lundi, septembre 22, 2008

«Le politique devrait réprimander Nestlé!»

«Le politique devrait réprimander Nestlé!»

Paru le Lundi 22 Septembre 2008 
   ISABELLE STUCKI    

ActuelINTERVIEW - Engagé contre la privatisation de l'eau, le Brésilien Franklin Frederick est scandalisé par le «Nestlégate» et par le peu de réactions que l'affaire suscite dans la sphère politique. 
Il est indigné, Franklin Frederick, lui qui se bat contre Nestlé pour sauver le parc d'eau de São Lourenço, au Brésil. Voici trois mois, l'émission Temps Présent révélait que Nestlé avait mandaté l'entreprise Securitas pour infiltrer le groupe Attac-Vaud. En possession du rapport, Franklin Frederick constate que l'opération le touche de près. Et qu'elle est remontée jusque dans son pays. Pour le militant, ce n'est pas le pire: la faible levée de boucliers face à cette affaire «gravissime» le choque. Entretien. 


Qu'est-ce qui vous frappe dans ce rapport?

Franklin Frederick: Sa réalisation est très professionnelle. Sa première page s'ouvre sur le 2 septembre 2003. Il est question de l'organisation du Forum social suisse qui a eu lieu à Fribourg en septembre 2003 et auquel j'allais être invité pour parler du cas de Nestlé au Brésil. La dernière page du rapport est datée du 16 mai 2004. L'opération d'espionnage ayant duré plus d'une année, ce rapport est incomplet. Et comme nous n'avons pas reçu une réponse positive à la demande de notre avocat d'obtenir tous les documents, ce que nous avons entre les mains n'est que la pointe visible de l'iceberg. 

Etiez-vous spécialement visé?

En tant que défenseur de l'eau au Brésil, j'étais une cible de cette opération, autant qu'Attac ou que les Colombiens, mentionnés dans le rapport. La quantité et le détail des informations sur ce qui se passe au Brésil et sur ma personne s'accroissent au fur et à mesure du document. Même mon entrée en Suisse, qui s'est faite par Neuchâtel – où les militants d'Attac ont défendu la source de Bevaix contre Nestlé–, est citée. L'agente de Securitas avait des contacts réguliers avec Nestlé. Peu à peu, son travail s'est focalisé sur le forum Nestlé que Attac, la Déclaration de Berne, Greenpeace et moi-même avons organisé en juin 2004 à Vevey. 
Pour la première fois, des gens de multiples provenances se sont retrouvés pour mettre leurs savoirs en commun et parler des lieux où Nestlé pose des problèmes. Nous avons réalisé que ces cas ne sont pas uniques: Nestlé a un modèle, toutes ces situations sont similaires et appartiennent à la politique globale de Nestlé, décidée en Suisse. 

Quel était l'intérêt pour Nestlé de vous espionner?

Pourquoi est-ce que Nestlé a décidé d'espionner Attac-Vaud? Certes, il y a le livre très important que le groupe écrivait sur Nestlé. Mais une des grandes motivations de la multinationale était d'obtenir, par le biais d'Attac, des renseignements sur ce que les groupes de résistance font au Brésil et en Colombie. Dans ces pays, les informations fournies par le rapport, dont mon e-mail, peuvent avoir une utilité concrète. Nestlé était en mesure de coordonner ses activités, de devancer nos stratégies et d'adapter les siennes. Si Nestlé connaît mes contacts, je ne sais pas quel genre de pressions, notamment auprès des politiciens, peuvent être exercées au Brésil: ce pays a une tradition démocratique plus faible que celle de la Suisse. 

Vous dites que les faits de 2004 viennent de s'éclairer...

