mardi, octobre 07, 2008

Un ancien rebelle crée la surprise à Rio

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BRESIL Mardi7 octobre 2008

Un ancien rebelle crée la surprise à Rio

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Le parti du président Lula progresse aux municipales. Rude bataille à São Paulo.

Il a pris part à l'enlèvement de l'ambassadeur américain au Brésil, le plus beau coup de la guérilla contre la dictature brésilienne (1964-1985). Fait scandale en s'exhibant à la plage vêtu d'un minuscule paréo. Défendu les libertés individuelles ou l'écologie à une époque où ces causes étaient encore peu connues au Brésil et raillé les idéaux marxistes dans un best-seller. Député, il est devenu le symbole de la lutte contre la corruption. Le voilà maintenant qui brigue la mairie de Rio, deuxième ville du Brésil.

Fernando Gabeira, 67 ans, candidat du Parti vert, a créé la surprise dimanche, au premier tour des municipales, en passant au second tour, qui se tiendra le 26 octobre. Il a obtenu 26% des suffrages contre 32% pour Eduardo Paes, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre).

Pour certains, sa percée dans la dernière ligne droite ne s'explique pas seulement par son programme et sa biographie qui plaît tant aux Cariocas jeunes, instruits et aisés, mais aussi par la volonté de barrer la route au sénateur Marcelo Crivella - que le président Lula soutenait officieusement et qui a obtenu 19% des voix. Marcelo Crivella est formellement évêque (mais il n'exerce plus) d'un culte évangélique - l'Eglise universelle de Dieu - qui cristallise le rejet à cause de ses attaques contre l'Eglise catholique et les religions afro-brésiliennes.

Pour l'emporter au second tour - il y en aura un également dans 28 autres villes - Fernando Gabeira doit maintenant convaincre l'électorat conservateur de Marcelo Crivella, qui l'associe encore aux causes qu'il défend, comme la légalisation du mariage gay, même s'il évite de les évoquer dans sa campagne. Il doit également progresser dans les milieux populaires. Le Parti des travailleurs (PT, du président Lula), que Gabeira a quitté en 2003, déçu par le chef de l'Etat, ne l'appuiera pas au second tour. Après le PT, le PMDB d'Eduardo Paes est le plus grand allié de la coalition présidentielle et Gabeira est soutenu par son plus grand adversaire: le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB).

Avant goût de présidentielle

L'autre grande surprise du scrutin a eu lieu dans la plus grande ville du pays, São Paulo. Détrompant les sondages, Marta Suplicy, la candidate du PT, a été devancée de peu par le maire sortant, Gilberto Kassab, de l'opposition de droite: 33,76% des voix contre 32,56%. C'est une bonne nouvelle pour le principal soutien du maire: le gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra (PSDB), dont les chances de disputer la succession de Lula en 2010 comme candidat de l'opposition sont dopées. Du même coup, José Serra s'est garanti l'appui du parti de Gilberto Kassab à la présidentielle. São Paulo verra donc une confrontation indirecte entre Lula et Serra, qui vont tous deux s'engager dans la campagne. Mais malgré l'immense popularité du président, Marta Suplicy n'aura pas la tâche facile. Les 22,55% de voix du candidat défait de centre droit devront se reporter en majorité sur Gilberto Kassab.

Au total, le PT a élu 506 maires (contre 411 en 2004), loin derrière le PSDB (704). Mais il a décroché le plus grand nombre de capitales - six, surtout dans le nord et le nord-est pauvres, où les politiques sociales de Lula ont plus d'impact - ainsi que de villes de plus de 200000 électeurs (13).



samedi, octobre 04, 2008

Le parti du président Lula et ses alliés sont les grands favoris des élections municipales

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BRESIL Samedi4 octobre 2008

Le parti du président Lula et ses alliés sont les grands favoris des élections municipales

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Le scrutin local de dimanche aura une incidence sur le choix des candidats à la présidentielle de 2010.

Luiz Inacio Lula da Silva s'est personnellement engagé dans la campagne pour les municipales de ce dimanche au Brésil. Avec 80% d'opinions favorables, le président de gauche tente de transférer un peu de son prestige à ses candidats. Tandis que l'opposition - qui l'accusait, il y a encore quelques mois, de privilégier les villes contrôlées par ses alliés en leur envoyant davantage de fonds - n'ose même plus le critiquer...

Les 128 millions d'électeurs, qui doivent élire leurs maires et leurs conseillers municipaux, se prononceront avant tout sur les questions locales. Mais la forte croissance économique (+6% au premier semestre), le recul de la pauvreté et l'expansion du crédit, qui rendent le chef de l'Etat si populaire, devraient profiter aux candidats de son Parti des travailleurs (PT) et des autres formations de sa coalition. Ils sont d'ailleurs donnés favoris dans 19 des 26 capitales d'Etat. Le PT est en tête dans 27 des 79 villes de plus de 200000 électeurs. Les principales formations d'opposition, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) et le Democratas (droite), ne sont favorites, respectivement, que dans 20 et 12 de ces villes très convoitées. Un deuxième tour sera organisé le 26 octobre si aucun candidat n'y obtient la majorité absolue.

