lundi, avril 06, 2009

Le symbole de la «persécution» chaviste

Le symbole de la «persécution» chaviste

Raul Baduel. (AFP)

Raul Baduel. (AFP)

La liberté conditionnelle de Raul Baduel, général et ancien conseiller du président Hugo Chavez, a été levée jeudi. Une autre figure de l’opposition est passée dans la clandestinité

Ancien compagnon d’armes d’Hugo Chavez, le général Raul Baduel a passé jeudi dernier sa première nuit en cellule, «en short et en chemise», selon son avocat. Celui qui fut secrétaire personnel du président vénézuélien est devenu aux yeux de l’opposition un symbole de la «persécution» du pouvoir. Ministre de la Défense de 2006 à 2007, Baduel s’était transformé en critique du socialisme chaviste. En octobre dernier, la justice l’a accusé de détournement de fonds à la tête du ministère; la semaine dernière, un juge a mis fin à sa liberté conditionnelle, fort de «pièces à conviction suffisantes».

La décision s’ajoute à l’ordre d’arrestation qui pèse contre Manuel Rosales, une des principales figures opposantes. Adversaire malheureux de Chavez à la présidentielle de 2006, il est passé lundi dernier dans la clandestinité. Maire social-démocrate de Maracaibo, deuxième ville du pays, il est accusé d’avoir pompé les fonds de l’Etat du Zulia, dont il était gouverneur jusqu’en 2008, pour financer des achats de terres et d’entreprises jusqu’en Floride – accusation qu’il dément.

«Je suis décidé à le faire emprisonner», avait promis le président Chavez l’an dernier. «Il ne va pas se livrer à la meute sans possibilité d’un jugement équitable», riposte aujourd’hui le chef du parti de Manuel Rosales, Un Nuevo Tiempo. Pour les opposants, le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire est patent: la «Fiscal General» – sorte de procureur général – a été désignée par une Assemblée nationale largement dominée par les partisans du président, et s’exprime généralement à l’unisson de l’exécutif.

Les maires et gouverneurs d’Etat anti-Chavez, minoritaires mais en progression aux élections de 2008, ont promis des «actions de rues pacifiques permanentes» pour soutenir leur collègue. A travers Manuel Rosales, ils sentent que le peu de pouvoir qu’ils avaient gagné dans les urnes est menacé. Déjà, une loi doit permettre la nomination de vice-présidents supplantant les gouverneurs, et l’Etat a pris le contrôle des ports et aéroports jusque-là décentralisés.

samedi, mars 21, 2009

Les Indiens d’Amazonie remportent une victoire historique

RÉSIL Samedi21 mars 2009

Les Indiens d’Amazonie remportent une victoire historique

(Keystone)

(Keystone)

La Cour suprême du Brésil a ordonné l’expulsion d’agriculteurs blancs installés illégalement dans l’une des plus grandes réserves indigènes. Le cas fait jurisprudence

Ils étaient venus des confins de l’Amazonie jusqu’à la capitale brésilienne, Brasilia, pour assister, en tenue traditionnelle et coiffés de plumes, à ce jugement qualifié d’«historique». La Cour suprême du Brésil statuait depuis mai dernier sur le sort de leur réserve, Raposa Serra do Sol, située à l’extrême nord du pays, dans l’Etat amazonien de Roraima, à la frontière avec le Venezuela et le Guyana.

Rendu jeudi, son verdict devrait mettre fin à des décennies de conflits entre Indiens et Blancs: éleveurs, orpailleurs et maintenant riziculteurs qui ont successivement occupé la réserve, en toute illégalité. Ces trente dernières années, 21 indigènes ont été tués.

Par dix voix contre une, la plus haute instance judiciaire du pays a décidé de maintenir les limites actuelles de la réserve. Et les six grands riziculteurs blancs qui ne l’ont pas encore évacuée devront le faire immédiatement. «C’est une victoire pour tous les Indiens du Brésil, jubile Ivaldo Macuxi, le chef indigène de Raposa Serra do Sol, joint par Le Tempsau téléphone. Si le verdict avait modifié le tracé de notre terre ancestrale, toutes les autres réserves du pays auraient pu être remises en cause.» D’une superficie de 17 000 km2, Raposa Serra do Sol est habitée par près de dix-neuf mille Indiens de cinq ethnies différentes. Pour leurs adversaires, c’est trop de terre pour si peu de monde. Pour leurs défenseurs, comme l’avocate Ana Paula Souto Maior, de l’ONG Instituto Socioambiental, «ces étendues sont nécessaires à la préservation de leur mode de vie et de leur culture, un droit garanti aux Indiens par la Constitution brésilienne».

La Cour suprême avait été saisie par un sénateur du Roraima qui contestait un décret de 2005 par lequel le président Lula a reconnu la réserve. Faisant écho à la classe politique locale et aux riziculteurs, il revendiquait la réduction et le démembrement de la réserve, afin d’exclure de son tracé les plantations de riz, qui représenteraient à elles seules 7% du PIB de l’Etat et ne pourraient être réinstallées ailleurs faute de terres fertiles.