Au début de 2004, j'annonçais à Attac et à l'espionne inclue dans notre liste d'adresses que je viendrais en Suisse pour le Public Eye et l'Open Forum, événements organisés en parallèle au Forum économique mondial de Davos. J'ai sollicité, en vain, un entretien avec Nestlé. Mais à l'Open Forum, j'ai pu m'adresser à Peter Brabeck (ancien directeur général de Nestlé, ndlr). Comme il avait été renseigné, il savait que je serais là. Il était préparé. Il a alors annoncé cette nouvelle inattendue: l'usine de São Lourenço, située dans le parc d'eau que je défends, serait fermée et le pompage cesserait. En même temps, avec une parfaite synchronisation qui n'aurait pas pu avoir lieu sans les informations de l'espionne, Nestlé établissait des contacts avec le gouvernement de l'Etat de Minas Gerais, où se trouve São Lourenço. Nestlé a conclu un «gentlemen's agreement» pour y rester. Le jour où la presse suisse racontait notre «victoire», l'Etat du Minas Gerais annonçait un accord avec Nestlé: la multinationale s'était racheté le droit de rester... 

Pourquoi le groupe Nestlé userait-il d'une telle stratégie?

La presse suisse avait passablement médiatisé le cas du Brésil. La multinationale déteste cette visibilité que lui confèrent les médias quand ils la critiquent. Nestlé subissait une sorte de pression de la part des églises nous soutenant et de la presse. Annoncer que le cas était résolu ferait taire tout le monde. 


Le soutien de certaines églises dérange-t-il Nestlé?

Oui. Quand les critiques proviennent d'ONG cataloguées à gauche, Nestlé est habituée à riposter. Mais les remarques des églises ont un poids différent. Nestlé ne peut y répliquer de la même façon. Les diverses églises de Suisse qui épaulent notre lutte contre la privatisation de l'eau, dont l'Eglise réformée de Berne ont émis des critiques. A mesure que ces remarques se multipliaient, je devenais une cible plus importante pour Nestlé. 


Comment percevez-vous les réactions suscitées par l'affaire?

Le manque de réactions fortes face à ce scandale est un scandale en soi! Un débat public devrait absolument avoir lieu. Que font les politiciens? Une réponse très sévère à l'attitude de Nestlé est nécessaire. Ce genre de pratiques est à bannir définitivement: quand cela commence, on se retrouve dans une zone trouble et dangereuse. 


Craignez-vous votre retour au Brésil?

La lecture des rapports et le fait que la multinationale se donne le droit de poursuivre de telles opérations si elle se sent menacée m'inquiètent. Jusqu'à quel niveau suis-je surveillé dans mon pays? Je ne me sens pas en sécurité. Une limite a été franchie. C'est très grave: en Amérique latine, nous savons où ce type d'espionnage conduit! En l'occurrence, il me semble qu'un citoyen suisse ne peut être menacé physiquement. Mais il n'en va pas de même en Colombie et au Brésil.

mercredi, septembre 17, 2008

Lula a ramené les protagonistes de la crise bolivienne à la raison

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BOLIVIE Mercredi17 septembre 2008

Lula a ramené les protagonistes de la crise bolivienne à la raison

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Réunion des pays sud-américains qui soutiennent Evo Morales.

Le sommet de l'Unasur, bloc de douze pays sud-américains, qui s'est tenu lundi soir à Santiago du Chili pour tenter de trouver une solution à la crise bolivienne, confirme l'influence du Brésil dans une région où Washington a perdu du terrain. Ce sommet était le premier grand test de l'Unasur, créée l'an dernier pour approfondir l'intégration économique et politique de la région.

Les chefs d'Etat présents ont défendu l'intégrité territoriale de la Bolivie, rejeté toute tentative de «coup civil» de la part de l'opposition et réaffirmé la légitimité du gouvernement d'Evo Morales. Mais ils ont également appelé le président bolivien au dialogue avec ses opposants, en exigeant toutefois de ces derniers qu'ils évacuent au préalable les bâtiments publics occupés au fil des émeutes des dernières semaines. Cette modération de ton est à mettre au crédit du Brésil et du Chili, deux représentants de la gauche modérée du continent.

Selon le journal Folha de São Paulo, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a réussi à convaincre Evo Morales d'accepter ce qu'il avait rejeté quelques jours plus tôt: une médiation, qui sera menée par l'Unasur.

