jeudi, août 28, 2008

Amazonie: verdict crucial attendu pour les Indiens

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BRESIL Jeudi28 août 2008

Amazonie: verdict crucial attendu pour les Indiens

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
La Cour suprême doit se prononcer sur le sort d'une réserve où vivent des riziculteurs.

La Cour suprême brésilienne a commencé, mercredi, à statuer sur une affaire considérée comme emblématique pour l'avenir des Indiens du Brésil: la légalité d'un décret pris en 2005 par le président Luiz Inacio Lula da Silva (gauche). Considéré comme la principale conquête des peuples indigènes depuis l'élection de Lula, en 2003, ce décret concède la terre Raposa Serra do Sol, d'une superficie de 17000 km² dans l'Etat amazonien du Roraima, à la frontière avec le Venezuela et le Guyana, aux 18000 Indiens de cinq ethnies différentes qui y vivent.

Mais le décret présidentiel est contesté par un groupe de riziculteurs blancs qui ont occupé dans les années1990 une partie de la réserve et refusent d'en sortir. En mars, ils ont détruit des ponts et planté des clous sur les voies d'accès à Raposa Serra do Sol pour empêcher la police fédérale de les évacuer. Neuf Indiens ont également été blessés par balle dans des rixes.

Développement en péril

Pour les riziculteurs blancs de Raposa Serra do Sol, la réserve est trop grande pour si peu d'Indiens. Ils contestent les études anthropologiques sur lesquelles se fonde le décret et demandent que le tracé de la réserve soit revu de manière à exclure leurs exploitations et les constructions effectuées sur place. Ils affirment aussi que les terres sur lesquelles le gouvernement veut les réinstaller ne sont pas aussi productives que celles de Raposa Serra do Sol.

Les riziculteurs blancs sont soutenus par les autorités du Roraima, qui affirment que leur départ de la réserve mettrait en péril le développement économique, car leur production de riz représenterait au moins 6% du PIB de l'Etat. Les riziculteurs bénéficient également de l'appui d'un petit groupe d'Indiens qui travaillent pour eux et craignent de ne plus avoir de moyens de subsistance s'ils devaient partir, mais aussi d'une partie de l'armée, qui redoute, elle, qu'une zone de faible peuplement à la frontière du pays menace la sécurité du territoire et la souveraineté nationale.

Autres réserves concernées

Les défenseurs des Indiens, parmi lesquels le gouvernement et l'Eglise catholique, rejettent ces affirmations. Pour eux, la délimitation de la réserve «en continu» n'empêche pas l'entrée de l'armée pour surveiller la frontière, l'Etat restant formellement le propriétaire de la terre. Ils affirment que les 18000 Indiens qui y vivent ont besoin d'une terre aussi grande pour préserver leur culture et leur «organisation sociale». Et se prévalent de la Constitution, qui stipule que les Indiens disposent de «l'usufruit exclusif» des terres qu'ils occupent historiquement.

Le verdict de la Cour suprême est jugé capital car, si la délimitation «en continu» de Raposa Serra do Sol n'est pas maintenue, toutes les autres réserves pourraient être sujettes à révision, s'est inquiété le ministre de la Justice, Tarso Genro. Et les militants de la cause indigène craignent que cela n'encourage les agriculteurs, coupeurs de bois et autres orpailleurs, qui ont coutume d'envahir les terres où vivent les Indiens, à continuer à le faire.

Le climat est donc très tendu. Sur place, les indigènes favorables à l'unité territoriale de la réserve ont promis de lutter jusqu'au bout pour leurs droits quitte à ce que «(meurent) des Indiens ou des Blancs», a mis en garde Pedro Brasil, un leader indigène de la région.



mardi, août 12, 2008

Nouveau souffle pour Evo Morales

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BOLIVIE Mardi12 août 2008

Nouveau souffle pour Evo Morales

PAR PAULO A. PARANAGUA, LE MONDE
Critiqué pour son encouragement à «l'ethnicisation» et la polarisation de la vie politique, le président socialiste jouait gros lors d'un référendum révocatoire dimanche.

Evo Morales a rangé le pull rayé rouge et bleu avec lequel il avait enfreint le protocole du Palais royal de Madrid. Depuis son élection à la présidence de la Bolivie en décembre 2005, le pouvoir l'a métamorphosé: il met des vestes en cuir discrètement décorées aux couleurs andines.

«Evo est un caudillo narcissique», estime l'écrivain Juan Claudio Lechin. Pour lui, le pouvoir ne se partage pas, même avec son entourage. L'improvisation reste son mode de fonctionnement habituel. Mettre en jeu son mandat lors d'un «référendum révocatoire», le dimanche 10août, alors que ce type de scrutin ne figure pas dans la Constitution en vigueur, voilà bien le coup de poker d'un calculateur. L'homme est un séducteur, colérique à ses heures. «Vendu à la CIA», a-t-il lancé contre son ancien mentor Filemon Escobar, qui l'avait détourné de la guérilla et converti à «l'électoralisme» honni par l'extrême gauche. Ce vieux dirigeant du Syndicat des mineurs avait tout misé sur le jeune Evo, entraîneur de football des cocaleros, les cultivateurs de feuilles de coca de la région tropicale du Chapare.

