samedi, octobre 25, 2008

Les municipales brésiliennes, un test pour la succession de Lula

BRESIL Samedi25 octobre 2008
Les municipales brésiliennes, un test pour la succession de Lula

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Trente villes choisissent ce dimanche leur nouveau maire.
Malgré une popularité record - 80% d'opinions favorables après cinq ans au pouvoir -, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, s'apprête à essuyer un revers au second tour des municipales de ce dimanche à São Paulo, capitale économique et plus grande ville du Brésil avec 11 millions d'habitants.

Marta Suplicy, la candidate de sa formation, le Parti des travailleurs (PT), n'est créditée que de 36% des intentions de vote, contre 54% pour le maire sortant de l'opposition de droite, Gilberto Kassab. Avant le premier tour du 5 octobre, «Marta», comme on l'appelle ici, était en tête des sondages, et les analystes la disaient favorisée par le prestige de Lula, qui s'est personnellement engagé dans sa campagne.

Hausse des impôts

Or, une enquête réalisée dans cinq capitales régionales où se tiendra un second tour (au total, trente villes sont concernées par le scrutin) montre que, dans cette élection centrée sur des questions locales, l'appui du chef de l'Etat, très disputé par les candidats des partis de sa coalition, n'a pas une influence décisive sur l'électorat.

A São Paulo, par exemple, seule la moitié de ceux qui disent approuver la gestion de Lula affirme qu'elle votera pour sa candidate. Marta a déjà été maire de la mégalopole, mais n'avait pas réussi à se faire réélire en 2004. La plupart de ses électeurs appartiennent aux milieux pauvres, qui lui savent gré d'avoir mis en place des politiques sociales et de transports publics, d'ailleurs maintenues par son successeur. Mais elle a perdu du terrain dans les couches moyennes, qui lui reprochent d'avoir haussé les impôts. Ironie du sort, elle serait même victime du succès de Lula. La nouvelle classe moyenne qui a émergé grâce à ses politiques redistributives et à la croissance préfère désormais voter à droite.

Autre source d'inquiétude pour Lula: le scrutin à Rio de Janeiro. Dans la deuxième ville du Brésil, les candidats Eduardo Paes et Fernando Gabeira sont au coude-à-coude. Les sondages créditent le premier de 43% des intentions de vote, contre 41% pour le second.

«Chef de gang»

Autrefois dans l'opposition, Paes est aujourd'hui le poulain du gouverneur de l'Etat de Rio, un allié du président. C'est pourquoi Lula s'est finalement résolu à le soutenir, mais après lui avoir arraché des excuses pour l'avoir taxé de «chef de gang» en 2005, quand a éclaté le scandale d'achat de voix par le PT.

Fernando Gabeira, lui, est un transfuge du PT. Candidat du Parti vert, cet ancien guérillero - il a pris part à l'enlèvement de l'ambassadeur des Etats-Unis au Brésil pendant la dictature, en 1969 - est appuyé par l'opposition. Mais une figure importante du parti du président, l'ex-ministre de l'Environnement Marina Silva, lui a déclaré son soutien à titre individuel. Sa candidature suscite l'enthousiasme des jeunes, des artistes et des intellectuels.

Ces municipales sont cruciales pour préparer la succession de Lula. La présidentielle de 2010 sera la première depuis 1989 à laquelle l'ancien syndicaliste ne prendra pas part. Elu en 2002 et réélu en 2006, il ne peut pas, constitutionnellement, briguer un troisième mandat consécutif, mais il aimerait faire élire son successeur.

Consolider des appuis

Pour Lula comme pour ses opposants, les élections locales permettent de gagner ou de consolider des appuis en vue de la présidentielle, en particulier dans les grandes villes. Pour l'heure, celui qui est donné favori pour succéder à Lula appartient à l'opposition. Il s'agit du gouverneur de l'Etat pauliste, José Serra, qui parraine la candidature de Gilberto Kassab.

Pour Marta Suplicy, une défaite mettrait fin à l'ambition qu'on lui prête de briguer du PT à la présidentielle. Elle laisserait ainsi le champ libre à celle que Lula a désignée à sa succession: Dilma Rousseff, sa cheffe de cabinet. Rousseff a d'ailleurs profité des scrutins municipaux pour faire campagne auprès des candidats soutenus par le gouvernement dans le but de se faire d'ores et déjà connaître de l'électorat...