Double défi brésilien

Lula semble avoir relevé un double défi: ouvrir la voie à une facilitation du dialogue entre les parties au conflit bolivien - qui ont entamé des discussions à la veille du sommet - mais aussi contenir le président vénézuélien Hugo Chavez, qui avait menacé d'intervenir en cas de coup d'Etat contre son disciple Morales. Pour sauver le sommet, estimait une source diplomatique citée par le quotidien O Estado de São Paulo, il fallait également empêcher Hugo Chavez d'y imposer son discours de confrontation avec les Etats-Unis, accusés de conspirer contre Evo Morales. Or, le ministre chilien des Affaires étrangères, Alejandro Foxley, a écarté toute condamnation de Washington, une neutralité à laquelle là aussi le Brésil ne serait pas étranger.

La présidente chilienne Michelle Bachelet, qui a convoqué le sommet (son pays assure la présidence tournante de l'Unasur), tenait à ce que Lula y prenne part, en raison du poids politique du Brésil, le plus grand de la région, mais aussi de l'amitié qui le lie à Evo Morales.

Selon le journal O Globo, le président brésilien, qui était réticent, a fini par accepter pour faire contrepoids à son homologue vénézuélien, chef de la gauche radicale. Mais Lula a posé au préalable une condition: que cette réunion se tienne avec l'aval de son homologue bolivien et de son opposition pour ne pas être perçue comme une ingérence dans les affaires internes du pays voisin. A en juger par les déclarations d'opposants boliviens, qui appelaient de leurs vœux, dimanche, une médiation brésilienne, il a obtenu gain de cause. Même si, au début de la crise, le Brésil avait haussé le ton contre l'opposition, taxant ses actes de «terroristes».

• Le gouverneur de la petite région de Pando (nord), Leopoldo Fernandez, opposant au président Evo Morales, a été arrêté mardi par les forces armées. (AFP)



Un préfet accusé de massacre arrêté par l'armée

Un préfet accusé de massacre arrêté par l'armée

Paru le Mercredi 17 Septembre 2008 
   BERNARD PERRIN    

International
Le pont de Cachuelita, à sept kilomètres du petit village de Porvenir. Un endroit perdu quelque part dans le nord du pays, qui risque pourtant de rester dans l'histoire comme le lieu d'un des pires massacres de paysans de la Bolivie démocratique. Le bilan n'est que provisoire, de nombreux corps joncheraient encore les collines avoisinantes ou auraient été emportés par la rivière. Le ministre de l'Intérieur Alfonso Rada annonce «au moins trente morts». Pour l'heure quatorze corps ont été formellement identifiés, mais plus de cent personnes sont portées disparues et on dénombre 36 blessés graves par balles. Funeste jeudi 11 septembre! Un millier de paysans partisans du président Evo Morales se rendent à la ville de Cobija pour protester contre la violence qui ravage les départements autonomistes de l'est de la Bolivie. Ils tombent dans une embuscade. Léopoldo Fernandez, le préfet du département de Pando, parlera «d'un combat initié par les paysans eux-mêmes» et d'une «fusillade provoquée par l'incendie d'une camionnette de paysans remplie de balles». 
Les témoignages démontent apparemment complètement cette version des faits. Sur diverses radios, et dans certains médias écrits, les récits sont accablants. Un des rescapés, Roberto Tito, explique encore sous le choc: «Nous marchions, sans armes, il y avait des femmes et des enfants avec nous. Nous avons entendu des tirs et tout de suite certains d'entre nous sont tombés. Il y avait des francs-tireurs postés dans des arbres près du pont.» 