Ascension fulgurante

L'ascension électorale du dirigeant cocalero a été fulgurante. Choisi pour présider les six «fédérations du tropique de Cochabamba» en 1996, il exerce cette fonction encore aujourd'hui. A la tête de l'Etat, il n'a cessé d'ailleurs de favoriser l'extension des plantations de coca. En 1997, il est élu député, sur les conseils de Filemon Escobar, pour mieux lutter contre l'éradication de la coca dans le Chapare, exigée par les Etats-Unis au nom de la lutte contre le trafic de drogue.

En 2002, il arrive en deuxième position à la présidentielle, avec 20% des voix. Trois ans plus tard, Evo Morales obtient la majorité absolue. Son élection est saluée dans le monde entier. Dans son pays, elle suscite l'espoir, y compris chez les Boliviens qui n'ont pas voté pour lui. Ainsi, à Santa Cruz, toujours rétive aux représentants de La Paz, il a remporté un tiers des suffrages. A La Paz, il n'a pas attiré que les secteurs modestes: pour la classe moyenne, lassée par l'instabilité chronique, il a aussi incarné l'aspiration au changement.

Cependant, au lieu d'apaiser les esprits et de rassembler, le nouveau chef de l'Etat va favoriser les corporatismes et provoquer de nouvelles divisions. Loin de combler la fracture sociale, il va élargir la fracture régionale et la fracture ethnique. Dans une volte-face surprenante, Evo Morales s'oppose à l'autonomie des régions, qui suscite une forte mobilisation de l'opinion dans les départements de l'est et du sud de la Bolivie, un pays où la décentralisation reste une idée neuve.

Alors qu'il s'était toujours réclamé du métissage, voilà qu'il conforte «l'ethnicisation» de la politique prônée par l'extrême gauche. Lui, qui ne parle pas la langue aymara de ses ancêtres et partage l'individualisme des colons du Chapare, annonce désormais le pachakuti, l'émancipation des communautés andines, dans des termes qui choquent les Boliviens, dont 65% se considèrent comme métis. Pourtant, la nationalisation des hydrocarbures, le 1er mai 2006, avait porté sa popularité au sommet. Mais dans la foulée, lors de l'élection à l'Assemblée constituante, le 2 juillet 2006, ses candidats peinent à retrouver le score présidentiel. Siégeant à Sucre, durant un an et demi, elle montre l'incompétence et l'arrogance des partisans d'Evo Morales, qui ne cessent de perdre des pans entiers de leur électorat.

A Oruro, berceau du chef de l'Etat, une bataille entre mineurs fait 16 morts, en octobre 2006. Le président bolivien, qui n'a pas jugé utile de se rendre aux funérailles, dénonce une «terrible conspiration» orchestrée par l'ambassade des Etats-Unis. Crier au complot ou au coup d'Etat, comme il vient de le faire à la veille du référendum, est sa réponse habituelle devant les difficultés.

Polarisation politique

Dans son fief de Cochabamba, la polarisation politique qu'il a stimulée prend des allures de guerre des pauvres entre eux, lors des affrontements entre les colons du Chapare et des citadins en janvier 2007, qui ont fait deux morts. A Sucre, les élus de la majorité présidentielle ne refusent pas uniquement le dialogue avec l'opposition, mais aussi avec la population locale, qui leur était pourtant largement acquise, au prix de trois morts en décembre 2007.

Filemon Escobar reproche à son ancien disciple d'avoir oublié «l'apprentissage du respect réciproque entre les Indiens et les blancs». Aujourd'hui, Evo Morales est contesté par la droite, débordé par l'extrême gauche et lâché par une bonne partie de ses propres électeurs. A la suite de la renégociation des contrats avec les compagnies pétrolières, il n'a pas su relancer l'investissement social et promouvoir une redistribution du revenu national.

Alors que les intérêts de la Bolivie sont liés à ses voisins, Argentine, Brésil et Chili, Evo Morales a préféré s'aligner sur le Venezuela, dont le président, Hugo Chavez, a arrosé les municipalités boliviennes avec ses pétrodollars.