Une victoire de l'opposition dans les deux plus grandes villes du pays ternirait l'excellente performance du PT et de ses alliés, qui ont accru le nombre de mairies qu'ils gouvernent au premier tour. Le parti du président est désormais le second du pays en nombre de villes conquises (548), tandis que les trois principales formations d'opposition sont en recul.



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Un Indien en Bolivie

Un Indien en Bolivie

Paru le Samedi 25 Octobre 2008 
   Simon Petite    

SolidaritééCHANGE • La Bolivie: un exemple pour l’Inde et ses centaines de millions de paysans? Un activiste indien est parti à la découverte du pays d’Evo Morales. Rencontre.
«Les paysans indiens, plus forts que Tata», titrait récemment le journal Le Monde. Début octobre, le constructeur automobile indien a dû renoncer à implanter une mégausine destinée à produire la Nano – la voiture présentée comme la moins chère du monde – au Bengale occidental. Des milliers de paysans manifestaient depuis un mois pour qu'on leur restitue leurs terres. Ce n'est que le dernier exemple des batailles homériques livrées sur le sous-continent contre des multinationales. En matière d'altermondialisme, les paysans indiens n'ont pas de leçons à recevoir. Ils viennent pourtant d'envoyer un observateur en Bolivie. Après un passage en Suisse, Veerabhadrappa Bislalli, journaliste et activiste de l'Association des paysans de l'Etat du Karnataka (KRRS), a pris l'avion mardi pour un séjour de trois mois. Facilitée par l'organisation paysanne Via Campesina et l'Action mondiale des peuples (AMP), cette initiative a pour but de renforcer les échanges entre militants du Sud. 


Faut-il prendre le pouvoir?

Les liens entre activistes boliviens et indiens ne sont pas nouveaux. Ils datent de la création de l'AMP en 1998. Dans un premier temps, les Latino-Américains se sont inspirés des méthodes d'action directe héritées de Gandhi. Paysans indiens et boliviens partageaient alors la même méfiance pour la politique institutionnelle. En décembre 2005, Evo Morales, porté par les mouvements sociaux, a été élu à la tête de la Bolivie et il entreprend depuis de changer radicalement les fondements du pays. L'exemple bolivien interroge les milieux altermondialistes sur leur relation avec le pouvoir. 
Veerabhadrappa Bislalli est curieux de voir à l'oeuvre le «gouvernement des mouvements sociaux» d'Evo Morales. Si puissantes soient-elles, les organisations de masse indiennes sont très peu représentées au niveau politique. Veerabhadrappa Bislalli se montre très sceptique à l'idée de briguer des mandats électifs. A moins que les mouvements sociaux prennent le pouvoir, comme ils l'ont fait en Bolivie. 
Pour l'instant, le KRRS préfère de loin les actions de terrain. Avec un certain succès. Né dans les années 1980, le mouvement revendique 1600 membres actifs et un nombre incalculable de sympathisants. «Nous n'avons pas de registre et, pour faire partie du KRRS, il n'y a pas besoin de demander sa carte», précise Veerabhadrappa Bislalli. 


Monsanto en échec

Une des premières actions à laquelle il a participé était l'occupation du siège de Monsanto à Bangalore en 1998. «J'étais alors étudiant et nous avions occupé les lieux avec une cinquantaine de camarades, cassant au passage quelques vitres», se rappelle-t-il en riant. 
Depuis, Bangalore est devenue la capitale des nouvelles technologies made in India et l'industrialisation grignote les terres agricoles. Le gouvernement de New Delhi a créé à tour de bras des zones économiques spéciales – plus de 400 à ce jour – qui bénéficient d'une fiscalité avantageuse et d'investissements publics considérables. «Comme si en dehors de Bangalore, Bombay ou Calcutta, l'Inde n'existait pas», soupire Veerabhadrappa Bislalli. Et de critiquer: «Mon pays est devenu un importateur de denrées alimentaires». Fidèle à la vision de Gandhi, le KRRS prône une «république des villages» et «un développement rural». Quant au géant des semences génétiquement modifiées Monsanto, il a toujours un bureau à Bangalore, mais ses activités ont décliné. «C'est grâce au KRRS, assure le militant. Le coton transgénique de Monsanto n'est aujourd'hui plus du tout cultivé au Karnataka.» Le coton «Bt» avait été introduit dans le Sud de l'Inde au début des années 2000. Au vu de ses résultats catastrophiques, certains Etats comme l'Andhra Pradesh l'ont carrément interdit. Les milieux anti-OGM soulignent volontiers le lien entre les plantations modifiées et les suicides de paysans indiens. Mais, même si le coton de Monsanto avait déjà presque disparu du Karnataka, 620 paysans ont mis fin à leurs jours en 2007. 


