lundi, novembre 17, 2008

Les pays du Sud sont enfin invités à la table des grands

Les pays du Sud sont enfin invités à la table des grands

La Chine, l'Inde et le Brésil restent toutefois des pays très pauvres.

«Nous parlons du G20 parce que le G8 ne fait plus aucun sens, a déclaré le président brésilien Lula da Silva à l'issue de la réunion au sommet de samedi. La participation des pays émergents dans une telle instance était inimaginable il y a encore six mois.»

Pour son homologue indien Manmohan Singh, cette réunion est la preuve que la crise actuelle requiert une réponse mondiale. «Les pays qui étaient écartés de la prise des décisions dans le passé doivent être écoutés à l'avenir», a-t-il aussi déclaré à Washington. Pour le président chinois, Hu Jintao, il n'y aura pas de solution à la crise sans qu'il y ait des actions concertées des pays industrialisés et pays émergents. «Notre plan de relance de 566 milliards de dollars, annoncé il y a dix jours, aura des répercussions dans l'ensemble de l'économie mondiale», a-t-il fait remarquer.

Ce n'est pas la première fois que des pays émergents se mettent à la table des grands. Depuis quelques années, certains chefs d'Etat du Sud étaient invités à l'une des séances des rencontres annuelles du G8. Une invitation pour avoir bonne conscience, disaient les critiques. Notamment le président sénégalais Abdulaye Wade, qui, pas plus tard qu'en juillet, dénonçait les promesses répétées et vides du G8.

Désormais, de nombreux pays en développement apparaissent comme des partenaires économiques stratégiques. L'Inde, la Chine, le Brésil et d'autres représentent des marchés lucratifs pour les exportations américaines et européennes. Mais ils détiennent aussi des milliards d'excédents qu'ils utilisent à financer les économies occidentales. Les pays émergents sont aussi appelés au secours du Fonds monétaire international qui ne dispose que de 250 milliards de dollars, une somme insuffisante si plusieurs pays en difficulté viennent frapper simultanément à sa porte. C'est grâce à cette nouvelle force que les pays émergents revendiquent une meilleure représentation au sein des instances internationales.

Il n'empêche. Les pays émergents sont très loin de rattraper les pays riches. Le revenu par habitant d'un Indien n'est que de 3452 dollars par année, contre 41890 dollars pour un Américain. Selon la Banque mondiale, plus de 300 millions d'Indiens vivent avec moins d'un dollar par jour.

mercredi, novembre 12, 2008

Alors que le pétrole baisse, Hugo Chavez se prépare à un scrutin test

Alors que le pétrole baisse, Hugo Chavez se prépare à un scrutin test

Le 23 novembre, les électeurs désigneront leurs maires et leurs gouverneurs. Pour l'heure, le recul du baril ne remet pas en cause la politique sociale. Mais l'insatisfaction monte.

«Si le prix du pétrole devait se stabiliser entre 80 et 90 dollars, ce serait plus que suffisant», assurait mi-octobre Hugo Chavez, alors que des inquiétudes sur la capacité de l'économie vénézuélienne à encaisser la baisse des cours commençaient à se faire jour. Problème: si la dégringolade des prix de l'or noir semble enrayée depuis un mois, le baril s'est stabilisé aux alentours de 60 dollars, loin de la fourchette visée par le président du Venezuela. Et bien en deçà du pic de 146 dollars atteint le 14 juillet dernier.

Dans ce contexte, de quelle marge de manœuvre dispose encore Hugo Chavez pour financer ses ambitieux programmes sociaux - les fameuses «missions» - et sa diplomatie pétrolière, les deux pivots de sa «révolution socialiste»? Le pétulant président et ses soutiens rappellent à l'envi que lorsqu'il prit les commandes du pays, en 1999, le baril ne valait pas plus de 7 dollars.

Monoproducteur

Mais l'expérience a démontré que le Venezuela avait du mal à s'adapter aux retournements de cycles. «Les maux de l'économie vénézuélienne, pays monoproducteur qui vit de la rente pétrolière, datent de bien avant Chavez, rappelle Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques à Paris. Le gouvernement Chavez est d'ailleurs né de cette incapacité.»