Les Boliviens plébiscitent la révolution d'Evo Morales

   BERNARD PERRIN, LA PAZ    

SolidaritéRÉFÉRENDUM - Confirmé par deux tiers des Boliviens, le président appelle au dialogue mais se heurte au refus des sécessionnistes qui conservent leurs départements. 
«Evo, parce que tu ne nous as jamais abandonnés, le peuple ne t'abandonnera pas!» L'immense slogan peint sur un mur de La Paz est bel et bien une réalité en Bolivie! Dimanche, le président Evo Morales a en effet obtenu, selon les premières projections (les résultats définitifs ne seront connus que dans quelques jours), plus de 63% de soutien lors du référendum révocatoire, qui remettait en jeu son mandat après deux ans et demi de gestion. Pour la droite conservatrice, la déroute est presque totale, malgré le maintien dans leurs fonctions des préfets autonomistes de la media luna (les départements de Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija, en forme de demi-lune à l'est du pays). Le premier président indigène du pays réalise un score très largement supérieur à celui obtenu lors de l'élection présidentielle (53,7% en décembre 2005). 
Le résultat est absolument sans appel: dans son ensemble, le peuple de Bolivie a littéralement plébiscité sa politique de changement, décriée par les élites et la presse acquise à la droite, et il demande massivement la poursuite des réformes vers une plus grande justice sociale et une plus équitable répartition des richesses, qui passe notamment par la réforme agraire. 


Dans le calme à El Alto

A l'image de toute la Bolivie, El Alto a vécu une journée tranquille dimanche, qui a contrasté avec la tension et la violence des derniers mois. Cette ville d'un million d'habitants, qui domine La Paz à 4000 mètres d'altitude, est un bastion d'Evo Morales mais aussi le chaudron, toujours sous haute pression, des mouvements sociaux. 
«A El Alto, chaque quartier a ses martyrs. A Rio Seco par exemple, huit personnes sont mortes en 2003 lors de la chute du gouvernement libéral de Sanchez de Lozada et de la déroute de l'impérialisme», explique Jorge. Ici, lorsqu'il faut défendre des revendications sociales, on dynamite un pont pour bloquer la circulation. 
Mais dimanche, aucune mèche n'a été allumée. Les rues interdites au trafic automobile dans toute la Bolivie se sont transformées en cadre de balade dominicale et en marchés ouverts, où fleuraient bon les odeurs de chicharon de pollo. Et à El Alto, en famille, parfois en béquille ou en fauteuil roulant, le peuple d'Evo s'est massivement déplacé dans les collèges de la ville pour voter, dans une atmosphère de détente et de fête. 
Dans une des salles de classe du Colegio Villa Tunari, le décompte manuel avançait lentement dimanche en début de soirée. Mais des 350 premiers bulletins dépouillés, 90% étaient en faveur du président. Un taux qui sera finalement celui de l'ensemble d'El Alto! 
Présente durant la journée dans six collèges différents, l'observatrice de l'Organisation des Etats américains (OEA) Adoración Quesada Bravo n'a pu que constater de son côté «le déroulement parfait de la journée et l'excellente préparation du scrutin, son fonctionnement transparent, durant le vote mais aussi lors du comptage des voix». 


La voie démocratique

Supporter d'Evo Morales, Jorge pouvait donc laisser place à l'allégresse dimanche soir. Mais à El Alto, la victoire est toujours synonyme de nouvelle revendication: «Malgré la victoire de notre président, la guerre de la droite va se poursuivre. La seule solution, c'est donc un changement de politique du gouvernement. Il faut fermer le parlement et instaurer l'état d'urgence. C'est la seule manière de faire passer nos réformes. De toute façon l'opposition ne respecte pas les lois, pas la démocratie, alors pourquoi négocier avec elle?» 
Ce n'est pourtant pas la voie choisie par Evo Morales. Devant une marée de drapeaux boliviens et de wiphalas (la bannières des communautés indigènes), le président s'est adressé au pays sans ambiguïté depuis le balcon du palais présidentiel dimanche soir. La révolution continue! Mais elle continuera de s'inscrire dans le cadre démocratique. 
Fort du plébiscite populaire, Evo Morales a tout de même repris la main. Dans son agenda, la priorité absolue, c'est désormais l'approbation de la nouvelle Constitution, qui reconnaît enfin des droits essentiels aux communautés indigènes et qui fait de la Bolivie un Etat plurinational, mais dont le texte est rejeté par l'opposition. Dimanche, Evo Morales a toutefois fait un pas significatif envers ses opposants, déclarant vouloir «inclure les autonomies départementales» dans le projet de Charte issu de l'Assemblée constituante. 
Une ouverture présidentielle ignorée par le préfet de Santa Cruz, réélu dans son département avec près de 70% des voix. Son discours est en effet resté régionaliste et sans concession: «Ce référendum révocatoire est une victoire de l'autonomie. J'invite le président à oublier sa Constitution, qui mène à l'impasse!» Pas une allusion au triomphe national de son opposant politique. Mais une remarque assassine qui montre que le fossé bolivien reste bien profond: Evo Morales a obtenu moins de 50% de soutien dans les quatre départements de la media luna. «Il n'est donc plus considéré comme président.»