Aussi une agence matrimoniale

Pour l'activiste du KRRS, ces suicides montrent que les paysans sont encore trop dépendants, notamment des produits chimiques. «Les queues devant les magasins d'engrais et de pesticides sont si longues qu'elles virent parfois à l'émeute», raconte Veerabhadrappa Bislalli. Dans ce contexte, les cours du KRRS sur l'agriculture biologique sont pris d'assaut. Les paysans sont encouragés à échanger leurs semences. Le mouvement organise aussi des mariages. Pour s'unir, pas besoin d'appartenir à la même caste, ni de se ruiner ou de s'endetter, comme c'est trop souvent l'usage en Inde

mercredi, octobre 22, 2008

Evo Morales reprend la main

Evo Morales reprend la main

Paru le Mercredi 22 Octobre 2008 
   BENITO PEREZ    

International
Evo Morales a-t-il fait sauter le verrou? Après deux ans de bras de fer et de blocage de la refonte constitutionnelle du pays, le gouvernement bolivien est parvenu à un compromis semble-t-il décisif avec ses opposants. A une très large majorité, le Congrès s'est arrogé le pouvoir de retoucher le texte issu de l'Assemblée constituante. Près d'un quart des articles ont été modifiés selon les desiderata de la droite. En échange, une majorité des élus conservateurs a accepté la tenue d'un référendum, le 25 janvier, devant permettre aux Boliviens de ratifier leur nouvelle Charte suprême. 
Il faudra du temps pour analyser précisément l'impact de la centaine de «correctifs» (dixit La Paz) apportés au travail des constituants. Mais il est un sujet qui risque bien de fâcher paysans et indigènes: les anciennes propriétés foncières en production ne seront pas démembrées, même si elles excèdent la limite de taille (5000 ou 10 000 hectares) prévue par le projet de Constitution... Le chiffrage de la surface perdue pour la redistribution demeure flou. Il dépendra notamment de la capacité de l'Etat à vérifier – dans les faits – l'usage des terres agricoles. Dans un pays aussi étendu et qui ne dispose d'aucun moyen satellitaire, ce ne sera pas aisé. Plus fondamentalement, cet accord a de quoi frustrer les militants investis de longue date dans ce processus constituant. Arrachée dans la rue, puis légitimée par les urnes, la très participative Assemblée constituante bolivienne se voit privée de son oeuvre. La liesse qui a envahi La Paz depuis lundi est pourtant un signe clair: les partisans de M. Morales ont aussi des raisons d'être soulagés. Après le succès du président lors du référendum révocatoire, l'accord passé au Congrès montre les lézardes grandissantes dans le front anti-Morales. De quoi offrir une précieuse bouffée d'oxygène au gouvernement. Deux ans et demi de guérilla parlementaire de l'opposition avaient en effet fini par gripper la machine institutionnelle. Une défaillance que les autorités départementales exploitaient avec habileté pour faire avancer leurs plans séparatistes. Privé de cour constitutionnelle et de majorité parlementaire, l'Etat central s'était ainsi révélé totalement démuni face aux quatre référendums, pourtant illégaux, organisés ce printemps à Tarija, Santa Cruz, Beni et Pando. Au fil des mois, la rue – et parfois la violence – s'était imposée comme l'arbitre ultime des conflits politiques en Bolivie. Bien sûr, cette instabilité a aussi insufflé la radicalité des mouvements populaires dans le processus gouvernemental de transformation sociale. Après la manifestation, lundi, d'un demi-million de personnes (environ 5% des Boliviens!) à La Paz, la future Constitution sera plus que jamais une conquête populaire. Mais le projet du président a aussi besoin de stabilité. Dans le pays le plus pauvre d'Amérique du Sud, il doit rapidement donner de nouveaux fruits ou il dépérira. Avec un calendrier institutionnel clarifié, un fort soutien populaire et une opposition affaiblie et divisée, le gouvernement d'Evo Morales a désormais toutes les cartes en mains.

