mardi, août 05, 2008

Doha: le Brésil offre le bâton et la carotte

Doha: le Brésil offre le bâton et la carotte

Repère.

Les poussières de l'échec, la semaine passée, de la conférence de Genève qui visait à relancer le Cycle de Doha ne sont pas encore retombées. Mais plus vite qu'on ne pouvait le prévoir, les grands acteurs du commerce international pourraient revenir à la table de négociations, dès cet automne.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva s'est investi de la mission de convaincre ses pairs. En Chine pour assister à la cérémonie d'ouverture des JO, il compte profiter de l'occasion pour renouer le dialogue avec ses homologues, notamment l'Américain George Bush, le Chinois Hu Jintao et l'Indien Manmohan Singh.

Exportateur agricole et l'un des gagnants potentiels de la libéralisation des marchés, le Brésil a un intérêt évident à faire aboutir le Cycle de Doha. Pour cela, il dispose de deux moyens pour engager Washington à lâcher du lest. Le bâton: des sanctions dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce contre les Etats-Unis, «le pays qui accorde le plus de subventions agricoles au monde». Autorisée par l'OMC, cette action avait été mise en veilleuse dans l'espoir d'un succès à Genève. Le Brésil n'exclut pas de nouvelles plaintes.

La carotte: une position américaine plus souple ouvrirait la voie à un accord sur le Cycle de Doha, dont les Etats-Unis seraient aussi parmi les plus grands gagnants.

vendredi, juillet 11, 2008

Chavez nationalise une banque

Hugo Chavez nationalise une banque espagnole

Ram Etwareea

Le Venezuela franchit un pas de plus dans l'étatisation de son économie et s'attaque à un secteur particulièrement sensible.

Le spectre des nationalisations a gagné le secteur bancaire au Venezuela. Il fait suite à l'annonce le week-end dernier par le président Hugo Chavez que la Banco de Venezuela allait passer sous le giron de l'Etat. Appartenant au groupe espagnol Santander, elle est la troisième banque du pays, avec une forte implantation régionale. Elle pèse 7,9 milliards de dollars et a réalisé un bénéfice de 179 millions d'euros en 2007.

L'Etat contrôle déjà plusieurs petites banques. Les spéculations vont désormais bon train sur le sort d'autres banques privées. Suite à une bagarre diplomatique l'an dernier avec l'Espagne, le président Chavez avait menacé de nationaliser les banques espagnoles.

Riche de ses pétrodollars, le Venezuela de Hugo Chavez a fait des nationalisations une pièce maîtresse de sa politique économique et sociale. Plusieurs autres secteurs sont passés sous l'emprise de l'Etat depuis l'année dernière (encadré ci-contre). Cette stratégie est soutenue par une bonne partie de la population, même si des doutes sur la capacité de gestion des entreprises étatiques subsistent. Dans le secteur énergétique, où l'Etat joue un rôle prépondérant, la productivité baisse au fil des années.

Alors que les précédentes nationalisations avaient choqué les investisseurs, la prise en main de la Banco de Venezuela semble faire moins de bruit. Selon Hugo Chavez, le groupe Santander travaillait déjà sur un projet de retrait et avait ouvert les négociations avec un acheteur potentiel local. «J'ai dit non. C'est moi qui vous achète. Que vaut votre banque? Nous allons mettre le prix», a ainsi raconté le président vénézuélien lors de son émission radiophonique hebdomadaire de dimanche.

Eviter la perte de confiance

Le régime vénézuélien est conscient des risques en s'attaquant au secteur bancaire. Ainsi, pour éviter une perte de confiance et un retrait massif des fonds de la Banco de Venezuela, un ministre a été chargé de rassurer les clients. Selon ce dernier, cette banque jouera un rôle important dans le paiement des pensions et des subventions sociales à la population.

lundi, juin 16, 2008

Bataille autour de l'Amazonie

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BRESIL Lundi16 juin 2008

Bataille autour de l'Amazonie

PAR CHANTAL REYES, SÃO PAULO
L'ex-ministre de l'Environnement critique la politique du président Lula, accusé de céder aux pressions du lobby agricole.