Pour le président Lula, comme pour ses opposants, l'enjeu de ces municipales, c'est la présidentielle de 2010. Elu en 2002 et réélu quatre ans plus tard, l'ancien syndicaliste ne peut pas, de par la Constitution, briguer un troisième mandat consécutif, mais il voudrait faire élire son successeur. «Un bon score de ses alliés dans les grandes villes ne lui permettrait pas forcément d'y parvenir mais l'aiderait à consolider des appuis là où il y a le plus grand nombre d'électeurs», observe le politologue Cesar Romero Jacob.

A Rio, vitrine et deuxième ville du pays, l'armée va se déployer dans 27 favelas pour empêcher l'intimidation des électeurs par les narcotrafiquants et les paramilitaires, qui veulent élire leurs candidats au conseil municipal. Le candidat le mieux placé pour se faire élire maire, Eduardo Paes, est un ancien détracteur de Lula, mais c'était du temps où la cote de popularité du chef de l'Etat était en baisse à cause du scandale d'achat de voix et de financement illicite dans lequel son parti venait d'être épinglé. Aujourd'hui, il se présente comme son allié... Lula lui préfère néanmoins l'un des trois candidats qui sont au coude-à-coude pour l'affronter au second tour: Marcello Crivella, évêque d'un culte néopentecôtiste.

La bataille de São Paulo

Mais la principale bataille aura lieu à São Paulo, ville la plus peuplée et capitale économique du pays. La candidate du PT, Marta Suplicy, a déjà été maire de cette mégalopole de 11 millions d'habitants et ses politiques sociales l'ont rendue très populaire parmi les plus pauvres. Malgré son bon bilan, elle n'a pas été réélue aux dernières municipales de 2004. Aujourd'hui, elle est en tête avec 35% des intentions de vote, devant le maire sortant, Gilberto Kassab, de l'opposition de droite, mais les sondages la donnent perdante au second tour face à lui. Un paradoxe qui s'explique par son image jugée arrogante. Gilberto Kassab, de son côté, est soutenu par le gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra. Battu par Lula en 2002, celui-ci est donné favori pour lui succéder.

Une victoire de Gilberto Kassab à São Paulo confirmerait l'influence du gouverneur et doperait ses chances de décrocher la candidature de son parti, le PSDB, à la présidentielle de 2010. Si c'est Marta Suplicy qui gagne, elle sera en position de revendiquer la candidature du PT à la succession de Lula, que ce dernier promet, pour l'heure, à sa cheffe de cabinet, Dilma Rousseff. «Mais le président n'exclut pas d'autres alternatives», note Cesar Romero Jacob. Et notamment de soutenir une figure de... l'opposition: Aecio Neves, le gouverneur de l'Etat du Minas Gerais. Selon les analystes, c'est ce qui expliquerait l'aval de Lula à l'alliance entre le PT et Aecio Neves, qui présentent un candidat commun à la mairie de la capitale du Minas Gerais, Belo Horizonte.



lundi, septembre 22, 2008

«Le politique devrait réprimander Nestlé!»

«Le politique devrait réprimander Nestlé!»

Paru le Lundi 22 Septembre 2008 
   ISABELLE STUCKI    

ActuelINTERVIEW - Engagé contre la privatisation de l'eau, le Brésilien Franklin Frederick est scandalisé par le «Nestlégate» et par le peu de réactions que l'affaire suscite dans la sphère politique. 
Il est indigné, Franklin Frederick, lui qui se bat contre Nestlé pour sauver le parc d'eau de São Lourenço, au Brésil. Voici trois mois, l'émission Temps Présent révélait que Nestlé avait mandaté l'entreprise Securitas pour infiltrer le groupe Attac-Vaud. En possession du rapport, Franklin Frederick constate que l'opération le touche de près. Et qu'elle est remontée jusque dans son pays. Pour le militant, ce n'est pas le pire: la faible levée de boucliers face à cette affaire «gravissime» le choque. Entretien. 


Qu'est-ce qui vous frappe dans ce rapport?

Franklin Frederick: Sa réalisation est très professionnelle. Sa première page s'ouvre sur le 2 septembre 2003. Il est question de l'organisation du Forum social suisse qui a eu lieu à Fribourg en septembre 2003 et auquel j'allais être invité pour parler du cas de Nestlé au Brésil. La dernière page du rapport est datée du 16 mai 2004. L'opération d'espionnage ayant duré plus d'une année, ce rapport est incomplet. Et comme nous n'avons pas reçu une réponse positive à la demande de notre avocat d'obtenir tous les documents, ce que nous avons entre les mains n'est que la pointe visible de l'iceberg. 