samedi, octobre 18, 2008

Les paysans du Paraná ont eu raison des OGM de Syngenta

   BENITO PEREZ    

InternationalBRÉSIL - «Keno» n'est pas mort pour rien. La transnationale Syngenta vient d'abandonner la parcelle où fut assassiné ce paysan sans terre, le 21 octobre 2007. 
Une multinationale expulsée par des paysans sans terre... L'événement est peu commun; il a eu pour théâtre Santa Tereza do Oeste, dans le sud du Brésil, où la transnationale suisse Syngenta a cédé, mardi, dans la plus grande discrétion, une parcelle de 120hectares aux autorités de l'Etat du Paraná. A l'échelle du Brésil, la surface est modeste. Mais cette ferme basée à six kilomètres du Parc naturel d'Iguazu était devenue hautement symbolique. Depuis près de deux ans et demi, une coordination de mouvements paysans accusait Syngenta Seeds, la branche «semences» de l'entreprise bâloise, de s'y livrer à des manipulations génétiques expérimentales illégales sur du soja et du maïs. Le 21 octobre 2007, la protestation paysanne avait tourné au drame, lorsque des employés de la transnationale avaient agressé des paysans et assassiné Valmir Mota de Oliveira, «Keno», dirigeant local du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST)[1]
Moins d'un an après ce drame, qui avait provoqué une vive réaction des ONG suisses, Syngenta Seeds se retire donc de Santa Tereza do Oeste. Une volte-face surprenante tant l'entreprise s'était démenée pour conserver cette parcelle malgré la pression. Occupée à plusieurs reprises depuis mars 2006 par des sans-terre et des petits agriculteurs, lourdement amendée par le gouvernement fédéral, puis réquisitionnée (sans effet) par le gouverneur régional, l'exploitation de Santa Tereza do Oeste faisait l'objet d'un litige judiciaire à l'issue incertaine. Jusqu'à mardi. 
«Il me faut souligner l'importance de la pression exercée par le MST dans ce résultat qui est bon pour le Paraná, pour notre agriculture et pour notre pays», a déclaré le gouverneur Roberto Requião (PMDB/centre), peu après la signature de l'acte de donation. 
Au dire des autorités régionales, l'ancienne ferme de Syngenta sera transformée en un centre d'études forestières et agricoles. En outre, cet établissement public sera chargé de produire des graines «hautement productives» destinées aux petits agriculteurs locaux et à des donations humanitaires. En revanche, les cultures OGM en seront exclues. 
Se félicitant de «sa» victoire, la coordination régionale de Via Campesina a rappelé sa volonté d'«être partie prenante du projet de centre de référence de graines créoles» qu'elle appelle de ses voeux depuis plus de deux ans. Quoi qu'il arrive, la coalition paysanne se dit renforcée par le recul de la société suisse et poursuivra son combat pour «une agriculture paysanne agro-écologique». I 
[1]Le Courrier du 3 novembre 2007.

samedi, octobre 11, 2008

Le Honduras attiré par les pétrodollars vénézuéliens

Le Honduras attiré par les pétrodollars vénézuéliens

Hugo Chavez montre qu'il peut séduire au-delà du cercle des dirigeants de gauche.

La photo officielle de la dernière réunion des dirigeants de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques, l'Alba, avait un aspect quelque peu inhabituel. L'inévitable président vénézuélien Hugo Chavez, initiateur de cette alliance destinée à faire pièce aux ambitions de Washington sur le continent, était bien sûr présent, sanglé dans un impeccable costume bleu. Evo Morales, l'ancien syndicaliste bolivien, qui a depuis expulsé de son pays l'ambassadeur des Etats-Unis, était également de la fête aux côtés de Carlos Lage, vice-président cubain, et de l'ex-guérillero Daniel Ortega, à la tête du Nicaragua.

Une véritable réunion de famille à laquelle assistait aussi l'inattendu José Manuel Zelaya Rosales, président du Honduras, un pays gouverné par la droite depuis plus d'un siècle et qui fut la base arrière des Etats-Unis contre les guérillas d'Amérique centrale. Avant d'être élu en novembre 2005, ce grand propriétaire terrien était surtout célèbre pour son rôle à la tête des professionnels du bois, responsables par ailleurs d'une déforestation catastrophique. Depuis sa prise de fonction, il s'est aussi fait connaître par ses méthodes particulièrement répressives contre les manifestations d'enseignants ou de chauffeurs de taxi.

