30: Chicago obtient le moins de voix dès le scrutin initial et se retrouve chassée de l’échiquier! Chicago, malgré un très bon projet, malgré le lobbying glamour de Michelle Obama, malgré la présence de son président de mari – jamais un hôte de la Maison-Blanche n’avait fait la révérence devant le mouvement olympique – venu apporter le message pragmatique que les membres espéraient: la garantie de déficit illimitée de l’Etat fédéral.

René Fasel, membre suisse du CIO, s’est déclaré «surpris, presque choqué», par la gifle envoyée au visage des Etats-Unis et de leur charismatique leader. «Chicago ne méritait pas cela», ajoutera-t-il. Un lobbyiste de la capitale du Midwest nous dira, en aparté: «La campagne de Chicago n’a pas été bien mise en place, l’organigramme était trop imprécis, le message peu clair. Et puis, nous avons sans doute minimisé l’antiaméricanisme qui prévaut au sein du CIO. Il y a là une tendance fondamentale que même Barack Obama n’a pu inverser.»

Constat qui rejoint celui de plusieurs votants (LT du 2.10.2009): le problème de la redistribution des droits TV – l’Amérique paie le plus et son Comité national olympique reçoit le plus – ne passe décidément pas auprès des décideurs. La répartition du jackpot sera rediscutée en 2013 seulement. D’ici là, il semble exclu que le CIO daigne donner les Jeux aux «States», après les échecs cuisants de New York 2012 puis Chicago 2016.

A l’opposé, une délégation heureuse, celle des Cariocas. La sortie de Lula du Bella Center, hier soir, ressemblait à celle de Cristiano Ronaldo du stade Bernabeu: une émeute médiatique doublée d’une fiesta déjà entamée. C’est que, à 18h50, le patron du CIO, Jacques Rogge avait décacheté l’enveloppe qui contenait le nom de la cité vainqueur de la compétition. Elle est donc sud-américaine, grande nouveauté pour un mouvement olympique qui veut absolument mondialiser ses JO en dépit de leur coût élevé.

Des forêts mieux gérées en Amazonie

BOIS Vendredi9 octobre 2009

Des forêts mieux gérées en Amazonie

Chantal RayesParagominas (Etat du Pará Brésil)

Forêts de l’Etat du Pará. (AFP)

Forêts de l’Etat du Pará. (AFP)

La déforestation fait toujours des ravages au Brésil. Mais plusieurs entreprises se mettent à exploiter les ressources de manière à réduire les impacts sur l’écosystème. Avec des bénéfices à la clé. Reportage dans la jungle

L’arbre, un angelim amargoso (Faveira amargosa) de 25 mètres de haut, tombe dans un bruit sec. D’une précision millimétrique, la coupe a duré moins de cinq minutes et les arbres voisins ont été soigneusement épargnés.

Nous sommes à Paragominas, dans l’Etat amazonien du Pará, sur les terres de Cikel, un producteur de bois d’origine certifiée. Cette forêt est exploitée selon des méthodes de gestion forestière visant à réduire l’impact sur les écosystèmes. Chaque étape est étudiée: depuis la sélection des arbres à abattre – les espèces protégées ou non commercialisables sont écartées – jusqu’au tracé de la route à percer pour les récupérer, et qui doit épargner autant que possible la végétation.

Non loin de là, un exemple d’exploitation sauvage: des troncs jonchent le sol. L’un d’eux est scindé en trois. «Les coupeurs veulent aller vite pour abattre un maximum d’arbres, car une partie de leur rémunération est proportionnelle au rendement, explique le technicien forestier César Pinheiro. Ce type d’exploitation est le plus courant en Amazonie», et c’est le point de départ du défrichement.

Dès qu’il n’y a plus de bois à en tirer, la parcelle est totalement défrichée puis transformée en pâturage. Quand le pâturage cesse d’être productif, il est abandonné par l’éleveur qui s’en va défricher ailleurs, laissant la place à l’agriculteur.

