lundi, février 11, 2008

Chávez a-t-il les moyens d'une guerre pétrolière contre les USA?

   BENITO PEREZ    

InternationalANALYSE - Attaqué par le géant texan ExxonMobil, le Venezuela menace de couper le robinet pétrolier aux Etats-Unis. La guerre de l'or noir est-elle déclarée? 
Exxon versus PDVSA ou... George Bush contre Hugo Chávez? C'est un combat de titans que la société pétrolière ExxonMobil, plus grande entreprise de la planète[1], vient d'engager contre le Venezuela, cinquième exportateur mondial, en annonçant le 7 février dernier, le blocage par diverses juridictions de 12milliards de dollars d'actifs appartenant à Petroleos de Venezuela (PDVSA). Pour l'entreprise texane, il s'agit de s'assurer une compensation financière maximale après son éviction l'an dernier des fabuleux gisements du bassin de l'Orénoque. Le président Hugo Chávez, furieux de cette manoeuvre jugée plus politique que juridique, a averti qu'en cas de «guerre économique» menée par l'«empire étasunien», l'Etat sud-américain couperait le robinet pétrolier à son homologue du Nord. 
Le conflit date de la prise de contrôle par l'Etat des exploitations de l'Orénoque. Selon une loi de février 2007 très critiquée par Washington, ces gisements «d'intérêt public» doivent désormais revenir à des sociétés détenues majoritairement par PDVSA, les privés pouvant demeurer comme actionnaires minoritaires. Sur les six transnationales concernées, seules les étasuniennes ConocoPhilips et Exxon avaient refusé l'indemnisation proposée et avaient quitté le pays. A contrario, Total empochait par exemple près de 800millions. 
A la fin 2007, les deux majors US portaient plainte devant la Banque mondiale et réclamaient 4milliards de dollars. Avant qu'ExxonMobil n'annonce soudainement que des tribunaux hollandais, antillais et étasuniens auraient accepté de bloquer jusqu'à 12 milliards d'avoirs vénézuéliens! Un gel démenti par PDVSA, qui a répliqué à cette «agression» en «suspendant [ses] relations d'affaires» avec ExxonMobil. 


Qui perd? Qui gagne?

Tant redoutée, la guerre du pétrole entre Washington et Caracas est-elle pour autant déclarée? Ce n'est pas la première fois que le bouillant Hugo Chávez brandit la menace de laisser les Etats-Unis sans leur quatrième fournisseur (12% à 14% de sa consommation). La mesure aurait un certain poids: le géant nord-américain est vorace en énergie et il ne lui serait pas aisé de trouver ailleurs aux mêmes conditions les 1 à 1,5million de barils livrés quotidiennement par PDVSA. 
En revanche, la menace d'un bras de fer menant le «baril à 200 dollars» est peu crédible. Les Occidentaux compteront sur la «solidarité» de gros producteurs, tels que l'Arabie saoudite ou l'Irak, pour éviter une telle flambée. 
La suspension des livraisons à ExxonMobil a tout de même provoqué l'inquiétude des opérateurs étasuniens qui s'interrogent en particulier sur l'avenir de la raffinerie de Chalmette, en Louisiane, une usine spécialisée dans le pétrole extra-lourd de l'Orénoque (185000 barils/jour) et qui appartient à parts égales à Exxon et PDVSA! 
A terme, les analystes US demeurent toutefois confiants, car une interruption totale des livraisons vénézuéliennes ferait surtout un grand perdant: PDVSA. La société publique exporte en effet plus de la moitié de sa production vers le marché étasunien. Avec sa filiale CITGO, elle dispose en Amérique du Nord d'une importante infrastructure de traitement et de distribution de son pétrole de basse qualité. Et si l'on sait que 90% des exportations vénézuéliennes dépendent des hydrocarbures, on comprend l'embarras de Caracas. 


Marchés alternatifs

Depuis son éphémère renversement d'avril 2002, Hugo Chávez a multiplié les recherches de débouchés alternatifs. Mais la plupart des accords obtenus se sont faits sur une base politique, le Venezuela livrant «par solidarité» en dessous des prix du marché ou sur la base de trocs. 
Bloqué sur les marchés occidentaux par le poids politique de Washington, Caracas a beaucoup exploré l'Asie, malgré la distance qui renchérit le brut sud-américain. PDVSA est ainsi parvenu à quadrupler ses livraisons à la Chine et nourrit là-bas un projet de raffineries qui pourrait la soulager de 800000 barils... dans quelque années. 
En attendant, le Venezuela ne peut qu'encaisser le rude coup porté par la major texane –400 milliards de dollars de chiffre d'affaires, 40 milliards de bénéfice en 2007. Caracas a vu immédiatement s'envoler son «risque-pays» et gonfler sa dette extérieure: même limité, le risque de voir PDVSA –100 milliards de chiffre d'affaires– ponctionnée a de quoi perturber les financiers de l'Etat vénézuélien, celui-ci ayant engrangé en 2005 17milliards de dollars grâce à son pétrole. 