Bouée de sauvetage

Le 25 août dernier, pourtant, José Manuel Zelaya célébrait son entrée dans l'Alba «sans demander la permission à la puissance impérialiste», mais en avouant son attrait pour les pétrodollars vénézuéliens, faute de mieux. «Il y a six mois, pour faire face à la hausse des prix, je suis allé chercher de l'aide auprès du secteur privé. Qui m'a fermé la porte au nez. Quant à la Banque mondiale, elle ne m'offrait que 10millions de dollars», déplore-t-il. Hugo Chavez, lui, s'est montré beaucoup plus généreux, avec un prêt de 132 millions de dollars destiné à relancer la production agricole. Comme membre de Petrocaribe, association à travers laquelle le Venezuela livre du pétrole à bas prix à une quinzaine d'Etats de la région, le Honduras bénéficie par ailleurs d'un autre bonus, annuel, de 350 millions de dollars.

mardi, octobre 07, 2008

Un ancien rebelle crée la surprise à Rio

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BRESIL Mardi7 octobre 2008

Un ancien rebelle crée la surprise à Rio

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Le parti du président Lula progresse aux municipales. Rude bataille à São Paulo.

Il a pris part à l'enlèvement de l'ambassadeur américain au Brésil, le plus beau coup de la guérilla contre la dictature brésilienne (1964-1985). Fait scandale en s'exhibant à la plage vêtu d'un minuscule paréo. Défendu les libertés individuelles ou l'écologie à une époque où ces causes étaient encore peu connues au Brésil et raillé les idéaux marxistes dans un best-seller. Député, il est devenu le symbole de la lutte contre la corruption. Le voilà maintenant qui brigue la mairie de Rio, deuxième ville du Brésil.

Fernando Gabeira, 67 ans, candidat du Parti vert, a créé la surprise dimanche, au premier tour des municipales, en passant au second tour, qui se tiendra le 26 octobre. Il a obtenu 26% des suffrages contre 32% pour Eduardo Paes, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre).

Pour certains, sa percée dans la dernière ligne droite ne s'explique pas seulement par son programme et sa biographie qui plaît tant aux Cariocas jeunes, instruits et aisés, mais aussi par la volonté de barrer la route au sénateur Marcelo Crivella - que le président Lula soutenait officieusement et qui a obtenu 19% des voix. Marcelo Crivella est formellement évêque (mais il n'exerce plus) d'un culte évangélique - l'Eglise universelle de Dieu - qui cristallise le rejet à cause de ses attaques contre l'Eglise catholique et les religions afro-brésiliennes.

Pour l'emporter au second tour - il y en aura un également dans 28 autres villes - Fernando Gabeira doit maintenant convaincre l'électorat conservateur de Marcelo Crivella, qui l'associe encore aux causes qu'il défend, comme la légalisation du mariage gay, même s'il évite de les évoquer dans sa campagne. Il doit également progresser dans les milieux populaires. Le Parti des travailleurs (PT, du président Lula), que Gabeira a quitté en 2003, déçu par le chef de l'Etat, ne l'appuiera pas au second tour. Après le PT, le PMDB d'Eduardo Paes est le plus grand allié de la coalition présidentielle et Gabeira est soutenu par son plus grand adversaire: le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB).

Avant goût de présidentielle

L'autre grande surprise du scrutin a eu lieu dans la plus grande ville du pays, São Paulo. Détrompant les sondages, Marta Suplicy, la candidate du PT, a été devancée de peu par le maire sortant, Gilberto Kassab, de l'opposition de droite: 33,76% des voix contre 32,56%. C'est une bonne nouvelle pour le principal soutien du maire: le gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra (PSDB), dont les chances de disputer la succession de Lula en 2010 comme candidat de l'opposition sont dopées. Du même coup, José Serra s'est garanti l'appui du parti de Gilberto Kassab à la présidentielle. São Paulo verra donc une confrontation indirecte entre Lula et Serra, qui vont tous deux s'engager dans la campagne. Mais malgré l'immense popularité du président, Marta Suplicy n'aura pas la tâche facile. Les 22,55% de voix du candidat défait de centre droit devront se reporter en majorité sur Gilberto Kassab.

Au total, le PT a élu 506 maires (contre 411 en 2004), loin derrière le PSDB (704). Mais il a décroché le plus grand nombre de capitales - six, surtout dans le nord et le nord-est pauvres, où les politiques sociales de Lula ont plus d'impact - ainsi que de villes de plus de 200000 électeurs (13).



samedi, octobre 04, 2008

Le parti du président Lula et ses alliés sont les grands favoris des élections municipales

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BRESIL Samedi4 octobre 2008

Le parti du président Lula et ses alliés sont les grands favoris des élections municipales

PAR CHANTAL RAYES, SÃO PAULO
Le scrutin local de dimanche aura une incidence sur le choix des candidats à la présidentielle de 2010.