«Un génocide»

Le massacre commence. Des paysans sautent dans la rivière, pendant que les mercenaires déchargent leurs mitrailleuses. D'autres fuient par les collines ou dans la forêt, où, selon d'autres témoignages, des membres du Comité civique de Cobija les pourchassent en moto ou dans des véhicules de la préfecture. «Ils nous ont poursuivis et mitraillés comme des chiens, comme des animaux, raconte Cristian Dominguez. Tout cela avait été parfaitement planifié.» 
«Ils ont attrapé une femme par les cheveux, elle les suppliait de ne pas la tuer, ils ont mis un revolver sur sa tête et tiré. Son fils de 5 ans hurlait à côté d'elle, ils l'ont abattu. Ce fut un génocide», témoigne pour sa part Rodrigo Medina Alipaz. 
Le vice-président Alvaro Garcia Linera a annoncé dès dimanche soir que Léopoldo Fernandez avait «financé des groupes de narco-trafiquants pour massacrer des paysans boliviens sans défense». Le procureur général de la République a ouvert une procédure pénale à son encontre, pour le crime présumé de génocide, dont la sanction pourrait osciller entre vingt et trente ans de prison. Une commission d'enquête a été envoyée dans le département de Pando, alors que le préfet aurait été transféré à La Paz pour y être incarcéré. 


Allié des grands propriétaires

Ce dernier, qui nie toute implication dans le massacre, «une pure machination gouvernementale» selon lui, fut notamment fonctionnaire publique sous la dictature de Luis Garcia Meza (1980-1981), et parlementaire, préfet et ministre sous le gouvernement de l'ancien dictateur Hugo Banzer et de Tuto Quiroga (de 1997 à 2002). 
Actuellement, Léopoldo Fernandez est actif dans le commerce de la châtaigne et dans l'élevage. Il est très lié aux grands propriétaires terriens de son département, qui accaparent des centaines de milliers d'hectares et qui s'opposent farouchement à la réforme agraire du président Evo Morales. Certains sont accusés d'utiliser une main-d'oeuvre indigène réduite à l'esclavage. 
Ce massacre du 11 septembre a été le point culminant de trois semaines de violences dans la région de la media luna (les départements «riches» de l'est de la Bolivie, Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija), où la droite conservatrice s'oppose à tout prix aux réformes du gouvernement d'Evo Morales.

mardi, septembre 16, 2008

En Bolivie, «mitraillés comme des animaux»

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ANDES Mardi16 septembre 2008

En Bolivie, «mitraillés comme des animaux»

PAR BERNARD PERRIN, SANTA CRUZ
Après des semaines de violences entre pro et anti-Morales, l'espoir d'un accord renaît.

Après trois semaines de violences entre partisans du président Evo Morales et autonomistes de la media luna (les quatre départements de l'est du pays, Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija, qui forment un croissant de lune), la Bolivie respire avec l'ouverture d'un dialogue. Une réunion entre représentants du gouvernement et de l'opposition, dans la nuit de dimanche à lundi, a permis de rapprocher les deux camps avec l'espoir d'un accord qui mette fin aux troubles.

Evo Morales devait regagner lundi La Paz après avoir participé au Chili à une réunion extraordinaire de l'Union des nations sud-américaines où il espérait récolter un soutien unanime de la part de ses homologues continentaux, après les appuis enregistrés auprès du Brésil, de l'Argentine, de l'Equateur et du Venezuela. Le président, en position de force depuis son triomphe lors du référendum révocatoire du 10 août (67,4% de soutien), livre un bras de fer aux provinces autonomistes contrôlées par la droite - qui détiennent les principales richesses naturelles. Ces provinces rebelles rejettent un projet de Constitution et de réforme agraire qu'Evo Morales, premier Amérindien à la tête de l'Etat, veut faire voter par référendum.

Après une semaine d'émeutes, Santa Cruz panse ses plaies. Les principales institutions du gouvernement ont été prises par la force par les membres de la Union juvenil cruceñista (UJC), un groupe paramilitaire, bras armé du Comité civique (une organisation «apolitique» qui soutient le processus autonomiste). Plusieurs bâtiments officiels et celui de l'entreprise de téléphonie Entel ont été attaqués à coups de marteaux, de battes de baseball et de pétards. On compte des dizaines de blessés.

«Race maudite»

Ces violences ont été minutieusement préparées et les institutions ont été remises au préfet du département, Ruben Costas, garant de l'autonomie de Santa Cruz et gouverneur autoproclamé. Mais cette offensive a dérapé avec l'attaque des bureaux de différentes ONG et du Cidob, la Confédération des peuples indigènes. «Nous ne voulons pas de cette race maudite dans notre ville», a publiquement justifié un des dirigeants de l'UJC.