Cette fois encore, le ralentissement de l'économie est palpable. La croissance ne devrait plus atteindre que 2% l'an prochain selon le FMI, contre 6% cette année et 10% en moyenne les précédentes, tandis que l'inflation tutoie 40% en glissement annuel et que les pénuries (notamment en café) se font sentir sur les étals.

La question de la soutenabilité de la politique du président, dont plus de la moitié du budget est assuré par les recettes pétrolières, est d'autant plus prégnante que le 23 novembre prochain, les Vénézuéliens sont appelés à élire leurs maires et les gouverneurs des 23 Etats du pays. Local, ce scrutin n'en aura pas moins la valeur d'un test de popularité pour le président. Alors que la campagne bat son plein, ce dernier n'hésite pas à payer de sa personne pour soutenir les candidats de son bord. En routinier des écarts verbaux, il a traité de «cochon» et menacé d'emprisonnement une figure de l'opposition. La dernière fois que les électeurs s'étaient rendus aux urnes, en décembre 2007, ils avaient infligé un camouflet au président en rejetant le projet de réforme constitutionnelle qui devait étendre ses pouvoirs. Le pétrole était alors en phase ascendante.

mardi, novembre 11, 2008

Caracas attend le frère russe Medvedev

Caracas attend le frère russe Medvedev

Vincent Taillefumier

Le chef du Kremlin a entamé une tournée dans l'arrière-cour américaine. Il sera reçu ce mercredi par le président Chavez.

Presque vingt ans après l'effondrement de l'Union soviétique et le lâchage de Cuba, la Russie revient «en Amérique latine pour toujours». La promesse, lancée le mois dernier par le Ministère russe des affaires étrangères, a été directement assumée par le président Dmitri Medvedev, qui a entamé lundi sur le continent une tournée inédite, qui doit le mener à quelques encablures des eaux américaines.

L'étape la plus controversée se déroulera ce mercredi, chez le socialiste vénézuélien Hugo Chavez, héraut anti-américain. Première de ce niveau dans l'histoire des deux pays, la visite coïncide avec l'arrivée dans les eaux caribéennes du navire à propulsion nucléaire Pierre le Grand, escorté de plusieurs bâtiments russes. Cette flotte effectuera des opérations militaires conjointes avec les Vénézuéliens, sous le nez de Washington.

«La Russie veut montrer que, si nous [les Etats-Unis] prenons des décisions qu'elle considère menaçantes dans le Caucase, elle étendra sa présence dans notre arrière-cour», a analysé dans la presse du continent le conservateur Dimitri Simes, du Centre Nixon. Le déploiement russe, perçu comme une réplique à l'envoi de bâtiments américains chargés d'aide humanitaire pour la Géorgie en août, sera le premier du genre dans la région depuis la Guerre froide.

Parallèlement, le Kremlin utilise ses militaires comme des représentants sur tout le continent, pour dynamiser des échanges commerciaux qui croissent déjà de 30% par an. Caracas, qui a commandé depuis 2005 près de 4 milliards de dollars d'armement à la Russie, envisage ainsi d'allonger encore sa liste d'emplettes... au cas où «les Américains voudraient venir chercher notre pétrole», justifie le général vénézuélien Jesus Gonzalez.

Au Pérou, où Dmitri Medvedev a participé au cours du week-end à la clôture du sommet Asie-Pacifique à quelques mètres de George Bush, Moscou devrait installer le premier atelier de maintenance du continent pour les hélicoptères de guerre made in Russia. La Bolivie compte de son côté sur l'aide militaire russe pour pallier le départ de l'agence antidrogue américaine, la DEA, expulsée par le président socialiste Evo Morales. Enfin, à La Havane, Raul Castro entérinera jeudi avec son homologue le rétablissement de relations «traditionnellement amicales», en recevant l'aide de l'ancien grand frère soviétique en matière de défense antiaérienne. Sur le terrain politique, il a déjà obtenu l'appui insistant de Moscou pour mettre fin au blocus américain.