Attaque concertée

Pour Hugo Chávez, pas de doute quant à la provenance de l'attaque: le Texan George W. Bush aurait juré de le faire tomber avant de quitter la Maison Blanche, a-t-il déclaré dimanche. Le caractère politique de l'attaque se lirait à la lumière des 12milliards revendiqués par Exxon malgré des investissements dans l'Orénoque estimés à 750millions... 
Le président a également dressé le parallèle avec l'invasion de l'Irak, où marines et hommes d'affaire ont oeuvré de concert pour mettre la main sur des réserves pétrolières pourtant moins importantes. Car si les sondages réalisés dans le bassin de l'Orénoque se confirment, le Venezuela devrait bientôt se voir certifier des réserves de 300 à 350 milliards de barils. Soit les plus importantes au monde devant l'Arabie Saoudite... I 

samedi, janvier 05, 2008

Un évêque brésilien prêt à tout, ou presque, pour sauver un fleuve

   RACHAD ARMANIOS    

ReligionsÉTAT DU BAHIA - Mgr Cappio, qui menait une grève de la faim contre le détournement du São Francisco, l'a interrompue. La lutte continue. 
Il avait promis que sa grève de la faim durerait tant que le projet de détournement du fleuve São Francisco ne serait pas abandonné. «Je suis prêt à mourir pour ça!», avait affirmé Mgr Luiz Flavio Cappio, un franciscain de 61 ans. Mais, dans son combat contre cette entreprise jugée désastreuse pour l'environnement, un malaise l'a emporté sur sa détermination: le 20 décembre, l'évêque de Barra, dans l'Etat brésilien de Bahia (Nord-Est), faisait savoir qu'il interrompait son action sur recommandation médicale. Il venait de sortir de l'hôpital où il avait été interné la veille dans un état semi-comateux après vingt-trois jours de jeûne. «Je mets fin à mon jeûne, mais pas à ma bataille», a-t-il écrit dans une lettre lue par un ami lors d'une messe à Sobradinho (Bahia). Deux ans après une première grève de la faim de onze jours, Mgr Cappio ne baisse toujours pas les bras, même s'il sait la lutte plus inégale que jamais: «Nous avons vu avec abattement les puissants fêter la démonstration de servilité du pouvoir judiciaire», a-t-il regretté, en référence à la décision de la Cour suprême brésilienne, le même jour que son malaise, d'autoriser la reprise des travaux pharaoniques mis en oeuvre par l'armée. Ils avaient été suspendus le 10 décembre par le Tribunal fédéral de la première région du Brésil pour irrégularités dans l'enquête préalable du Conseil national des ressources hydriques (CNRH). 


«De l'eau pour tous»

Le projet, estimé à 3 milliards de dollars, est porté par le président Lula. Il prévoit la construction de 720 kilomètres de canaux, de lacs artificiels et de réservoirs. Il va apporter de l'eau potable à 12 millions de personnes, dans une région touchée chaque année par la sécheresse, se félicite le président. 
Mais son détracteur, soutenu par l'épiscopat brésilien et des alliés historiques de Lula comme la Commission pastorale de la terre et les paysans sans terre, voit dans cet argument une tromperie. Il affirme qu'avant d'atteindre les populations concernées, le projet est d'abord destiné à irriguer les terres des multinationales de l'agro-industrie qui veulent doper la production des biocarburants. 
En outre, le détournement de 1,4% des eaux du quatrième plus grand cours d'eau d'Amérique du Sud, long de 3000 kilomètres, aura de graves conséquences économiques, sociales, environnementales et culturelles, préviennent de nombreux mouvements issus de la société civile. 


Bataille médiatique

Alors que les controverses d'ingénieurs ont tourné à la bataille médiatique, de nombreux hydrologues affirment que le détournement des eaux asséchera les régions en aval du fleuve. Avec de très graves conséquences, en particulier pour les populations vivant de la pèche. 
L'ONG Franciscans international, basée à Genève, écrit sur son site: «Les études complémentaires de l'Agence nationale des eaux et de la société civile étaient très claires: le projet reviendra deux fois plus cher que l'exploitation des eaux souterraines et des lacs artificiels, sera plus dommageable pour l'environnement (...) et ne profitera qu'à une très faible partie des populations de la région.» 
Dans sa lettre, l'évêque Cappio a insisté sur la poursuite de la lutte. Une lutte visant à «garantir l'accès à l'eau et au véritable développement à toute la population de la région semi-aride, et pas à une partie seulement». Il a mentionné son «devoir envers le Dieu de la vie, envers l'Eau vive représentant Jésus et se donnant à ceux qui vivent écrasés par les structures générant oppression et mort.» 
Alors qu'il y a deux ans l'évêque interrompait sa grève après que Lula lui avait promis d'étudier des options alternatives au détournement du fleuve – une meilleure récupération et un meilleur stockage des eaux de pluie –, ce dernier est resté ferme sur le maintien du projet dont il se dit «persuadé du bien-fondé»