L'attaque jeudi soir du quartier de Plan 3000, un ghetto en marge de cette ville de 250000 habitants, composé principalement de migrants indiens des hauts plateaux favorables à la politique d'Evo Morales, a répondu à la même logique. Face à quelque 800 autonomistes, les habitants du quartier ont résisté toute la nuit sur les barricades et dans les rues. «C'est un combat pour la vie ou la mort, explique Hugo Cayo Rocha, le président du Mouvement au socialisme (MAS parti de Morales). C'est quitte ou double: la victoire de la droite autonomiste et fasciste ou celle d'un peuple uni qui réclame une vraie justice sociale.»

Cette nuit-là, le MAS a relevé une cinquantaine de blessés, «dont six par balles», précise Hugo Cayo Rocha. Dans le département de Pando, (nord), le bilan provisoire fait état de 30 morts et le nombre de disparus dépasse la centaine. Plusieurs jours après le massacre, des corps joncheraient encore les collines. Les témoignages accablants se multiplient. Les paysans qui se rendaient à la ville de Cobija pour manifester leur soutien au président Morales seraient tombés dans une embuscade tendue par des mercenaires. «On nous a mitraillés comme des animaux. Il y avait des femmes, des enfants. On a tenté de fuir, ils nous ont poursuivis à moto», témoigne Roberto Tito, un des rescapés.

Le gouvernement a mis en cause le préfet du département, Leopoldo Fernandez, accusé d'avoir financé des groupes de narco-trafiquants pour perpétrer ce massacre. Le vice-président Alvaro Garcia Linera a demandé son arrestation.

Blocus routiers levés

Dans ce contexte extrêmement tendu, la droite extrémiste a décidé de faire profil bas. Les blocus routiers ont été levés «en signe de bonne volonté», a annoncé le président du Comité civique de Santa Cruz, Branko Marinkovic. Ce blocus en forme de défi aux autorités, instauré deux semaines plus tôt, s'est révélé catastrophique. Le gouvernement n'ayant pas cédé à la pression, la ville et l'économie locale ont été peu à peu asphyxiées, faute de combustible.

Les problèmes de fond ne sont pas résolus et font craindre une reprise des violences. «La structure colonialiste et le système néolibéral ont concentré les richesses, et une oligarchie a très longtemps accaparé le pouvoir, explique Carla Espósito, de l'Observatoire du racisme de l'Université Cordillera. La nouvelle Constitution est un des éléments décolonisateurs qui doit permettre l'émancipation des communautés indigènes.»



La Bolivie vers la sortie de crise

La Bolivie vers la sortie de crise

Paru le Mardi 16 Septembre 2008 
   BERNARD PERRIN, SANTA CRUZ    

InternationalANALYSE - Les gouverneurs rebelles savent très bien qu'une sécession n'est pas envisageable. Ils se sont assis à la table du gouvernement. 
Malgré la trêve, toute relative, et la reprise du dialogue entre le gouvernement d'Evo Morales et les préfets de la media luna (les départements «autonomistes» et riches en hydrocarbures de l'est du pays, opposés au gouvernement: Santa Cruz, Tarija, Beni et Pando), la Bolivie est-elle au bord de la guerre civile et de la partition? Après une semaine de violences, le massacre jeudi d'une trentaine de paysans sympathisants du président par des groupes para-militaires près de la ville de Cobija, et l'instauration de l'état de siège dans le département de Pando, la tension est en tout cas extrême. 
Pourtant, analystes et politiciens se refusent au scénario du pire. «Les deux parties ont été inflexibles jusque-là, mais il y a enfin une opportunité de dialogue et on peut entrevoir une sortie de crise», estime ainsi le politologue Carlos Cordero. 