L’Amazonie brésilienne a déjà perdu ainsi 17% de sa couverture végétale. Ce défrichement essentiellement illégal fait du Brésil le quatrième pollueur mondial. Depuis la mise en place de la surveillance satellite en 1988, l’Amazonie brésilienne a perdu en moyenne 19 000 km2 de couverture végétale par an. Selon les estimations du gouvernement, le déboisement de la plus grande forêt tropicale du monde n’aurait cependant reculé que de quelque 9000 km2 entre août 2008 et juillet 2009, son plus bas niveau en vingt ans. Si les chiffres définitifs qui seront connus en fin d’année le confirment, ce résultat représenterait une baisse de 30% par rapport à la période précédente. Ce que le ministre de l’Environnement, Carlos Minc, attribue au resserrement des contrôles.

Pour ralentir la destruction des forêts, le gouvernement mise aussi sur des mesures «structurelles» comme l’expansion de la gestion forestière. L’idée est de concilier préservation et développement économique pour les plus de 25 millions de Brésiliens qui vivent en Amazonie, explique Luiz Carlos Joels, directeur du Service forestier brésilien (SFB).

L’entreprise Cikel est l’une des premières à avoir abandonné l’exploitation «conventionnelle», comme on appelle ici la dévastation. Depuis 1999, le bois de Cikel est certifié par le label international FSC (Forest Stewardship Council) qui garantit que son extraction respecte la législation et les principes du développement durable, notamment le «bien-être social» des salariés et des communautés locales.

C’est la nécessité de se plier aux exigences du marché qui a forcé ce «changement culturel», selon l’avis du patron de l’entreprise, Damião Pereira Dias. «Notre principal marché, les Pays-Bas, ne voulait plus que du bois d’origine certifiée, dit son directeur, Josué Evandro Ferreira. Les Etats-Unis commencent aussi à en demander.» Cikel, qui exporte 75% de sa production, a gagné au change. Le bois d’origine certifiée se vend 30% plus cher. Et l’exploitation planifiée a permis de réduire les coûts, dit Ferreira: «On utilise moins les machines, il y a moins d’accidents aussi.»

Une étude de l’Institut Forêt tropicale (IFT) le confirme: outre ses avantages écologiques, la gestion forestière est «plus rentable» que la dévastation, «les gains de productivité et la réduction du gaspillage [excédant] les coûts supplémentaires dus à la planification de l’exploitation». Reste à convaincre les exploitants forestiers… Pour l’instant, moins de 5% du bois tiré d’Amazonie est issu de la gestion forestière (et moins de 2% est d’origine certifiée).

«Les entraves sont nombreuses, note Marco Lentini, directeur adjoint de l’IFT. Le marché brésilien, principal acheteur du bois d’Amazonie, ne cherche pas à savoir comment a été produit celui-ci. De plus, pour faire approuver un plan d’aménagement forestier, il faut avoir un titre de propriété.» Or, seuls 4% des terres d’Amazonie ont un titre valide. Les autres, quand ils existent, sont forgés par des gens qui ont tout bonnement usurpé des terres publiques… Une loi adoptée en juin doit permettre de régulariser les parcelles jusqu’à 1500 hectares mais «elle va mettre des décennies à être appliquée», estime Marco Lentini.

Autre facteur qui favorise l’exploitation prédatrice: la faiblesse des contrôles, malgré les récents progrès. Les inspecteurs chargés de s’assurer du respect du code forestier sont trop peu nombreux pour une région aussi grande.

Pour faire avancer la gestion forestière, le gouvernement entend octroyer des concessions sur des parties de la forêt, mécanisme qui doit permettre aussi de mieux en contrôler l’exploitation.

«Le concessionnaire va rester au même endroit pendant quarante ans, note Luiz Carlos Joels. On peut le surveiller plus facilement que les illégaux, qui se déplacent.» Luiz Carlos Joels reconnaît néanmoins que c’est une «lutte» d’introduire des mécanismes de développement durable au Brésil. «Il y en a qui préfèrent l’expansion de la frontière agricole.» Une référence au puissant lobby de l’agrobusiness, qui a l’oreille du président Lula grâce aux devises que font rentrer ses exportations.

Pour lui, «le défrichement zéro est possible, si les services environnementaux [rendus à la planète par ceux qui ne défrichent pas, ndlr] sont rémunérés». Un mécanisme qui sera à l’ordre du jour de la conférence sur le climat à Copenhague, en décembre prochain. «Mais il faut l’associer à d’autres solutions, comme la gestion forestière. Si on mise tout sur le défrichement évité, la forêt ne vaudra pas grand-chose», conclut Luiz Carlos Joels.