Luiz Inacio Lula da Silva s'est personnellement engagé dans la campagne pour les municipales de ce dimanche au Brésil. Avec 80% d'opinions favorables, le président de gauche tente de transférer un peu de son prestige à ses candidats. Tandis que l'opposition - qui l'accusait, il y a encore quelques mois, de privilégier les villes contrôlées par ses alliés en leur envoyant davantage de fonds - n'ose même plus le critiquer...

Les 128 millions d'électeurs, qui doivent élire leurs maires et leurs conseillers municipaux, se prononceront avant tout sur les questions locales. Mais la forte croissance économique (+6% au premier semestre), le recul de la pauvreté et l'expansion du crédit, qui rendent le chef de l'Etat si populaire, devraient profiter aux candidats de son Parti des travailleurs (PT) et des autres formations de sa coalition. Ils sont d'ailleurs donnés favoris dans 19 des 26 capitales d'Etat. Le PT est en tête dans 27 des 79 villes de plus de 200000 électeurs. Les principales formations d'opposition, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) et le Democratas (droite), ne sont favorites, respectivement, que dans 20 et 12 de ces villes très convoitées. Un deuxième tour sera organisé le 26 octobre si aucun candidat n'y obtient la majorité absolue.

Pour le président Lula, comme pour ses opposants, l'enjeu de ces municipales, c'est la présidentielle de 2010. Elu en 2002 et réélu quatre ans plus tard, l'ancien syndicaliste ne peut pas, de par la Constitution, briguer un troisième mandat consécutif, mais il voudrait faire élire son successeur. «Un bon score de ses alliés dans les grandes villes ne lui permettrait pas forcément d'y parvenir mais l'aiderait à consolider des appuis là où il y a le plus grand nombre d'électeurs», observe le politologue Cesar Romero Jacob.

A Rio, vitrine et deuxième ville du pays, l'armée va se déployer dans 27 favelas pour empêcher l'intimidation des électeurs par les narcotrafiquants et les paramilitaires, qui veulent élire leurs candidats au conseil municipal. Le candidat le mieux placé pour se faire élire maire, Eduardo Paes, est un ancien détracteur de Lula, mais c'était du temps où la cote de popularité du chef de l'Etat était en baisse à cause du scandale d'achat de voix et de financement illicite dans lequel son parti venait d'être épinglé. Aujourd'hui, il se présente comme son allié... Lula lui préfère néanmoins l'un des trois candidats qui sont au coude-à-coude pour l'affronter au second tour: Marcello Crivella, évêque d'un culte néopentecôtiste.

La bataille de São Paulo

Mais la principale bataille aura lieu à São Paulo, ville la plus peuplée et capitale économique du pays. La candidate du PT, Marta Suplicy, a déjà été maire de cette mégalopole de 11 millions d'habitants et ses politiques sociales l'ont rendue très populaire parmi les plus pauvres. Malgré son bon bilan, elle n'a pas été réélue aux dernières municipales de 2004. Aujourd'hui, elle est en tête avec 35% des intentions de vote, devant le maire sortant, Gilberto Kassab, de l'opposition de droite, mais les sondages la donnent perdante au second tour face à lui. Un paradoxe qui s'explique par son image jugée arrogante. Gilberto Kassab, de son côté, est soutenu par le gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra. Battu par Lula en 2002, celui-ci est donné favori pour lui succéder.

Une victoire de Gilberto Kassab à São Paulo confirmerait l'influence du gouverneur et doperait ses chances de décrocher la candidature de son parti, le PSDB, à la présidentielle de 2010. Si c'est Marta Suplicy qui gagne, elle sera en position de revendiquer la candidature du PT à la succession de Lula, que ce dernier promet, pour l'heure, à sa cheffe de cabinet, Dilma Rousseff. «Mais le président n'exclut pas d'autres alternatives», note Cesar Romero Jacob. Et notamment de soutenir une figure de... l'opposition: Aecio Neves, le gouverneur de l'Etat du Minas Gerais. Selon les analystes, c'est ce qui expliquerait l'aval de Lula à l'alliance entre le PT et Aecio Neves, qui présentent un candidat commun à la mairie de la capitale du Minas Gerais, Belo Horizonte.