Un moyen de pression

«La violence actuelle, organisée par les autorités départementales, est une stratégie visant à obliger le gouvernement d'Evo Morales à trouver un accord politique, rien de plus. Les préfets le savent très bien, l'indépendance des départements n'est pas concevable: aucun pays d'Amérique du sud ne soutiendrait une telle aventure. Et économiquement, l'est du pays n'y survivrait pas», soutient pour sa part son homologue Jorge Komadina. 
Au sein du gouvernement central, la violence de la media luna est perçue comme «une fuite en avant» désespérée, après la déroute électorale du 10 août dernier, qui a vu le processus de changement du président Evo Morales soutenu par plus de 67% du peuple bolivien. Et l'appui sans faille des pays du continent, Argentine, Brésil et Venezuela en tête, conforte le président bolivien face à une fronde autonomiste dont le visage violent ne semble désormais être soutenu que par les médias de communication, aux mains de la droite. 


De plus en plus isolés

Même au sein de la classe moyenne de Santa Cruz, largement séduite par les thèses autonomistes, les discours enflammés du préfet Ruben Costas commencent à inquiéter. Pour Juan et son épouse Julia, «l'autonomie ne peut pas se construire au prix de la violence aveugle et du sang». 
Cette même classe moyenne est aussi asphyxiée, comme tout le reste de la population, par le blocus imposé dans les départements de la media luna par les préfets eux-mêmes et les comités civiques qui les soutiennent. L'ensemble de l'économie de l'est du pays est durement affectée, l'essence se fait de plus en plus rare et les files aux stations services durent parfois plusieurs heures. Cette vaste offensive, qui vise à obliger le gouvernement à renoncer au vote sur la nouvelle constitution et à revoir la répartition de l'impôt direct sur les hydrocarbures, pourrait au final se transformer en autogoal. 


Une conspiration US?

Mais Gustavo Torrico reste pourtant très inquiet. Avec trois de ses collègues, le député du MAS (Mouvement au socialisme, le parti d'Evo Morales) a publié dans la presse les «preuves» de la conspiration qui a mené à ce véritable «coup d'Etat des préfets» de la media luna. Une conspiration soutenue voire dirigée par les Etats-Unis. L'homme central de ce complot visant à la chute d'Evo Morales au travers de la violence et de la déstabilisation de l'Etat? L'ambassadeur américain Philip Goldberg, présent en Bosnie de 1994 à 1996 et au Kosovo entre 2004 et 2006, considéré en Bolivie comme «un spécialiste du séparatisme». 
Les faits sont troublants. Depuis plusieurs mois, les rencontres en l'ambassadeur et les préfets coïncident à chaque fois avec de nouvelles offensives de la droite. Les instructions de l'insurrection viennent-elles directement de Washington? Le dossier a été en tout cas jugé suffisamment «chargé» pour que le président bolivien expulse le diplomate américain, jugé persona non grata depuis mercredi dernier. 
«La structure colonialiste et le système néolibéral ont concentré les richesses, et une oligarchie a très longtemps accaparé le pouvoir. L'assemblée constituante a été un des éléments décolonisateurs, elle a permis l'émancipation des communautés indigènes et du peuple», explique Carla Espósito, de l'Observatoire du racisme de l'Université Cordillera. 


La fin des privilèges

L'enjeu réel est bien là. C'est celui d'une plus juste répartition des richesses du pays, notamment de la terre, et de la reconnaissance des populations indigènes, prévue par le nouveau texte suprême qui devrait être soumis aux Boliviens le 25 janvier prochain. Tout un symbole: selon le gouvernement, l'entrepreneur Branko Marinkovic «roi du soja» et dirigeant du Comité civique qui lutte pour l'autonomie se serait approprié illégalement 27 000 hectares de terres appartenant au peuple indigène Guarayos. 
Un procès est en cours. Mais pour tous les grands propriétaires terriens, ulcérés par la victoire dans les urnes d'Evo Morales le 10 août, le combat est désormais passé sur un autre terrain, celui de la violence et de l'illégalité. Mission: déstabiliser le gouvernement d'Evo Morales et enterrer son projet de nouvelle constitution. A tout prix, fût-il celui du sang

samedi, septembre 13, 2008

La crise américano-bolivienne

Les Etats-Unis expulsent l'ambassadeur du Venezuela

Le département d'Etat américain a annoncé vendredi qu'il avait signifié à l'ambassadeur du Venezuela aux Etats-Unis qu'il serait «expulsé» en représailles à l'expulsion de son homologue américain à Caracas.
NOUVELLES INTERNATIONALES vendredi 12 septembre 2008