Etiez-vous spécialement visé?

En tant que défenseur de l'eau au Brésil, j'étais une cible de cette opération, autant qu'Attac ou que les Colombiens, mentionnés dans le rapport. La quantité et le détail des informations sur ce qui se passe au Brésil et sur ma personne s'accroissent au fur et à mesure du document. Même mon entrée en Suisse, qui s'est faite par Neuchâtel – où les militants d'Attac ont défendu la source de Bevaix contre Nestlé–, est citée. L'agente de Securitas avait des contacts réguliers avec Nestlé. Peu à peu, son travail s'est focalisé sur le forum Nestlé que Attac, la Déclaration de Berne, Greenpeace et moi-même avons organisé en juin 2004 à Vevey. 
Pour la première fois, des gens de multiples provenances se sont retrouvés pour mettre leurs savoirs en commun et parler des lieux où Nestlé pose des problèmes. Nous avons réalisé que ces cas ne sont pas uniques: Nestlé a un modèle, toutes ces situations sont similaires et appartiennent à la politique globale de Nestlé, décidée en Suisse. 

Quel était l'intérêt pour Nestlé de vous espionner?

Pourquoi est-ce que Nestlé a décidé d'espionner Attac-Vaud? Certes, il y a le livre très important que le groupe écrivait sur Nestlé. Mais une des grandes motivations de la multinationale était d'obtenir, par le biais d'Attac, des renseignements sur ce que les groupes de résistance font au Brésil et en Colombie. Dans ces pays, les informations fournies par le rapport, dont mon e-mail, peuvent avoir une utilité concrète. Nestlé était en mesure de coordonner ses activités, de devancer nos stratégies et d'adapter les siennes. Si Nestlé connaît mes contacts, je ne sais pas quel genre de pressions, notamment auprès des politiciens, peuvent être exercées au Brésil: ce pays a une tradition démocratique plus faible que celle de la Suisse. 

Vous dites que les faits de 2004 viennent de s'éclairer...

Au début de 2004, j'annonçais à Attac et à l'espionne inclue dans notre liste d'adresses que je viendrais en Suisse pour le Public Eye et l'Open Forum, événements organisés en parallèle au Forum économique mondial de Davos. J'ai sollicité, en vain, un entretien avec Nestlé. Mais à l'Open Forum, j'ai pu m'adresser à Peter Brabeck (ancien directeur général de Nestlé, ndlr). Comme il avait été renseigné, il savait que je serais là. Il était préparé. Il a alors annoncé cette nouvelle inattendue: l'usine de São Lourenço, située dans le parc d'eau que je défends, serait fermée et le pompage cesserait. En même temps, avec une parfaite synchronisation qui n'aurait pas pu avoir lieu sans les informations de l'espionne, Nestlé établissait des contacts avec le gouvernement de l'Etat de Minas Gerais, où se trouve São Lourenço. Nestlé a conclu un «gentlemen's agreement» pour y rester. Le jour où la presse suisse racontait notre «victoire», l'Etat du Minas Gerais annonçait un accord avec Nestlé: la multinationale s'était racheté le droit de rester... 

Pourquoi le groupe Nestlé userait-il d'une telle stratégie?

La presse suisse avait passablement médiatisé le cas du Brésil. La multinationale déteste cette visibilité que lui confèrent les médias quand ils la critiquent. Nestlé subissait une sorte de pression de la part des églises nous soutenant et de la presse. Annoncer que le cas était résolu ferait taire tout le monde. 


Le soutien de certaines églises dérange-t-il Nestlé?

Oui. Quand les critiques proviennent d'ONG cataloguées à gauche, Nestlé est habituée à riposter. Mais les remarques des églises ont un poids différent. Nestlé ne peut y répliquer de la même façon. Les diverses églises de Suisse qui épaulent notre lutte contre la privatisation de l'eau, dont l'Eglise réformée de Berne ont émis des critiques. A mesure que ces remarques se multipliaient, je devenais une cible plus importante pour Nestlé. 


Comment percevez-vous les réactions suscitées par l'affaire?

Le manque de réactions fortes face à ce scandale est un scandale en soi! Un débat public devrait absolument avoir lieu. Que font les politiciens? Une réponse très sévère à l'attitude de Nestlé est nécessaire. Ce genre de pratiques est à bannir définitivement: quand cela commence, on se retrouve dans une zone trouble et dangereuse. 


Craignez-vous votre retour au Brésil?

La lecture des rapports et le fait que la multinationale se donne le droit de poursuivre de telles opérations si elle se sent menacée m'inquiètent. Jusqu'à quel niveau suis-je surveillé dans mon pays? Je ne me sens pas en sécurité. Une limite a été franchie. C'est très grave: en Amérique latine, nous savons où ce type d'espionnage conduit! En l'occurrence, il me semble qu'un citoyen suisse ne peut être menacé physiquement. Mais il n'en va pas de même en Colombie et au Brésil.