Un évêque brésilien prêt à tout, ou presque, pour sauver un fleuve

   RACHAD ARMANIOS    

ReligionsÉTAT DU BAHIA - Mgr Cappio, qui menait une grève de la faim contre le détournement du São Francisco, l'a interrompue. La lutte continue. 
Il avait promis que sa grève de la faim durerait tant que le projet de détournement du fleuve São Francisco ne serait pas abandonné. «Je suis prêt à mourir pour ça!», avait affirmé Mgr Luiz Flavio Cappio, un franciscain de 61 ans. Mais, dans son combat contre cette entreprise jugée désastreuse pour l'environnement, un malaise l'a emporté sur sa détermination: le 20 décembre, l'évêque de Barra, dans l'Etat brésilien de Bahia (Nord-Est), faisait savoir qu'il interrompait son action sur recommandation médicale. Il venait de sortir de l'hôpital où il avait été interné la veille dans un état semi-comateux après vingt-trois jours de jeûne. «Je mets fin à mon jeûne, mais pas à ma bataille», a-t-il écrit dans une lettre lue par un ami lors d'une messe à Sobradinho (Bahia). Deux ans après une première grève de la faim de onze jours, Mgr Cappio ne baisse toujours pas les bras, même s'il sait la lutte plus inégale que jamais: «Nous avons vu avec abattement les puissants fêter la démonstration de servilité du pouvoir judiciaire», a-t-il regretté, en référence à la décision de la Cour suprême brésilienne, le même jour que son malaise, d'autoriser la reprise des travaux pharaoniques mis en oeuvre par l'armée. Ils avaient été suspendus le 10 décembre par le Tribunal fédéral de la première région du Brésil pour irrégularités dans l'enquête préalable du Conseil national des ressources hydriques (CNRH). 


«De l'eau pour tous»

Le projet, estimé à 3 milliards de dollars, est porté par le président Lula. Il prévoit la construction de 720 kilomètres de canaux, de lacs artificiels et de réservoirs. Il va apporter de l'eau potable à 12 millions de personnes, dans une région touchée chaque année par la sécheresse, se félicite le président. 
Mais son détracteur, soutenu par l'épiscopat brésilien et des alliés historiques de Lula comme la Commission pastorale de la terre et les paysans sans terre, voit dans cet argument une tromperie. Il affirme qu'avant d'atteindre les populations concernées, le projet est d'abord destiné à irriguer les terres des multinationales de l'agro-industrie qui veulent doper la production des biocarburants. 
En outre, le détournement de 1,4% des eaux du quatrième plus grand cours d'eau d'Amérique du Sud, long de 3000 kilomètres, aura de graves conséquences économiques, sociales, environnementales et culturelles, préviennent de nombreux mouvements issus de la société civile. 


Bataille médiatique

Alors que les controverses d'ingénieurs ont tourné à la bataille médiatique, de nombreux hydrologues affirment que le détournement des eaux asséchera les régions en aval du fleuve. Avec de très graves conséquences, en particulier pour les populations vivant de la pèche. 
L'ONG Franciscans international, basée à Genève, écrit sur son site: «Les études complémentaires de l'Agence nationale des eaux et de la société civile étaient très claires: le projet reviendra deux fois plus cher que l'exploitation des eaux souterraines et des lacs artificiels, sera plus dommageable pour l'environnement (...) et ne profitera qu'à une très faible partie des populations de la région.» 
Dans sa lettre, l'évêque Cappio a insisté sur la poursuite de la lutte. Une lutte visant à «garantir l'accès à l'eau et au véritable développement à toute la population de la région semi-aride, et pas à une partie seulement». Il a mentionné son «devoir envers le Dieu de la vie, envers l'Eau vive représentant Jésus et se donnant à ceux qui vivent écrasés par les structures générant oppression et mort.» 
Alors qu'il y a deux ans l'évêque interrompait sa grève après que Lula lui avait promis d'étudier des options alternatives au détournement du fleuve – une meilleure récupération et un meilleur stockage des eaux de pluie –, ce dernier est resté ferme sur le maintien du projet dont il se dit «persuadé du bien-fondé»