Le président Chavez expulse l'ambassadeur américain à Caracas

Hugo Chavez a annoncé jeudi dans une manifestation publique avoir ordonné l'expulsion sous 72 heures de l'ambassadeur américain à Caracas. Le président vénézuélien a agi par solidarité avec la Bolivie qui a également expulsé mercredi le représentant américain à La Paz.

Le Brésil veut changer les règles de répartition des profits pétroliers

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ENERGIE Samedi13 septembre 2008

Le Brésil veut changer les règles de répartition des profits pétroliers

PAR CHANTAL REYES, SÃO PAULO
Le pays commence à explorer ses réserves récemment découvertes. Le président Lula demande à une commission d'étudier un nouveau mode d'exploitation.

Le Brésil, nouvelle frontière pétrolière? Depuis l'an dernier, la compagnie brésilienne Petrobras, détenue à 40% par l'Etat, a annoncé la découverte de plusieurs gisements très prometteurs au large de l'Atlantique.

Certaines estimations font état de réserves de 70 milliards de barils, ce qui ferait du pays un grand exportateur de pétrole.

Petrobras, pour sa part, n'a avancé d'estimations que pour deux champs: l'un, baptisé Tupi, renfermerait 5 à 8 milliards de barils de pétrole léger (de meilleure qualité) récupérables. L'autre, appelé Iara, 3 à 4 milliards de barils, a annoncé mercredi la compagnie. A eux seuls, Tupi et Iara pourraient quasiment doubler les réserves prouvées du Brésil (13,9 milliards de barils).

La semaine dernière, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a inauguré, sur fond de nationalisme, le projet pilote d'extraction de ces nouveaux gisements sur le champ de Jubarte, dans l'Etat d'Espirito Santo.

La tâche est délicate car ils se situent à environ sept mille mètres de profondeur, sous une épaisse couche de sel.

Régime de partage

Les réserves n'étant toujours pas connues, le coût d'exploitation reste un mystère. La banque UBS Pactual parle de 635 à 1300 milliards de dollars, selon le volume de pétrole extrait, entre autres variantes. Petrobras de son côté devrait annoncer bientôt les investissements prévus.

La compagnie assure que tous les tests réalisés sur les nouveaux gisements sont positifs et que le risque de ne pas y trouver de pétrole est donc quasiment nul.

Du coup, Lula veut changer les règles de division des profits à en retirer, qui doivent selon lui servir à investir dans l'éducation, et non pas «rester entre les mains d'une demi-douzaine d'entreprises».

Le président a chargé une commission ministérielle d'étudier un nouveau modèle d'exploitation. Actuellement, l'Etat octroie des concessions payantes à des entreprises privées, notamment étrangères. La production appartient à ces dernières, qui reversent des royalties d'un maximum de 10% et paient un impôt supplémentaire allant jusqu'à 40%, si le montant produit est élevé. Deux possibilités sont à l'étude: relever cet impôt ou bien instaurer un régime de partage de la production entre le secteur privé et l'Etat.

Selon Lula, cette alternative permettrait à l'Etat de conserver une part accrue de la manne pétrolière. Elle exigerait la création d'une nouvelle entreprise, intégralement publique celle-ci, qui serait propriétaire des réserves et les exploiterait en partenariat avec des compagnies privées. Ces dernières préfèrent en revanche le maintien du modèle actuel de concessions, quitte à payer plus d'impôts. A leurs yeux, un modèle qui ne serait pas assez attirant pour le secteur privé ferait fuir les investissements alors que l'Etat n'aura pas de quoi assumer tout seul le coût d'exploitation des nouveaux gisements.