«J'ai connu Minc quand il avait encore des cheveux. [Maintenant], il risque d'en perdre davantage», a lancé l'ex-ministre brésilienne de l'Environnement, Marina Silva. Une façon de mettre en garde son successeur, l'écologiste et ex-secrétaire à l'Environnement de l'Etat de Rio, Carlos Minc, contre les obstacles qui l'attendent. Icône de la préservation, Marina Silva était la garante de la crédibilité environnementale du Brésil à l'étranger. Sa démission, le mois dernier, a semé la perplexité sur l'avenir de l'Amazonie, la plus grande forêt tropicale de la planète, qui couvre 61% du territoire du Brésil mais dont 15% sont déjà partis en fumée, pour faire place à des plantations et des pâturages.

Créations de réserves

Marina Silva a claqué la porte en invoquant des difficultés à mettre en œuvre sa politique de préservation, qui s'est heurtée à des «résistances croissantes de secteurs importants du gouvernement et de la société», a-t-elle précisé dans sa lettre de démission. L'ex-ministre a estimé avoir perdu le soutien du président Lula dans sa lutte contre le défrichement de l'Amazonie. Luiz Inácio Lula da Silva, qui l'avait nommée en 2003, a appuyé certaines de ses mesures, comme la création de 240000 km2 de réserves en Amazonie, mais il lui a aussi infligé des défaites. Comme l'autorisation des cultures transgéniques et la mise en branle de grands ouvrages, notamment des usines hydrauliques en Amazonie, censées accélérer la croissance économique mais qui risquent d'aggraver le défrichement. Son dernier camouflet: ce n'est pas à elle, mais à un autre ministre qu'il a confié la coordination d'un plan de développement durable de l'Amazonie...

Ces trois dernières années, Marina Silva avait réussi, en resserrant les contrôles, à réduire de 60% le défrichement de la forêt amazonienne, mais celui-ci est reparti à la hausse. Entre août 2007 et avril 2008, 5850 km2 de forêt ont été détruits, soit plus que pendant toute la période antérieure de douze mois (entre août 2006 et juillet 2007). Et le pire est encore à venir puisque la saison sèche, pendant laquelle culminent les déboisements, ne fait que commencer. En cause, selon Marina Silva, le développement de l'élevage et de la culture du soja, favorisé par la hausse des cours mondiaux des denrées alimentaires.

Face à cette nouvelle donne, Lula a accepté de prendre des mesures draconiennes: interdiction d'abattre le moindre arbre dans les 36 villes championnes du défrichement et surtout interdiction pour les banques publiques d'octroyer des crédits aux propriétaires terriens d'Amazonie, qui ne maintiennent pas sur pied 80% de la forêt dans le périmètre de leur propriété, comme le veut le code forestier. Les restrictions au crédit public - la mesure la plus efficace contre la destruction de la forêt - entreront en vigueur le 1er juillet. Mais le puissant lobby de l'agrobusiness, soutenu par le Ministère de l'agriculture, fait pression pour vider ces textes de leur contenu. L'un des principaux défis de Carlos Minc sera de parvenir à les maintenir.

Pressions agricoles

Un bras de fer dont l'issue dépendra, là encore, de l'arbitrage de Lula, très attentif aux attentes du secteur agro-industriel, grand pourvoyeur de devises. Selon Marina Silva, le risque de «régression» existe. Le chef de l'Etat, lui, assure que la politique environnementale «ne changera pas» avec le départ de la ministre. Il aurait également promis de ne pas promulguer, s'il venait à être adopté, un texte concocté par le lobby agricole et qui relève de 20 à 50% le pourcentage de forêt pouvant être détruite sur les propriétés situées en Amazonie.

Autre défi pour Carlos Minc: accélérer le processus d'octroi des autorisations environnementales nécessaires pour lancer les grands travaux dont a besoin le pays, tout en examinant avec rigueur leur impact sur l'environnement.