Certains économistes, eux, mettent en garde contre les risques pour l'industrie nationale. L'afflux de devises découlant d'exportations accrues de pétrole risquerait de valoriser encore plus le real, la monnaie du Brésil, minant ainsi la compétitivité de certains secteurs exportateurs.



jeudi, septembre 11, 2008

Crise diplomatique entre Washington et La Paz

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BOLIVIE Jeudi11 septembre 2008

Crise diplomatique entre Washington et La Paz

PAR ATS
Le président bolivien Evo Morales a décrété mercredi persona non grata l'ambassadeur des Etats-Unis à La Paz. Il l'a accusé d'alimenter la division en Bolivie. Le soutien américain au mouvement de protestation a déclenché une crise diplomatique entre l'Etat andin et Washington.

Evo Morales, allié du président vénézuélien Hugo Chavez, a réclamé mercredi le départ de l'ambassadeur des Etats-Unis, Philip Goldberg, accusé de fomenter la "division de la Bolivie".

"Celui qui cherche la division de la Bolivie, c'est l'ambassadeur des Etats-Unis", a lancé le président. "Sans avoir peur de l'empire (les Etats-Unis), je déclare M. Goldberg persona non grata", a-t-il ajouté. A Washington, un porte-parole du département d'Etat, Gordon Duguid, a qualifié ces accusations d'"infondées".

Manifestations violentes

Evo Morales, premier président indigène de l'histoire de la Bolivie, tenant de l'anti-libéralisme, est confronté depuis des mois à la fronde de cinq des neuf gouverneurs provinciaux. Ces derniers refusent un projet de constitution qui doit être soumis à un réferendum en décembre et réclament la reconnaissance des autonomies régionales.

Depuis mardi, des manifestations émaillées de violences, notamment de la part de groupes étudiants, ont éclaté dans les provinces de Santa Cruz, dans l'est du pays, et à Tarija (sud), en soutien aux gouverneurs autonomistes de ces régions.

Le gouvernement de gauche, qui doit faire face à de violentes manifestations de l'opposition, a dénoncé une "menace de guerre civile" de la part de "groupes fascistes".

Soutien vénézuélien

Rapidement, Hugo Chavez a apporté son soutien au dirigeant bolivien. "Le président Morales se trouve à la tête de son peuple, défendant la souveraineté de la Bolivie et nous serons avec lui", a-t-il assuré.

L'ambassadeur américain était depuis plusieurs mois dans la ligne de mire des autorités. Il n'a pas spécialement "le profil bas et incarne une diplomatie dure", a déclaré à l'AFP Hervé Do Alto, chercheur basé à La Paz, estimant que la décision de le déclarer persona non grata faisait partie d'"un processus qui n'a rien de surprenant".

A plusieurs reprises, le gouvernement s'en était pris à l'ambassadeur à propos du rôle que les Etats-Unis entendent jouer dans la lutte contre la culture de la coca, qui sert à la fabrication de la cocaïne.

Le gouvernement a été particulièrement irrité par une récente rencontre entre l'ambassadeur des Etats-Unis et le gouverneur de Santa Cruz, Ruben Costas, le plus farouche opposant libéral au président Morales. "On lui reproche aussi des réunions privées à Santa Cruz", ajoute un diplomate à La Paz.

Poursuite des protestations

L'opposition bolivienne a poursuivi mercredi son mouvement de protestation contre la politique d'Evo Morales. Une explosion, qualifiée d'"acte terroriste" par les autorités, a endommagé mercredi un gazoduc du sud de la Bolivie alimentant le Brésil.

Des groupes de jeunes manifestants ont par ailleurs provoqué l'arrêt de la livraison de gaz naturel à l'Argentine et partiellement au Brésil, en occupant une station de pompage d'un gazoduc du sud de la Bolivie.

Le porte-parole du gouvernement, Yvan Canelas, a accusé les gouverneurs régionaux opposés au président Morales de "chercher la guerre civile", mais il a écarté une éventuelle déclaration de l'état de siège.